Après l’annonce de Pfizer, où en sont les autres vaccins ? Et les achats du Canada ?

Aïssatou Aïcha Sow, Doctorante en virologie moléculaire, Institut national de la recherche scientifique (INRS)
·9 min read
<span class="caption">Des piétons marchent devant le siège social de Pfizer, à New York, le 9 novembre. Pfizer et BioNtech sont sur la bonne voie avec un vaccin qui serait efficace à 90%, selon des résultats préliminaires. Mais ils ne sont pas les seuls à être dans la course.</span> <span class="attribution"><span class="source"> (AP Photo/Bebeto Matthews)</span></span>
Des piétons marchent devant le siège social de Pfizer, à New York, le 9 novembre. Pfizer et BioNtech sont sur la bonne voie avec un vaccin qui serait efficace à 90%, selon des résultats préliminaires. Mais ils ne sont pas les seuls à être dans la course. (AP Photo/Bebeto Matthews)

Pfizer et BioNTech ont surpris – et donné espoir – au monde entier hier avec les résultats préliminaires de leur essai clinique de phase III.

Ils ont annoncé que leur vaccin contre la Covid-19 avait été testé avec succès et que son efficacité était de 90 %, un chiffre inespéré, même s’il doit être confirmé sur un nombre plus grand d’individus et sur la durée. Sa fabrication est simple, son entreposage plus complexe (le vaccin doit être conservé à des températures très basses), et sa production à grande échelle devrait commencer sous peu.

Des laboratoires du monde entier sont dans la course au vaccin contre la Covid-19. Si la ligne d’arrivée se profile maintenant pour Pfizer et BioNTech, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recense 202 candidats-vaccins, dont 47 sont en phase d’essai chez l’humain.

Dans cette course acharnée, le Canada n’a pas mis tous ses œufs dans le même panier. Outre Pfizer et BioNTech, il a conclu des ententes avec six autres sociétés pharmaceutiques : Moderna, Sanofi et GlaxoSmithKline, Johnson &amp; Johnson, Novavax, AstraZeneca et Medicago. On apprenait mardi en fin de journée que le Canada avait réservé 56 millions de doses supplémentaires du vaccin de Pfizer et BioNTech, pour un total de 76 millions.

Le gouvernement du Canada a ainsi réservé au total 414 millions de doses. Plus important encore, le Canada s’est assuré de diversifier les types de vaccins réservés.

En effet, les scientifiques utilisent différentes plates-formes pour les développer. Certains candidats-vaccins en phase d’étude clinique exploitent des mécanismes déjà utilisés dans d’autres vaccins. D’autres se basent sur des approches novatrices jamais testées auparavant. Voici un tour d’horizon des différents types de vaccins.

Les vaccins inactivés

Utilisés depuis les années 1880, les vaccins inactivés contiennent des virus dont le pouvoir infectieux est supprimé par un traitement chimique, comme c’est le cas pour les candidats-vaccins contre le SARS-CoV-2 (agent pathogène qui cause la Covid-19), ou par un traitement physique. Avec ce type de vaccin, le système immunitaire rencontre le virus dans son entièreté. Il peut ainsi monter une armée lorsqu’il détecte la protéine S (aussi appelée spicule), l’enveloppe et la nucléoprotéine virales.

Actuellement, sept candidats-vaccins inactivés sont testés chez l’humain. Parmi eux, trois sont en phase III d’essai clinique. À la différence des phases I et II qui servent à évaluer la tolérance, l’innocuité et la capacité d’induction d’une réponse immunitaire d’un vaccin, la phase III permet aux scientifiques de tester leur efficacité.

Protéines recombinantes

Les vaccins à protéines recombinantes se divisent en deux catégories : le vaccin sous-unitaire et le vaccin à particules pseudo-virales. Pour les vaccins sous-unitaires, une protéine virale est produite en grand nombre dans une « usine » vivante, comme une bactérie, une plante, une cellule de mammifère ou encore d’insecte. Le processus de fabrication dépend de l’« usine » choisie.

La protéine virale est ensuite présentée au système immunitaire afin de déclencher une réaction. Les 13 candidats-vaccins sous unitaires actuellement en phase I, II ou III d’essai clinique sont composés soit de la protéine S entière, soit d’une partie spécifique de la protéine S appelée « domaine de liaison au récepteur ».

Dans le cas des vaccins à particules pseudo-virales, ils sont composés d’un ensemble de protéines virales qui permettent de reproduire la forme du virus. Cependant, cette particule « pseudo-virale » est une coque vide, dépourvue de matériel génétique et donc non-infectieuse, ce qui ne l’empêche pas d’entraîner le système immunitaire à la reconnaître.

Vaccins à vecteurs viraux

Cette approche est basée sur l’utilisation d’un virus non pathogène ou peu dangereux pour l’humain. Dans le cas des 12 candidats-vaccins de ce type actuellement à l’étude chez l’humain, les virus servant de vecteurs viraux sont majoritairement des adénovirus. Ils représentent un large groupe de virus pouvant causer des rhumes et des conjonctivites, entre autres.

Utilisés comme « cheval de Troie », ces virus sont modifiés pour exprimer la protéine S du SARS-CoV-2 à la suite de la vaccination. Les vaccins à vecteurs viraux constituent une stratégie récente, mais qui a déjà été utilisée pour le vaccin contre le virus Ebola.

Vaccins à ARN/ADN

Malgré des différences dans leur composition, l’ADN et l’ARNm (ARN messager) contiennent tous deux de l’information génétique permettant la production de protéines. Si cette fabrication de protéines peut se faire directement à partir d’une molécule d’ARN, une étape intermédiaire est nécessaire lorsqu’il s’agit d’ADN.

Les candidats-vaccins à ARN ou à ADN diffèrent des autres stratégies en deux points. D’abord, il s’agit d’une stratégie nouvelle : aucun vaccin à ADN ou ARN n’existe sur le marché. Puis, ils sont les seuls composés uniquement de matériel génétique. Dans le cas des vaccins à ARN, des molécules « d’ARN messager » sont enveloppées dans des nanoparticules de lipides. Après l’injection du vaccin, l’ARN servira de matrice pour que les cellules du corps produisent une protéine virale, le spicule, plus précisément.

Les vaccins à ADN, quant à eux, sont composés d’un ADN de forme circulaire (appelé plasmide). Cet ADN sera transcrit en ARN qui servira encore une fois de matrice. Six candidats-vaccins à ARN sont actuellement testés chez l’humain, dont deux sont en phase III. Les cinq candidats-vaccins à ADN sont en phase I et II d’essai clinique.

Le Canada dans la course aux vaccins

Voici un aperçu de chacune des sociétés qui a conclu une entente avec le gouvernement fédéral, le type de vaccin en développement et le nombre de doses réservées par le Canada :

Pfizer/BioNTech

76 millions de doses réservées

Les sociétés BioNTech, en Allemagne, et Pfizer, aux États-Unis, développent conjointement un vaccin à ARN. Ce candidat code pour la fabrication de la protéine S.

L’étude clinique de phase III se poursuit sur plus de 43 000 personnes aux États-Unis, en Argentine, au Brésil, en Allemagne, en Turquie et en Afrique du Sud. Ce vaccin serait efficace à plus de 90 % et n’aurait causé aucun effet secondaire grave.

<span class="caption">Une vue générale de Pfizer Manufacturing Belgium à Puurs, en Belgique, le 9 novembre. Pfizer a annoncé que les premiers résultats de son vaccin contre la Covid-19 montrent une efficacité à 90 %.</span> <span class="attribution"><span class="source">AP Photo/Virginia Mayo</span></span>
Une vue générale de Pfizer Manufacturing Belgium à Puurs, en Belgique, le 9 novembre. Pfizer a annoncé que les premiers résultats de son vaccin contre la Covid-19 montrent une efficacité à 90 %. AP Photo/Virginia Mayo

Malgré ces résultats préliminaires encourageants, Pfizer et BioNTech n’ont pas encore franchi la ligne d’arrivée. Les données détaillées n’ont pas été publiées et des questions subsistent, notamment sur l’âge et les facteurs de risque des individus vaccinés ainsi que sur la durée de la protection. L’essai clinique suit son cours et davantage de données seront analysées.

Moderna

56 millions de doses réservées

Le candidat-vaccin de Moderna, une société américaine de biotechnologie, est un vaccin à ARN. Une fois injecté, il permettra l’expression de la protéine S. Actuellement en phase III d’étude clinique, ce vaccin est testé sur 30 000 individus dans différentes régions à travers les États-Unis.

Johnson &amp; Johnson

38 millions de doses réservées

Le candidat développé par la multinationale américaine Johnson &amp; Johnson est un vaccin à vecteur viral composé d’un adénovirus humain modifié pour le rendre incapable de se répliquer et exprimant la protéine de spicule du SARS-CoV-2. La phase III, amorcée en septembre 2020, se déroule dans plusieurs pays et impliquera 60 000 participants.

AstraZeneca/Université d’Oxford

20 millions de doses réservées

L’Université d’Oxford, au Royaume-Uni, travaille en partenariat avec la société AstraZeneca sur un vaccin à vecteur viral. Le candidat développé est composé d’un adénovirus de chimpanzé qui a été modifié et qui exprime la protéine de spicule. Il est en phase III d’essai clinique.

Novavax

76 millions de doses réservées

Le candidat-vaccin de Novavax, une société américaine, se base sur la stratégie des protéines recombinantes. Il est composé de la protéine de spicule et d’un adjuvant. Ce dernier a pour but d’accroître la réponse immunitaire. La phase III d’essai clinique a débuté en septembre 2020 et implique 10 000 participants au Royaume-Uni.

Sanofi/GSK

72 millions de doses réservées

Le candidat de la société française Sanofi et du géant britannique GlaxoSmithKline (GSK) est composé d’adjuvant et de protéines recombinantes de protéines S produites à partir d’une usine vivante (les baculovirus). Les essais cliniques de phase I et II testent actuellement l’innocuité, la tolérance et la capacité d’induction d’une réponse immunitaire.

Medicago

76 millions de doses réservées

Développé par la société québécoise Medicago, ce candidat-vaccin est composé de particules pseudo-virales. Ces dernières sont produites à partir de plantes infectées par des bactéries génétiquement modifiées pour produire plusieurs protéines du SARS-CoV-2. Ces plantes deviennent ainsi des usines de production. Les chercheurs peuvent ensuite extraire les particules à partir des feuilles et les purifier. Le candidat-vaccin de Medicago est actuellement en phase I d’essai clinique et les résultats sont aussi prometteurs.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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