Aide « inespérée » et prolongement de la saison pour les cabanes à sucre

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Sherbrooke — En renfort aux cabanes à sucre qui crient à l’extinction depuis plusieurs mois, le gouvernement provincial crée pour la première fois une aide directement destinée au secteur pour l’aider à traverser la pandémie. Jeudi, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation a présenté un éventail de mesures d’aides qui ont suscité un « énorme soulagement » pour les propriétaires de ces lieux de tradition.

Les cabanes à sucre qui ont fait le virage vers les repas pour emporter ou qui désirent le faire pourront désormais obtenir une subvention allant jusqu’à 50 000 $ pour financer notamment leurs équipements ou leurs efforts de mise en marché. Cette mesure, rétroactive au 12 mars 2020, vient d’être ajoutée par le ministre André Lamontagne au Programme d’appui au développement de l’agriculture et de l’agroalimentaire en région, qui était jusqu’à maintenant peu adapté aux érablières commerciales.

« On vient de perdre des milliers de livres de pression qui reposaient sur nos épaules, commente Stéphanie Laurin, présidente et fondatrice de l’Association des salles de réception et érablières du Québec (ASQC). Les cabanes à sucre sont extrêmement reconnaissantes de cette aide. C’est quand même inespéré. Nous, on se retroussait les manches et on était prêts à affronter la saison des sucres qui s’en venait, mais avec ça, on a une petite tape dans le dos. »

En plus de promettre du financement pour les inventaires de sirop d’érable hors contingent invendu, le ministre Lamontagne annonce du même coup une aide de 50 000 $ à l’initiative de repas pour emporter ou prêts à réchauffer « Ma cabane à la maison », dont font partie 70 érablières à travers la province et dont les détails seront dévoilés lundi.

« Il faut comprendre qu’il y a des cabanes à sucre qui elles n’avaient pas les liquidités pour se lancer dans le prêt-à-emporter cette année parce qu’elles avaient absorbé les frais fixes pendant les douze derniers mois. Pour eux, c’est une bouffée d’air. C’est vraiment crucial pour certaines entreprises qui, sans repas pour emporter, auraient mis la clé dans la porte au prochain printemps », ajoute Mme Laurin.

La saison des sucres pourrait également durer plus longtemps cette année, puisque le gouvernement entend créer un règlement qui permettra aux cabanes à sucre de demeurer ouvertes au-delà de la limite que doivent normalement respecter certains propriétaires en vertu de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles.

Rien pour impressionner France Demers, copropriétaire de l’Érablière Magolait. « Les gens ne viendront pas manger à la cabane au mois de juillet. C’est un événement qui se passe au printemps. Ce qu’on veut, c’est de ne pas être considérés comme des restaurants. S’ils nous disent qu’on ne peut pas faire de tire sur la neige cette année, on va l’accepter, mais qu’ils nous permettent de recevoir des bulles familiales. On peut aller au cinéma et à la piscine, mais pas à la cabane à sucre? » s’indigne-t-elle.

Motivation pour emporter

Joannie Paquette, propriétaire du Chalet des Érables à Cookshire-Eaton, est impatiente de voir si son établissement remplira les critères. Sa cabane à sucre a été une des premières, l’an dernier, à faire le virage « pour emporter ».

« Je l’avais senti venir, alors je me suis préparée, dit-elle. La journée même où ça a été annoncé qu’on devait fermer, j’ai mis en ligne mon menu de boîtes pour emporter. Le lendemain, j’étais sur la route à aller acheter des contenants, des sacs, etc. pour tout livrer. C’est certain que c’est des frais en plus. Je n’ai pas de chiffre, parce qu’honnêtement, je ne veux pas le connaître. Mais ce qui a fait le plus mal, ce sont tous les frais de préparation à la saison de l’an dernier qui n’a pas eu lieu. J’essaie de garder la tête haute et de voir plus loin. Malgré tout, ça a été un succès parce qu’on est encore là cette année et on sera encore plus préparés », affirme celle qui prendra part au projet « Ma cabane à la maison ».

« Ça aussi, ça fait tellement du bien, poursuit-elle. Les cabanes à sucre, c’est un milieu féroce. Je suis une personne d’équipe alors je suis vraiment heureuse de participer à un projet qui met en valeur tout ça. »

Électricité payée Plus tôt dans la journée, la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, bonifiait le Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE) en faisant passer le plafond de la partie pardonnable des prêts aux entreprises de 100 000 $ à 250 000 $, en plus d’annoncer un soutien pour couvrir les frais d’électricité et de chauffage des entreprises qui auront un dossier actif dans ce programme. Les demandeurs auront accès à un pardon de prêt équivalent à 100 % de leurs dépenses mensuelles en énergie engagées entre le 1er janvier 2021 et le 30 juin 2021, jusqu’à concurrence de 35 000 $ par mois.

« C’est aussi un impact important pour nous, se réjouit Mme Laurin. C’est une aide incroyable, parce qu’en ce moment, il y en avait beaucoup qui travaillaient dans leur cabane pour se préparer à faire des repas pour emporter, mais qui ne pouvaient pas se payer le luxe de mettre du chauffage », exprime Mme Laurin.

Rappelons qu’un sondage réalisé par l’ASEQC (Association des salles de réception et érablières du Québec) en décembre dernier a démontré que sur les 200 érablières commerciales du Québec, une quarantaine ont fermé leurs portes de manière définitive depuis mars, et qu’une cinquantaine ont décidé de cesser de servir de la nourriture pour se concentrer uniquement sur la production de sirop d’érable à l’avenir.

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune