2020 sous la loupe économique au Saguenay-Lac-Saint-Jean

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Annus horribilis. L’année 2020 l’a été sur plusieurs plans et en particulier sur celui de l’économie. Le Quotidien vous propose en cette fin d’année une rétrospective de cinq faits et événements marquants de l’économie au Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui a été durement frappée par les impacts de la crise sanitaire et économique. Mais où tout n’est pas si noir non plus.

LA RÉGION, L’UNE DES PLUS AFFECTÉES PAR LA CRISE

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a été l’une des régions du Québec les plus touchées par la crise.

Après avoir atteint un creux historique en 2019, le taux de chômage régional a bondi pendant les premiers mois de la pandémie de COVID-19, atteignant un sommet de 16,5 % en juin.

La région affichait alors le plus haut de chômage parmi les régions du Québec, pour un deuxième mois consécutif. Au plus fort de la crise, 19 000 emplois ont été perdus.

Les effets de la réouverture des secteurs de l’économie se sont toutefois fait sentir rapidement dans les mois suivants. En octobre, le taux de chômage et l’emploi ont retrouvé leur niveau connu avant la crise.

La région n’est cependant pas au bout de ses peines, alors qu’elle devrait connaître l’une des reprises les plus lentes de la province en 2021, selon les prévisions de Desjardins émises en septembre.

Sur une note plus positive, soulignons toutefois l’innovation de plusieurs entreprises et acteurs régionaux face à la crise, qui a ramené à l’avant-plan l’importance de l’achat local, les enjeux d’autosuffisance et de diversification de l’économie régionale.

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BAPE DE GNL QUÉBEC : UN PROJET QUI POLARISE

L’année a été marquée par la polarisation du débat dans la région autour du projet de GNL Québec, alors que la mobilisation en opposition au projet demeure vive à l’extérieur des frontières régionales.

Chaque clan s’est organisé en prévision de l’évaluation du projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Les audiences publiques, initialement prévues au printemps, ont finalement eu lieu à l’automne, après avoir été annulées lorsque la pandémie a éclaté.

Quelque 180 interventions, en majorité contre le projet, ont été présentées devant les commissaires lors de la seconde partie des audiences tenues en mode numérique, deuxième vague oblige.

Plus de 2500 mémoires traduisant également une forte opposition au projet ont été reçus par le BAPE, un nombre record pour l’organisme gouvernemental. Le rapport des commissaires doit maintenant être déposé au plus tard le 13 janvier prochain.

Les présidents des deux entités liées au projet d’exportation de gaz naturel de l’Ouest canadien de 14 G$ ont enfin quitté leurs fonctions en novembre pour demeurer consultants.

L’année 2020 n’aura par ailleurs pas été celle des grands projets industriels dans la région : les projets de Métaux BlackRock et d’Arianne Phosphate ne se sont toujours pas concrétisés, malgré qu’ils aient toutes les autorisations environnementales en main.

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ALUMINIUM : DE NOUVEAUX TARIFS DOUANIERS DE COURTE DURÉE

L’aluminium canadien a été frappé par de nouveaux tarifs douaniers américains en août, pour une deuxième fois en un peu plus de deux ans.

Le différend commercial aura cependant duré près d’un mois cette fois, plutôt que près d’un an. Washington invoquait une question de sécurité nationale et une hausse des exportations canadiennes d’aluminium pour justifier ces nouvelles représailles tarifaires.

La situation n’a pas été sans inquiéter les acteurs régionaux, en raison de l’importance de l’industrie de l’aluminium au Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui représente plus du tiers de la production d’aluminium canadienne.

L’administration Trump a finalement reculé en septembre, alors qu’Ottawa s’apprêtait à mettre en œuvre sa réplique tarifaire à la surtaxe de 10 % sur l’aluminium entrée en vigueur le 16 août.

Ces tarifs douaniers se sont ajoutés à une année difficile pour l’industrie, qui a été affectée par une chute de la demande en raison de la crise.

Les alumineries de Rio Tinto dans la région ont dû au printemps réorienter temporairement leur production d’aluminium à valeur ajoutée vers le traditionnel lingot d’aluminium brut, avant que la reprise ne fasse à partir de l’été dans les usines régionales.

Signe de cette reprise, l’aluminium se transigeait à un peu plus de 2000 dollars américains la tonne en décembre, après une dégringolade sous la barre des 1500 $ au printemps. Il s’agit d’un sommet qui n’avait pas été atteint depuis l’automne 2018, une bonne nouvelle en fin d’année pour l’industrie régionale qui s’ajoute à celle de la fin des travaux du centre de recherche d’Elysis à Jonquière.

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JIM-GRAY : UN NOUVEAU BAIL JUSQU’EN 2041 POUR RÉSOLU

Produits forestiers Résolu (PFR) a obtenu cet automne un nouveau bail lui permettant d’exploiter les forces hydrauliques de la rivière Shipshaw pour sa centrale Jim-Gray jusqu’en 2041, en contrepartie d’investissements structurants de 200 M$.

L’adoption du projet de loi 50 par Québec permettra à l’entreprise de poursuivre l’utilisation de la centrale hydroélectrique de 63 mégawatts pour alimenter en électricité ses usines à papier de Kénogami et d’Alma.

La location d’une partie des forces hydrauliques de la rivière s’échelonnera sur deux périodes de 10 ans, de 2022 à 2031 et de 2032 à 2041. PFR devra en contrepartie investir 100 M$ pour chaque période de 10 ans, en suivant une indexation des sommes exigées. L’entreprise devra également maintenir les opérations de ses usines à papier d’Alma, de Kénogami et de Saint-Félicien.

Plusieurs acteurs régionaux se sont réjouis de cette annonce qui contribue à la pérennisation des activités de PFR dans la région, dans un contexte où l’industrie des pâtes et papiers fait face à des défis importants accentués par la crise, obligeant les entreprises à innover.

Chez PFR, cette innovation passe notamment par la production de fibre cellulosique, un produit d’avenir qui a mené à des investissements à l’usine Kénogami en début d’année.

L’étude du projet de loi 50 a d’ailleurs ramené à l’avant-plan le débat sur la valeur de l’exploitation des ressources naturelles et de ses retombées dans la région, alors que les investissements du nouveau bail de PFR sont plus bas que ceux exigés par le passé.

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NORBORD : UNE RELANCE ATTENDUE DEPUIS 12 ANS À CHAMBORD

L’année 2020 s’est terminée par une bonne nouvelle pour l’industrie forestière régionale : l’annonce de la réouverture de l’usine de panneaux de Norbord à Chambord, fermée depuis 2008.

La relance est attendue au printemps 2021, a fait savoir Norbord à la mi-décembre, quelques semaines après l’annonce de l’acquisition de l’entreprise par le géant des pâtes et papiers West Fraser.

L’augmentation de la demande en panneaux OBS amène la société à compléter ses investissements de 94 M$ pour la relance de l’usine. L’usine de Chambord doit embaucher 120 travailleurs, devenant ainsi le plus important employeur de la petite municipalité.

L’usine de panneaux permettra d’écouler près de 700 000 mètres cubes de peuplier faux-tremble. Cette essence de feuillus se retrouvait sans preneur depuis la fermeture de l’usine.

La nouvelle est tombée dans la même semaine où Québec annonçait vouloir pratiquement doubler la récolte de bois d’ici les soixante prochaines années, dans sa nouvelle Stratégie nationale de production de bois.

La dernière annonce d’importance de Québec pour l’industrie avait plutôt laissé un goût amer à plusieurs intervenants du domaine. Les modifications administratives au régime forestier québécois annoncées en novembre ont fait l’objet de plusieurs critiques, alors que l’industrie réclame une plus grande prévisibilité dans ses opérations et une réduction du coût de la fibre.

Myriam Gauthier, Initiative de journalisme local, Le Quotidien