7500 hectares de terres agricoles qui « dorment »

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Sherbrooke - À travers l’Estrie, on compte près de 7500 hectares de terres agricoles en friche, selon les calculs de l’UPA-Estrie. Alors que sur une grande partie de ces « richesses », la remise en culture est interdite par un moratoire du ministère de l’Environnement, le syndicat croit qu’il serait temps de revoir les règles.

Plutôt que d’aller fouiller dans la loi qui limite le morcellement, Michel Brien, vice-président de l’UPA-Estrie, croit que c’est une révision du Règlement sur les exploitations agricoles qui s’impose pour pallier au manque de terres sur le marché.

En effet, des articles ajoutés en 2004 à ce règlement stipulent qu’une terre qui n’a pas été cultivée au moins une fois entre 1990 et 2004 ne peut être cultivée, sauf pour des arbres, des arbustes et certains petits fruits. Seules quelques municipalités de la province, qui n’avaient pas été identifiées comme faisant partie des bassins versants ayant des surplus de phosphore, ne sont pas concernées par ces articles.

Parmi ces 7500 hectares, plusieurs terres pourraient ne pas être concernées par le moratoire, mais demeurent tout de même hors d’usage, faute de preuves.

« C’est très difficile de remettre des terres en culture, même impossible, commente M. Brien. C’est beaucoup de travail de prouver au ministère de l’Environnement que sa terre était en culture dans cette période. Ce n’est pas toujours évident, parce que parfois, les anciens propriétaires sont décédés. »

Pour compliquer les choses, un propriétaire peut par contre échanger une parcelle en friche avec une surface qu’il cultive déjà. « Tu as besoin d’acheter des terres que tu n’utiliseras pas pour déboiser tes propres terres, vulgarise le producteur laitier de Sherbrooke et agronome pour le Club agroenvironnemental de l’Estrie, Daniel Breton. Ça devient problématique à ce niveau-là, et en plus, les terres sont de plus en plus chères. Ça n’a plus vraiment de sens. Et dans les régions où ces terres-là ont été échangées, on ne peut plus y toucher. Quand tu es voisin d’une terre qui ne peut plus être cultivée, ta terre perd de la valeur plutôt que d’en prendre. La loi a fait que ça a complexifié beaucoup les échanges. Mais en même temps, il faut bien protéger notre zone boisée. »

Pour Philippe Pagé, directeur général de la Fédération de la Relève agricole du Québec, une terre cultivée est tout simplement synonyme de richesse et d’activité économique. « Une terre qui dort parce qu’elle est en friche, ce n’est bon pour personne, ni pour la société, ni pour la relève agricole. »

Si l’UPA-Estrie souhaite notamment qu’on réévalue les municipalités concernées par l’interdiction, M. Breton a lui aussi sa piste de solution.

« Peut-être que l’Environnement pourrait mettre un peu d’eau dans son vin. Est-ce qu’il y aurait moyen qu’une étude agronomique se fasse sur le terrain et qu’on vérifie si la parcelle abandonnée l’est vraiment? Voir s’il y a déjà des arbustes qui poussent dessus, faire des analyses de sol et voir s’il y a une vitalité au terrain. Parce que c’est bien beau remettre des terres en friche, mais souvent, si elles le sont, c’est que le potentiel agricole était difficile. C’est la seule option que je voie. »

Dégradation garantie

À l’époque, le Ministère avait pris cette décision pour freiner la détérioration de la qualité de l’eau dans les bassins versants les plus dégradés. Interrogé à ce sujet, celui-ci maintient que « selon les plus récentes données de qualité de l’eau, la capacité de support de ces rivières est actuellement dépassée » et que « par conséquent la remise en culture de ces lots ne fera que poursuivre la dégradation de la qualité de l’eau du bassin versant ».

Aucune révision du Règlement sur les exploitations agricoles ni des municipalités concernées par ce moratoire n’est prévue à court terme, affirme le Ministère.

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune