Comment améliorer le vivre-ensemble, sous la loupe de jeunes immigrants

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Des jeunes immigrants afro-descendants, appellent à une meilleure éducation de la société sur les cultures africaines.

Une méconnaissance généralisée de l’Afrique nourrit les préjugés et le racisme que peuvent rencontrer les personnes noires au Québec et ailleurs au pays, selon de jeunes immigrants afro-descendants, qui appellent à une meilleure éducation de la population sur les cultures africaines.

Du haut de ses 12 ans, Béni Tévi souhaite vivre « dans un monde sans violence, où tous les gens seraient respectés sur un même pied d’égalité ». À ses yeux, il ne fait aucun doute que la diversité est une « richesse » qui rend « la vie plus intéressante ».

Ce jeune Rimouskois, originaire du Togo, est l’un des quatre adolescents afro-descendants ayant participé, le 20 février dernier, au forum « Bâtir et grandir ensemble », organisé par le Cabaret de la Diversité. Béni agit à titre d’ambassadeur jeunesse pour cet organisme du Bas-Saint-Laurent depuis 2019.

Animé par la Camerounaise Wanda Jemly, le forum ayant pris la forme d’une discussion ouverte a donné aux jeunes élèves présents l’occasion d’échanger à propos des idées reçues sur les Noirs et de proposer des solutions pour améliorer l’inclusion et favoriser les rapprochements interculturels. « On ne peut pas vivre ensemble si on ne se connaît pas », fait valoir en entrevue Lenine Nankassa Boucal, fondateur du Cabaret de la Diversité.

« Il faut avoir l’humilité d’écouter, d’apprendre et de grandir avec nos enfants, pour bâtir le monde de demain d’amour, de paix, de tolérance et de mieux vivre ensemble », insiste celui qui est également porte-parole du Mois de l’Histoire des Noirs Bas-Saint-Laurent. « Nous avons le devoir de léguer un monde meilleur à nos enfants, mais le monde qu’on laissera sera tributaire de nos actes aujourd’hui. »

Discutant d’abord d’identité, les jeunes étudiants ont déploré être souvent « mis dans une même case ». « Quand je dis aux gens que je viens du Togo, ils pensent que je dis Congo. Ça me dérange un peu que les gens pensent que tous les Africains viennent du Congo », a confié Béni, qui est arrivé au Québec en 2016, à l’âge de 9 ans.

« Il y a une très grande diversité de cultures en Afrique, mais souvent, les gens ne prennent pas en considération les autres pays », a souligné pour sa part Marylou Djida, une Camerounaise de 14 ans née en Italie et vivant aujourd’hui à Vancouver.

Confortablement assis dans son salon à Gatineau, Sébastien Cimpaye, 13 ans, a indiqué que les gens gagneraient à s’intéresser davantage aux cultures africaines. « Ce sont des cultures très riches. C’est un peu triste quand tu parles d’un pays et que les gens n’ont pas l’air de savoir où c’est. Les gens me demandent parfois si je peux leur apprendre “l’africain”, comme s’il y avait une seule langue en Afrique », a ajouté le Québécois d’origine rwando-burundaise.

« Comment pourrait-on faire pour que cela change ? » a demandé l’animatrice aux jeunes. Béni s’est empressé de répondre « qu’il faudrait parler davantage des pays africains et asiatiques et montrer leur culture à travers des expositions. »

Le Suisse d’origine camerounaise, Joaron Zufferey, a renchéri en proposant d’enseigner aux jeunes enfants qu’il y a 54 pays en Afrique, avant même leur arrivée sur les bancs d’école. « On pourrait leur montrer à travers des livres ou des jeux de société qu’il y a d’autres pays que le Congo, le Cameroun et le Nigeria », a précisé le résident de Vancouver âgé de 12 ans, mordu de lecture et de science.

Marylou a suggéré pour sa part l’apprentissage à travers des exposés en équipe devant la classe. « Quand on nous parle de l’Afrique à l’école, on parle de guerre et d’esclavage. Je trouve qu’on pourrait parler un peu plus de culture », a-t-elle exprimé, esquissant son sourire discret.

Quant à lui, Sébastien a proposé d’utiliser des mythes et des contes pour en apprendre davantage sur les pays de l’Afrique. « Dans nos cours de géographie, il y a toujours plein d’histoires pour nous aider à nous souvenir de chaque pays d’Europe, mais quand on parle de l’Afrique, on n’a pas ça. Un cours de géographie, je m’en souviens plus ou moins, mais une histoire, ça reste dans ma tête ! » a dit le jeune homme.

« Une fois, dans ma classe, quelqu’un a dit le mot “race” et la professeure lui a dit qu’il ne fallait pas dire ça », a par ailleurs raconté la jeune Marylou Djida, disant ne pas toujours comprendre le malaise et l’hésitation des gens à l’égard de l’utilisation des mots « race » et « noir ». « Je crois que le problème n’est pas dans le mot, mais plutôt dans son utilisation négative envers quelqu’un », a-t-elle jugé.

Parlant de son expérience en tant que métis suisse-camerounais, Joaron a expliqué : « Il y a plus que des Blancs et des Noirs. Quand j’étais au Cameroun, on me disait que j’étais blanc et je leur disais que j’étais aussi noir. Et ici au Canada, c’est l’inverse », a-t-il confié.

« Le mot noir est un peu tabou, car les gens “non noirs” ont peur de nous déranger ou de nous blesser en le disant, mais c’est plutôt la connotation du mot qui dérange », a souligné Béni.

« Quand les gens veulent décrire une personne noire, ils essaient de trouver un autre terme ou adjectif, alors que ce serait plus simple de dire le mot noir, a observé de son côté Sébastien Cimpaye, de Gatineau. Les gens craignent qu’on pense qu’ils sont racistes, tout ça devient compliqué. »

À ses yeux, « il faut vivre et laisser vivre, mais essayer d’être empathique et se mettre à la place de l’autre pour comprendre ce qu’il peut ressentir. » Tout simplement.

Le panel jeunesse « Bâtir et grandir ensemble » a été présenté dans le cadre du Mois de l’Histoire des Noirs, en collaboration avec Afrika21, le Conseil de la Communauté noire de Gatineau (CCNG) et Kacodiar.

Karla Meza, Initiative de journalisme local, Le Devoir