Action-Chômage Côte-Nord veut défaire les préjugés sur les chômeurs

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Ce ne sont pas les travailleurs qui sont saisonniers, mais c’est l’industrie qui est saisonnière. Tel est un des messages lancés par Action-Chômage Côte-Nord le 26 janvier lors du lancement virtuel de sa campagne de sensibilisation sous le thème Vérités et conséquences.

Alors qu’une quinzaine d’intervenants ont pris la parole à tour de rôle, dont les élus de la Côte-Nord, les réalités des travailleurs de l’industrie saisonnière ont été dévoilées à travers trois capsules vidéos afin de défaire les préjugés.

« Seulement la moitié des travailleurs saisonniers reçoivent de l’assurance-emploi », fait mention la première capsule présentée. On y aborde également le besoin de ces travailleurs qualifiés. « Aller travailler ailleurs n’est pas une solution. Sans eux, il n’y a plus de pêche, de déboisement, de croisière et de service au restaurant. »

La préfète de la MRC de La Haute-Côte-Nord, Micheline Anctil, s’est d’ailleurs exprimée sur la question en mentionnant que l’industrie de sa MRC est majoritairement saisonnière. « Nos entreprises doivent pouvoir compter sur le retour de leurs travailleurs, des gens expérimentés qu’ils ont eux-mêmes formés, a-t-elle soutenu. L’assurance-emploi est un ancrage à la sécurité économique. »

Quant au chef de la Première nation des Innus Essipit, Martin Dufour, il a évoqué le fait que 120 travailleurs embauchés par le conseil de bande travaillent de façon saisonnière. « Chaque employé qui part est une perte pour nous. Des employés qui aiment leur travail ne devraient pas avoir à quitter à cause de l’assurance-emploi. Ce sont des professionnels, pas juste des chômeurs. »

D’autres types de travailleurs sont également touchés par l’absence de réforme de l’assurance-emploi, soit les employés à temps partiel.

Tel que mentionné par Sylvain Lafrenière, coordonnateur du Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE), la réforme de 1996 a grandement affecté les conditions de ces travailleurs.

« On a fait un changement important à la loi faisant en sorte que le critère des heures travaillées compte seulement pour l’admissibilité aux prestations. Ça demande donc beaucoup plus de semaines de travail pour les travailleurs à temps partiel. C’est même parfois impossible pour eux d’en obtenir », a-t-il déclaré.

Lafrenière a aussi dénoncé que le programme d’assurance-emploi actuel « est une loi sexiste » puisque les employés à temps partiel sont essentiellement des femmes. « En 2018, 65 % des temps partiels étaient des femmes et cela augmente à 75 % si on prend le groupe des 25 à 54 ans. »

La députée de Duplessis, Lorraine Richard a avoué avoir déjà été une chômeuse puisqu’elle œuvrait à temps partiel dans le milieu de la santé.

« Le chômage fait mal chez nous. La région doit se doter d’infrastructures pour son monde. Pensons seulement au transport maritime et aérien de même qu’aux services de proximité. En raison de la décentralisation, nous avons perdu beaucoup de services et cela mine une qualité de vie. »

Marilène Gill, député de Manicouagan, s’est avéré plutôt positive quant à l’avenir du programme de l’assurance-emploi.

« Il y a un momentum présentement, s’est-elle exclamée. Il y a un budget qui arrive et il semble y avoir une ouverture par rapport à la question de l’assurance-emploi. Il y a aussi une élection qui s’en vient. Avec la COVID, on a vu des gens anxieux de perdre leur emploi. C’est ce que les travailleurs saisonniers vivent chaque année de ne pas savoir de quoi demain va être fait. »

Le commissaire à la Commission de l’assurance-emploi du Canada, Pierre Laliberté a expliqué les démarches réalisées pour l’amélioration du programme.

Entre autres, la proposition d’un redécoupage de la carte des régions devait se terminer cet automne, mais a été remise en 2021 en raison de la COVID-19, tout comme le projet pilote pour les travailleurs saisonniers.

Finalement, le politicologue et entrepreneur social Jonathan Drolet a conclu la présentation des intervenants en abordant le thème de la communication et en proposant une piste de solution pour défaire les préjugés.

« Les travailleurs saisonniers doivent prouver à la population qu'ils ne cessent pas de travailler par choix. Une bonne façon de briser ce préjugé serait que les travailleurs saisonniers participent activement à la vie communautaire comme bénévoles pendant leurs mois d'inactivité », a-t-il lancé.

Très reconnaissante, la coordonnatrice d’Action-Chômage Côte-Nord, Line Sirois, souhaite que le travail saisonnier soit reconnu par le gouvernement fédéral.

« Les travailleurs saisonniers sont des travailleurs fiables qui reprennent leur travail année après année. Avec la pandémie, de nombreux emplois saisonniers ont été déclarés essentiels par le gouvernement du Québec. Il serait grand temps que le gouvernement canadien reconnaisse à son tour une fois pour toutes l’importance de l’industrie. L’industrie restera saisonnière et elle a besoin de ses travailleurs qualifiés », a-t-elle martelé.

Les capsules vidéos réalisées par l’organisme sont disponibles sur la page Facebook Action-Chômage Côte-Nord.

Johannie Gaudreault, Initiative de journalisme local, Journal Haute-Côte-Nord