Artisans, le développement de l’activité numérique n’a jamais été aussi simple !

Anne Albert-Cromarias, Enseignant-chercheur HDR, management stratégique, Groupe ESC Clermont and Grégory Blanchard, Doctorant en sciences de gestion. Enseignant en négociation - vente, Groupe ESC Clermont
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L’entreprise du Puy-de-Dôme Technibois63 a réussi à vendre sa skyline de la chaîne des Puys à un client aux États-Unis pendant le confinement. Capture d'écran site internet Technibois

Le 28 octobre 2020, la sentence tombe : la France est reconfinée. Stupeur du public, tremblements des entreprises. Lors du premier confinement, les craintes des entreprises artisanales étaient fortes, et seulement 27 % d’entre elles avaient pu maintenir une activité.

Si certaines ont pu retrouver une activité quasi normale après le déconfinement, dans le bâtiment par exemple, ce n’est pas le cas de toutes, et les situations restent différentes selon les territoires et les métiers.

Ce deuxième confinement est annoncé comme plus souple que le premier. Toutefois, bon nombre d’entreprises artisanales ne pourront plus exercer leur métier, vendre leurs produits, et resteront fermées au public. Fleuristes, salons de coiffure ou d’esthétique, potiers, bijoutiers… toutes les entreprises jugées « non essentielles » ont dû fermer. Seule sera autorisée la vente à distance, ou le click &amp; collect.

Or, une faible partie seulement de ces entreprises exerce aujourd’hui une activité numérique : elles ne sont que « 32 % à disposer de leur site Internet », selon le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

Des plans et des actions en faveur du numérique sont proposés depuis quelques mois maintenant, par le gouvernement et par les Chambres des métiers. Malgré ces aides, il reste impossible, dans les jours et les semaines qui viennent, d’accompagner toutes ces entreprises.

Alors, que faire ? Nos recherches en cours nous ont permis de relever trois parcours numériques gagnants que nous présentons ici au travers de témoignages d’artisans localisés en Auvergne. Nous avons d’ailleurs rencontré l’un d’entre eux grâce à son activité numérique ! Ces trois exemples montrent que, chacun peut, dès maintenant, et avec ses moyens, petits ou grands, numériser tout ou partie de son activité.

« 20 % d’activité en plus »

Garance Archer est bijoutière créatrice, à 26 ans elle a créé son entreprise au début de l’année 2020, dans un village du sud du Puy-de-Dôme. Prise au dépourvu par la pandémie, elle décide de consacrer son temps à la création d’un site Internet, et à sa notoriété en ligne : « J’ai tout fait toute seule, mon site Internet, ma communication, ma pub ». Le numérique a payé, puisqu’elle a été contactée par le magazine Gala, et figure désormais dans le carnet « luxe » du magazine, rien de moins…

Comme elle nous l’a confié :

« Il y a plein d’autres opportunités qui se sont ouvertes à moi que je n’imaginais pas du tout. J’ai été contactée par deux magazines, Gala et Marie-Claire, qui voulaient vraiment mettre en avant l’artisanat ».

Le lancement de son site Internet durant le confinement a contribué à son succès : « j’ai doublé l’audience que j’avais prévue ». Et cela ne s’arrête pas là, puisque Garance nous explique avoir noué d’autres contacts pendant cette période, grâce à la visibilité qu’elle a su se créer sur les réseaux sociaux.

Guillaume Gavioli est menuisier agenceur en secteur rural également. Son entreprise, Technibois63, a récemment développé un produit unique, la Skyline, qui représente la chaîne des Puys, récemment inscrite au patrimoine de l’Unesco. Avec l’aide d’un ami, il a créé un site de vente en ligne dédié à ce produit. Il en fait la publicité sur les réseaux sociaux, dont Facebook.



Le succès ne s’est pas fait attendre, Guillaume nous confie même sa surprise :

« J’ai lancé ça il y a cinq mois. J’en ai vendu une cinquantaine, vous allez me dire cinquante c’est pas énorme, mais pour un menuisier comme moi c’est un complément d’activité. Le prix : une petite à 33, la grande à 125 euros. Je vends plus celles à 90 euros, quasiment les plus grandes. Je ne sais pas pourquoi ».

