Arrestation d’Harold LeBel : faits saillants et conséquences appréhendées

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Le député de Rimouski Harold LeBel a été arrêté mardi 15 décembre et accusé d’agression sexuelle. Un véritable tremblement de terre qui aura d’importantes conséquences à plusieurs niveaux. Vingt-quatre heures après les faits, Le Mouton Noir fait le point.

Que reproche-t-on à M. LeBel?

Le député aurait agressé sexuellement une autre élue provinciale, en octobre 2017. Bien que les réseaux sociaux se soient empressés de faire des spéculations sur l’identité de la victime, celle-ci est protégée par une ordonnance de non-publication.

À ce stade de l’affaire, il importe de rappeler que le natif de Squatec bénéficie de la présomption d’innocence. Mais les faits qui lui sont reprochés sont extrêmement graves, ainsi que l’a rapidement affirmé le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.

En effet, il ne s’agit pas d’une dénonciation anonyme sur les médias sociaux mais bien d’une plainte à la police. Des accusations ont été portées contre M. LeBel, qui devra donc comparaître devant un tribunal dans un peu moins d’un mois.

Que disent les statistiques sur les agressions sexuelles?

Souvent commises sans témoin et dénoncées sur le tard, les agressions sexuelles sont difficiles à prouver hors de tout doute. Cela explique que dans de nombreux cas, elles débouchent sur un acquittement. Dernier exemple en date hier, alors que le fondateur du festival Juste pour rire Gilbert Rozon a été blanchi des accusations de viol qui pesaient sur lui. « Je ne peux pas priver l’accusé du doute raisonnable », a déclaré la juge.

En se basant sur des données de 2009 à 2014, Radio-Canada a calculé que 43 % des agressions sexuelles signalées ont mené à une accusation criminelle (c’est là où en est Harold LeBel), et qu’un verdict de culpabilité a été prononcé dans à peine 12 % des cas. Dans Le Devoir, on pouvait au contraire lire en juillet dernier que le taux de condamnation dépassait les 50% de l’ensemble des dossiers judiciarisés.

Cela ne veut pas dire que les agressions non condamnées sont des dénonciations abusives. « Les études rigoureuses en arrivent à des taux de fausses allégations d’agressions sexuelles de 2 à 10 % chez les adultes », disait la psychiatre Marie-Ève Cotton dans une entrevue à Radio-Canada en 2018, en parlant des actes ayant fait l’objet d’une plainte à la police.

Un triste rappel : les femmes doivent se méfier de leurs connaissances…

Puisqu’on est dans les chiffres, rappelons une triste vérité : les agressions sexuelles sont plus souvent qu’autrement commises par un proche de la victime. On dit bien « un » proche, car neuf fois sur dix, l’agresseur est un homme.

D’après le ministère de la Justice du Canada, l’agresseur est un ami, une connaissance ou un voisin de la victime dans 52 % des cas.

Si la circonscription de Rimouski est autant choquée aujourd’hui, c’est parce qu’Harold LeBel y jouissait d’une popularité énorme, qui se vérifiait également auprès des autres élus de l’Assemblée nationale. Porte-parole péquiste en matière d’emploi, de solidarité sociale, de lutte contre la pauvreté et d’action communautaire autonome, il était perçu comme proche des plus précaires, à commencer par les aînés. Encore un triste rappel : les agressions sexuelles peuvent être commises par n’importe qui…

Aurons-nous une élection partielle?

Le chef du PQ n’a pas tardé à exclure Harold LeBel du caucus de son parti, le temps que la lumière soit faite sur l’histoire. Depuis hier, M. LeBel est donc un député indépendant.

Il reste deux ans avant les prochaines élections provinciales. Mais M. LeBel se rendra-t-il jusque là, ou renoncera-t-il à son poste? Mis en cause dans une affaire d’agression sexuelle, l’ancien député libéral Gerry Sklavounos avait terminé son mandat. Idem pour l’ancien ministre Pierre Paradis, qui avait même réintégré le caucus de son parti. Mais il est important de spécifier qu’aucune accusation n’avait été portée contre les deux hommes.

De son côté, en plus du regard des autres élus de l’Assemblée nationale et de la défiance d’une population de plus en plus sensibilisée à la gravité des crimes sexuels, Harold LeBel devra affronter la cour, dès le 11 janvier. Sa démission devient une hypothèse probable, quoique encore lointaine au moment d’écrire ces lignes.

Un impact catastrophique pour le Parti québécois

Quand on a peu de députés, chaque perte est d’autant plus dure : le caucus du PQ ne compte plus que huit députés, confirmant un peu plus sa nouvelle réalité de tiers parti. Le parti souverainiste perd également un vieux soldat, qui était impliqué dans la formation politique depuis plus d’un quart de si`cle.

Élection partielle ou pas, le prochain scrutin dans Rimouski sera nécessairement teinté par les accusations portées contre Harold LeBel, et la CAQ pourrait en profiter pour ravir ce château fort péquiste depuis 1994.

Surtout, une question pourrait devenir embarrassante pour le PQ : étant donné que la victime alléguée est une autre élue, les allégations contre Harold LeBel étaient-elles connues à l’intérieur du parti? Le chef Paul St-Pierre Plamondon a dit avoir appris les faits allégués hier, en même temps que l’arrestation d’Harold LeBel, mais des clarifications supplémentaires ne seront pas de trop…

Rémy Bourdillon, Initiative de journalisme local, Le Mouton Noir