Adoption impulsive de chiens : vers une «tempête parfaite»

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Les chiens nerveux et anxieux risquent d’être monnaie courante au Québec avec le soudain engouement pour le meilleur ami de l’homme... qu’il faut toutefois socialiser et bien éduquer pour qu’il le reste. Avec l’autorisation octroyée par Québec de sortir faire marcher pitou après 20 h, malgré le couvre-feu, plusieurs ont lancé — à la blague ou non — qu’il était temps d’ajouter un membre poilu à leur famille. L’éducateur canin Carl Girard y voit là les ingrédients pour une tempête parfaite.

«Ce sera possible de sortir après 20 h dans un rayon d’un kilomètre autour de sa résidence pour les besoins du chien. Évidemment, il faut être accompagné de son chien pour pouvoir se prévaloir de cette exception-là», a mentionné la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault lors de son point de presse jeudi.

Depuis mercredi soir, nombreux sont ceux qui veulent adopter. «Ces gens n’allaient déjà pas marcher après 20 h, mais là ils veuillent y aller ? Ce n’est pas une mesure qui me fait triper, avoue le directeur de la SPA des Cantons. Je ne veux pas que les gens aillent se chercher un chien sur un coup de tête, déjà qu’il y en a un paquet qui l’ont fait avec le premier confinement.»

Même si les périodes de confinement ont semblé le moment idéal pour plusieurs d’adopter un chien, il en est tout autrement, selon M. Girard. Le problème repose dans le manque de socialisation. Celle-ci se passe dans les quatre premiers mois de vie de l’animal et consiste à sortir de la cellule familiale pour l’exposer aux bruits, aux gros objets qui bougent comme sur un chantier de construction, aux voitures qui passent, aux humains et aux autres chiens.

«Si tu es confiné, ça veut dire que ton chien reste dans ton cercle familial et n’est pas socialisé. Tu te ramasses avec un chien nerveux qui fait de l’anxiété. Ça ne marche pas. On les voit, les chiens COVID. On a commencé à les travailler [à l’école Educ O Chien]. Et on va en avoir d’autres ? Ça pas de bon sens.»

Dix ans minimum

Carl Girard prévient les gens, qui voudraient céder à leur impulsion, qu’un chien peut vivre de 10 à 15 ans. «C’est ça qu’il faut retenir. J’aime mieux miser sur la durée pour convaincre les gens que sur les frais annuels. Le prix, ça n’arrête personne d’impulsif.»

Dans la réflexion, il faut se demander si notre situation financière sera stable dans les dix années suivantes, notamment, et si l’on prévoit déménager d’un appartement à l’autre, puisque les propriétaires de logements qui acceptent les chiens sont plutôt rares.

S’il y a un boom d’adoption depuis l’été dernier, il craint un boom d’abandon l’été prochain pour ces raisons, mais aussi pour des problèmes comportementaux provoqués par l’absence de socialisation.

Une bonne option pour calmer ses envies est d’aller faire marcher les chiens ou de prendre soin des chats dans les SPA, recommande-t-il. «La plupart des SPA font ça et ça nous fait plaisir.»

Les cours sur pause

Par ailleurs, les classes pour chiots et chiens seront interrompues durant les quatre prochaines semaines. Une décision gouvernementale qui ne fait qu’accroître le problème, selon Carl Girard, déçu.

«Les services sont primordiaux parce que les gens vont avoir plus de chiens cette année et que les deux tiers vont avoir des problèmes de comportement à cause du confinement. Il y a des problèmes qui ne peuvent pas attendre. À la fin du confinement, on va se retrouver avec un paquet de chiens avec beaucoup de manieurs qui sont inexpérimentés. Puis là, on risque d’avoir des accidents parce que tout le monde va vouloir aller dans les parcs et les endroits publics. Tout est là pour la tempête parfaite.»

Cynthia Laflamme, Initiative de journalisme local, La Voix de l'Est