Il estime le chiffre de ventes généré aux alentours de 3 000 euros, et a même eu la surprise d’envoyer des skylines un peu partout dans l’hexagone… et même plus loin :

« J’ai vendu des skylines en bonne partie dans le Puy-de-Dôme et en Auvergne, j’en ai envoyé 4 ou 5 dans la région de Marseille, à Paris, 4 ou 5 aussi, une ou deux du côté du Rhin, peut-être une ou deux en Bretagne, et une aux États-Unis. Ce client n’avait pas l’air d’être Français, il a peut-être dû venir une fois en vacances et ça lui a plu. »

Pascal De Freitas est à la tête de l’entreprise GP Menuiseries, qui installe des menuiseries et des pergolas sur le Puy-de-Dôme. L’entreprise est prospère et pérenne, elle disposait déjà d’un site vitrine avant le confinement de mars. Pascal a transformé la contrainte en opportunité en utilisant le temps libre pour tester la publicité en ligne sur les réseaux sociaux, Facebook et Instagram.

Il témoigne de son expérience :

« On l’a fait parce que le salon de l’habitat était annulé au mois de mars, au début du confinement. Vu qu’on n’avait pas grand-chose à faire, on s’est intéressé à ça. C’était un mal pour un bien parce qu’après les mois de fin mai, juin et juillet, à partir du déconfinement, ça a été la folie. Le réseau nous en a apporté, enfin pas tout mais peut-être 20 % de notre activité en plus ».

Là aussi, c’est la surprise pour Pascal : le numérique lui a permis, dès la fin du confinement, d’exploiter les contacts qu’il a noués pendant cette période. Il peut cibler sa clientèle dans un rayon précis qu’il détermine, pour le montant qu’il choisit et pour un coût tout à fait abordable, comme il nous l’explique :

« On détermine le budget d’une campagne de promotion en fonction des informations sur le potentiel de cette cible : 50, 100, ou 200 euros… ».

L’intérêt est donc d’avoir des actions ciblées pour un budget restreint. Pascal explique d’ailleurs que grâce à la qualité des contacts noués, il a un retour en termes de commandes particulièrement intéressant, davantage qu’avec une campagne d’affichage sur des panneaux publicitaires dans la ville. La proximité qui se crée avec le client au travers des images et des commentaires échangés constitue les prémices d’une bonne relation entre l’artisan et le client.

Quelques heures suffisent

Mais d’autres solutions existent pour les artisans, comme des plates-formes de vente de produits artisanaux régionaux. Par exemple des produits auvergnats sur un site partagé avec l’aide de la région, ou bien des artisans corses qui collaborent pour la vente en ligne au sein d’un groupement d’intérêt économique (GIE) d’artisans.

Certaines activités numériques peuvent se mettre en place en quelques heures, ou quelques jours : il est par exemple possible de créer assez facilement un site Internet avec des éditeurs totalement ou partiellement gratuits, tels Wix ou WordPress.

Toutefois, tous ces efforts resteront vains si le consommateur ne répond pas présent dans les prochaines semaines. C’est pourquoi de nombreux appels à soutenir les artisans et les commerçants ont été récemment lancés, sur sur les réseaux sociaux, ou alors par des institutions comme les Chambres de métiers et de l’Artisanat,

L’enjeu est de taille : tout d’abord, un artisan qui ferme n’aura peut-être plus jamais l’opportunité de se mettre à son compte, à l’inverse de sérials entrepreneurs qui se relèvent malgré les échecs.

Ensuite, l’artisan d’aujourd’hui forme celui de demain, au travers des apprentissages : il est important de maintenir les entreprises qui forment les jeunes, assurant ainsi la relève.

Enfin, peu d’entreprises sont aussi importantes pour les territoires que les entreprises artisanales. Véritables actrices de proximité, elles utilisent bien souvent des produits locaux, sont investies dans la vie locale, et participent au dynamisme, notamment dans des petites communes. Raison de plus pour leur éviter à tout prix de baisser le rideau.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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