Aide fédérale de 1000 $ aux vacanciers : le Bloc en furie

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Quelques semaines après avoir vu les images de vacanciers passant Noël dans des « tout inclus » au soleil, le député Maxime Blanchette-Joncas ne décolère pas, a pu constater Le Mouton Noir lors d’une entrevue. Il a encore en travers de la gorge le fait que ces voyageurs, partis pour des raisons non essentielles, puissent être admissibles à la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCMRE) de 1000 $ s’ils ne peuvent se présenter à leur travail en raison de la quarantaine obligatoire.

Au tout début de l’année, le gouvernement Trudeau a pourtant réagi rapidement lorsqu’il s’est rendu compte qu’une zone grise dans son programme permettait des abus de ce type : à partir du 3 janvier, plus possible de s’engouffrer dans la faille, a prévenu le premier ministre. Insuffisant pour le Bloc québécois, qui veut que la rectification soit appliquée rétroactivement à partir de la date d’entrée en vigueur de la PCMRE, le 2 octobre dernier.

« C’est un non-sens, c’est une aberration, c’est encore un cafouillage total, je dirais même que c’est de la sottise, un manque de jugement flagrant », s’emporte le député de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques, qui assure qu’il se met au diapason de la population qu’il représente en utilisant un tel vocabulaire. « C’est la première fois que je voyais une telle révolte : les gens m’ont envoyé des milliers de messages, par courriel, sur les réseaux sociaux ou par téléphone. Ils étaient outrés de la situation, à raison. »

On peut effectivement vérifier cette frustration sur les réseaux sociaux, où de nombreuses personnes ont partagé leur sentiment d’injustice : alors qu’elles se sont astreintes à respecter les règles sanitaires et n’ont reçu personne dans le temps des fêtes, voilà que d’autres voient leurs mojitos remboursés par le gouvernement fédéral (donc, in fine, par les contribuables restés bien sagement à la maison) qui leur avait pourtant fortement recommandé de ne pas voyager!

Si certains de ces voyageurs ont touché les 1000 $ de PCMRE, ils doivent les rembourser, dit M. Blanchette-Joncas. Cela pourrait se faire au moment du rapport d’impôt, par exemple. Surtout, il ne veut aucune exemption pour ceux ayant voyagé avant que le gouvernement ne se rende compte de sa bourde, même si ces gens n’ont rien fait d’illégal – ils ont simplement ignoré une recommandation gouvernementale. « Pourquoi ça serait plus légitime pour la personne revenue le 25 décembre plutôt que le 3 janvier d’avoir accès à la PCMRE? On ne peut pas corriger une inégalité en en créant une autre! »

Peu de gens concernés

Le député rimouskois ne connait pas le nombre de personnes qui pourraient avoir bénéficié de la PCMRE après un voyager « dans le sud ». On peut penser qu’il est très faible puisque d’une part, les conditions pour en bénéficier sont assez restrictives : il faut avoir été empêché de retourner au travail par une quarantaine et ne bénéficier d’aucune autre prestation – cela exclut donc les étudiants, les retraités, les chômeurs ou tous ceux qui font du télétravail. Par ailleurs, avant que les médias ne mettent cette faille en évidence, bon nombre de voyageurs l’ignoraient tout bonnement…

D’après les chiffres fournis par le gouvernement du Canada, il n’y a pas eu d’explosion de nombres de demandes de PCMRE dans la semaine du 27 décembre au 2 janvier, c’est-à-dire au moment où ceux partis pour Noël sont revenus. Au contraire, c’est la période où il y a eu le moins de demandes (20 600) depuis l’entrée en vigueur du programme en octobre, alors que certaines semaines, le cap des 60 000 demandes a été franchi.

Maxime Blanchette-Joncas se défend de faire un « show de boucane » à partir d’un nombre marginal de profiteurs insouciants. Pour lui, peu importe « que ce soit 2500 personnes ou 40 personnes, c’est une question de principe ». La confiance que la population porte aux institutions en dépend, ajoute-t-il.

Plutôt que de devoir corriger une situation qui a choqué la population, le gouvernement Trudeau aurait pu contrôler le flux de voyageurs en forçant les compagnies aériennes à rembourser les billets d’avion annulés plus tôt en 2020, comme cela a été fait en Europe, ajoute le député. Disposant plutôt d’un crédit voyage qu’elles ont eu peur de perdre, plusieurs personnes ont décidé de l’utiliser dans le temps des fêtes.

« Quand on veut prévenir une situation, il faut agir. Le gouvernement fait la sourde oreille et pense régler la situation en faisant des remaniements ministériels en vue d’élections générales », assène le député Blanchette-Joncas. À entendre son ton combatif, nul doute que lui aussi est près pour partir en campagne…

Rémy Bourdillon, Initiative de journalisme local, Le Mouton Noir