Ahuntsic-Cartierville n’échappe pas au phénomène des « rénovictions »

Simon Van Vliet, Initiative de journalisme local
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Ahuntsic-Cartierville - L’histoire d’un immeuble de la rue Lachapelle, déclaré impropre à l’habitation à la suite d’un incendie survenu en avril dernier, est révélatrice de l’émergence d’une tendance inquiétante pour les locataires dans Ahuntsic-Cartierville.

À l’instar de plusieurs comités logement des quartiers centraux, le Comité logement Ahunstic-Cartierville (CLAC) constate que les atteintes au droit au maintien dans les lieux des locataires se multiplient depuis quelque temps.

Une tendance marquée dans Cartierville

C’est le cas en particulier dans la zone Laurentien-Grenet, autour de la nouvelle station du REM, dans Cartierville.

Elle explique que plusieurs immeubles comme celui du 11985, rue Lachapelle sont des blocs d’appartements vétustes, où les logements nécessitent des rénovations importantes et où les loyers sont souvent inférieurs au prix du marché.

Or, plutôt que de recourir à la procédure légale qui permet d’obtenir l’évacuation temporaire des locataires pour apporter des améliorations ou faire des réparations majeures dans les logements, certains propriétaires cherchent plutôt à pousser les locataires à résilier leur bail parfois en échange d’un montant d’argent.

Des stratagèmes pour se débarrasser des locataires

Dans le cas de la rue Lachapelle, elle indique que, quelques semaines après un incendie, le propriétaire a offert aux locataires de mettre fin à leurs baux. Dans un autre dossier dont le CLAC a eu connaissance, le propriétaire a envoyé à ses locataires des avis de non-renouvellement de bail en raison de travaux majeurs de rénovation à venir.

Relogés à l’hôtel depuis sept mois, en attendant de pouvoir réintégrer leur logement, certains locataires du 11985 rue Lachapelle ont accepté de résilier leur bail. Certains logements auraient ainsi été loués de nouveau entre 100 $ et 150 $ plus cher par mois, selon le CLAC.

Des pouvoirs limités à l’arrondissement

L’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville dit suivre le dossier de près depuis le début.

Elle assure avoir utilisé les pouvoirs dont dispose l’arrondissement pour forcer le propriétaire à effectuer les travaux qui s’imposaient pour rendre l’édifice à nouveau sécuritaire, soit le remplacement du système électrique, ainsi que l’installation d’une alarme incendie et d’un mur pare-feu.

La mairesse précise que 17 inspections ont été réalisées et que plusieurs constats d’infraction ont été donnés, mais concède que cela ne semble pas très efficace pour accélérer le retour des locataires dans leurs logements.

Le CLAC déplore que l’arrondissement ne soit pas en mesure de protéger davantage le parc locatif.

Elle suggère par exemple de dédier un inspecteur au suivi du parc de logements pour réaliser des interventions en amont et assurer une application plus stricte du règlement sur l’entretien et la salubrité des immeubles.

Quel avenir pour le 11985, rue Lachapelle ?

Il n’est pas clair quelles sont les intentions du propriétaire de l’immeuble de la rue Lachapelle, Construction Longpré, qu’il a été impossible à joindre.

Selon l’arrondissement, aucune demande de démolition ni aucune demande de permis de transformation n’a été déposée par le propriétaire.

L’entreprise est la propriété d’Aldo Construction qui a réalisé de nombreux projets immobiliers dans la région montréalaise, dont notamment plusieurs développements de condos sur la rue Lachappelle.

Mais chose certaine, plusieurs locataires ont plus intérêt à endurer leur séjour prolongé à l’hôtel qu’à quitter leur logement.

Simon Van Vliet, Initiative de journalisme local, Journal des voisins