Allons à la cabane ? Pas certain !

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Sherbrooke — Avec le passage d’une grande partie du Québec au palier orange, les salles à manger de nombreuses cabanes à sucre obtiennent le feu vert pour ouvrir. Même si de nombreux Québécois attendaient cette nouvelle, bon nombre d’entre elles risquent de demeurer fermées par peur de voir leur situation s’empirer.

C’est notamment le cas du Chalet des Érables, à Cookshire-Eaton. La propriétaire, Joannie Paquette, confie avoir le sommeil difficile depuis janvier. « Je ne m’attendais vraiment pas à ça aujourd’hui, commentait-elle mercredi à la suite du point de presse de François Legault. Je pense que c’est la décision la plus difficile que j’aurai à prendre de toute ma carrière. Mais si je suis entièrement transparente, je dirais que je ne pense pas rouvrir. »

Son entreprise a investi temps et argent dans une formule de repas prêt à emporter, notamment en se joignant à l’offensive provinciale Ma cabane à la maison, mais c’est la sécurité qui pesé le plus lourd dans la balance pour l’acéricultrice.

« Je compte sur de la famille et des amis pour m’aider dans mon entreprise. Je me verrais très mal les mettre à risque dans une salle à manger alors que je ne peux même pas les recevoir chez moi. »

Et si quelqu’un devait tomber malade, toutes les opérations seraient paralysées, poursuit-elle. Ce qui signifierait une perte des revenus liés aux boîtes pour emporter. « Ça ne vaut pas le risque », dit-elle.

Stéphanie Laurin, présidente de l’Association des salles de réception et érablières commerciales du Québec, était elle aussi sous le choc, mercredi soir. « On nous a fermé sans préavis l’an dernier, et là on nous rouvre sans préavis, s’indigne l’acéricultrice. Ce n’est vraiment pas merveilleux, en toute honnêteté. »

Dans les zones déjà au palier orange, seulement quelques cabanes ont choisi d’ouvrir quand même, témoigne-t-elle. Nombreux sont ceux qui ont opté pour les boîtes à emporter, comme une majorité des érablières commerciales à travers le Québec.

« Quand ça fait un an qu’on est fermé, rouvrir pour quelques semaines et peut-être devoir refermer dans deux semaines, ce n’est pas un risque à prendre. Ce serait le début de la fin, parce que c’est beaucoup d’investissement ouvrir les salles à manger. Tout le monde s’est adapté pour faire des repas pour emporter. Ils utilisent leurs salles à manger comme zone de préparation de commandes. Mais là, il faudrait tout défaire ce qu’ils ont fait pour réinstaller des tables. Je ne suis pas certaine que les cabanes à sucre voudront rouvrir. Il aurait fallu savoir en janvier qu’on allait pouvoir rouvrir début mars. Là on se serait préparés. Mais ce n’est pas ce qui a été dit. »

Pas si facile donc de tout changer, une semaine après avoir lancé Ma cabane à la maison. Cette campagne, regroupant 70 cabanes à sucre, permet aux Québécois de réserver leur boîte gourmande du temps des sucres tout en soutenant leur cabane locale. Les boîtes peuvent être réservées au macabanealamaison.ca et être récupérées directement à la cabane ou bien dans une des épiceries Metro participantes.

La plateforme a déjà connu 1 million de visites et 23 000 commandes, se réjouit Mme Laurin.

Intérêt à ouvrir

France Demers, copropriétaire de l’érablière Magolait, à Magog, a toujours de nombreuses interrogations. « C’est une bonne et une mauvaise nouvelle en même temps », dit-elle, incertaine des aménagements qu’elle devra faire et du nombre de personnes qu’elle pourra recevoir.

Celle-ci aimerait rouvrir dès le week-end du 12 mars, mais se montre très déçue des conditions imposées, soit les mêmes qu’en restauration : un maximum de deux adultes par table (avec leurs enfants), la réservation obligatoire, la tenue d’un registre des clients et l’exigence d’une preuve de résidence dans une zone du même palier.

« Deux adultes par table, ça ne fonctionne pas vraiment bien avec le modèle d’affaires d’une cabane à sucre, ce sont de grandes tablées, de grandes salles... » laisse tomber Stéphanie Laurin.

« J’ai l’habitude d’avoir des groupes de collègues, des groupes d’amis... c’est certain que je ne pourrais pas avoir ça du tout. Il ne nous reste déjà que sept fins de semaine, avec des toutes petites familles ici et là... On va annoncer notre ouverture, et on verra comment ça ira. Mais ça va être compliqué. »

Même si le gouvernement a annoncé il y a deux semaines que la période d’ouverture autorisée pour les cabanes à sucre serait prolongée, Mme Demers croit que l’exercice n’en vaut pas la chandelle. « Les gens auront passé à autre chose. Début mai, il fait beau et chaud, ils ont plus envie d’aller marcher en ville et de prendre un cornet de crème glacée », dit-elle.

Ni Mme Demers ni Mme Laurin n’ont eu vent de quelconque consigne sanitaire concernant la tire sur la neige. Les propriétaires devront certainement se montrer créatifs pour éviter que cette activité ne soit source de contagion.

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune