Accès à Internet haute vitesse : « on va forcer les compagnies de télécom », dit Justin Trudeau

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Avec une rallonge de 750 M$ pour le fonds de la large bande universelle, Ottawa envisage de « forcer les compagnies à partager leurs forfaits à bas prix et à permettre plus de compétition » a annoncé le premier ministre en entrevue exclusive à Icimédias.

Le budget initial du fonds pour la large bande universelle retenu l’année dernière était d’un milliard de dollars. Justin Trudeau reconnaît que pendant la pandémie de Covid-19, les modes de télétravail, de télémédecine ou de formation à distance font de l’accès à Internet un service essentiel. Avec un investissement supplémentaire, Ottawa entend amener les entreprises à réduire les coûts pour les utilisateurs et à permettre la libre concurrence dans la livraison des forfaits de téléphonie cellulaire et d’Internet, notamment dans les zones rurales.

« Ce n’est plus un luxe pour une résidence d’avoir l’accès à Internet », c’est comme l’eau ou l’électricité affirme M. Trudeau, se montrant particulièrement soucieux « des gens qui voudraient quitter la ville, retrouver leurs communautés ancestrales et pouvoir travailler n’importe où au Canada. »

Le gouvernement fédéral invite les entrepreneurs à développer davantage « de projets ambitieux » avec l’appui du gouvernement fédéral pour connecter des milliers de foyers dans les communautés éloignées.

« En milieu rural, ce n’est pas nécessairement rentable pour une compagnie d’Internet, mais avec l’argent du gouvernement qui dit, on voudrait que vous le fassiez, il devient essentiel de créer des projets », a exhorté Justin Trudeau. Il soutient que certains investissements se feront « en partenariat avec le Québec » et d’autres passeront par des entreprises privées qui reçoivent directement l’appui du fédéral pour se déployer sur le terrain. Dans le cadre du deuxième appel de demande de financement visant à améliorer l’accès à Internet dans les collectivités, le conseil de radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a reçu environ 600 demandes totalisant plus de 1,5 milliard de dollars selon son président Ian Scott.

La dure réalité du terrain

L’expérience des petits fournisseurs a cependant montré que l’argent ne suffit pas. La situation est complexe dans les zones non encore desservies par la fibre optique, car le réseau est inexistant. Des investisseurs doivent souvent composer avec une concurrence féroce des précurseurs jaloux d’un certain monopole. Sur un projet de 400 kilomètres de fibre optique lancé en 2017 pour l’approvisionnement d’environ 2000 foyers en Montérégie, Targo communications a à peine réalisé un taux d’exécution de 50 % de ses travaux. Les dirigeants de l’entreprise affirment qu’ils font face à « des embûches » liées au monopole de la compagnie Bell qui gère les structures de soutènement.

Le géant du secteur opposerait par exemple l’argument de sécurité sur les poteaux dont l’appréciation de la surcharge ou de l’état défectueux est laissée à sa discrétion.

« Ils ont déjà leurs câbles et ils trouvent toutes sortes de moyens pour ralentir la progression des concurrents. Parfois, ce n’est pas vraiment dangereux, mais Bell en fait une justification automatique », explique Louis-Paul Bourdon, président de Targo communications, en parlant de légers câbles de la fibre optique sans risque majeur. Il reconnaît que parfois, les poteaux sont effectivement endommagés de façon très peu préjudiciable depuis de nombreuses années, mais « les grands joueurs » en font « une stratégie de blocage contre les petits joueurs ». Les passages souterrains sont encore plus onéreux.

L’entrepreneur dit avoir constaté que la médiation du CRTC reste sans succès sur de tels cas en raison des processus extrêmement fastidieux qui prennent des enquêtes et de longues procédures pendant des années.

« L’argent est disponible… le fédéral est là pour partager les coûts d’installation physique », soutient Justin Trudeau, d’un air optimiste avec 150 M$ pour les projets immédiats.

Notre demande d’informations sur ces soupçons « d’abus de position de monopole » auprès du CRTC et de la société Bell était toujours en cours de traitement lorsque nous mettions l’information sous presse. Le leader de la connectivité a consenti d’importants investissements pour son service « Internet résidentiel sans fil » en vue de connecter un million de foyers ruraux selon son service de communication.

Godlove Kamwa, Initiative de journalisme local, Le Canada Français