Tragédie de Québec et Legault: il faut réinvestir encore plus en santé mentale

Lia Lévesque
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MONTRÉAL — Deux jours après la tragédie de Québec, le premier ministre François Legault croit qu’il faut réinvestir encore plus en santé mentale et rapprocher les services policiers des services sociaux.

Et il admet aussi qu’il faut se demander collectivement si on n’est pas allé trop loin en matière de désinstitutionnalisation, dans le passé, en sortant des gens des institutions, sans qu’ils bénéficient toujours des services de soutien adéquats dans la communauté.

«C'est une question qu'il faut se poser», a-t-il convenu, lundi, au cours d'une conférence de presse à Montréal.

Services de police

Comme les policiers sont souvent aux prises avec des personnes ayant des problèmes de santé mentale, parfois aggravés par la consommation de drogues et d'alcool, le premier ministre croit également qu'il faut trouver des moyens de rapprocher les services de police des travailleurs sociaux.

«On peut penser à des patrouilles mixtes policiers-travailleurs sociaux. C'est vrai que les problèmes ont changé. Et ce n'est pas unique aux grandes villes comme Québec», a-t-il noté.

L'Union des municipalités du Québec fait justement des représentations pour que le gouvernement du Québec soutienne financièrement les services policiers municipaux dans leurs démarches pour répondre aux besoins dans le domaine de la santé mentale.

Confinement et santé mentale

Par ailleurs, au cours d'une rencontre avec la presse, lundi à Montréal, le premier ministre a dit craindre lui aussi que le confinement engendré par la pandémie de coronavirus exacerbe les problèmes de santé mentale.

«Les spécialistes nous le disent: il y a une augmentation du nombre de cas. Oui, il y a un risque associé à la pandémie que les personnes, parce qu'elles sont plus isolées, développent encore davantage des problèmes de maladie mentale.»

Il invite les gens qui souffrent d’anxiété, de détresse, à faire appel aux ressources qui sont offertes.

Il a souligné que le nombre de personnes en attente de services en santé mentale avait diminué, passant de 28 000 à 16 000 sur la liste d'attente depuis le mois de mars. «On a commencé à investir; on va continuer à investir.»

Mais il insiste sur le fait que c’est une minorité de personnes atteintes de problèmes de santé mentale qui pose des gestes violents.

«Il faut être réaliste: même si on avait tous les services, même si on prenait en charge tous les Québécois qui ont des problèmes de maladie mentale, on ne pourra jamais éviter tous les drames violents», a-t-il conclu.

Le premier ministre a aussi noté que même si les psychiatres et les psychologues ont un devoir de confidentialité envers leurs patients, «quand il y a un risque de geste violent, ils ont une obligation de transmettre cette information-là».

En conférence de presse après la tuerie de Québec, les autorités ont rapporté que, dans le cas du suspect, il avait déjà formulé «dans un contexte médical», il y a plus de cinq ans, le souhait de commettre un geste semblable à celui qu'il aurait posé samedi soir à Québec.

Financement fédéral

Le premier ministre du Québec a par ailleurs répliqué au gouvernement fédéral, qui a affirmé qu'il avait déjà transféré aux provinces 5 milliards $, ces dernières années, pour la santé mentale.

«On a eu beaucoup d'argent non récurrent. Et quand on veut embaucher des personnes, il faut que ce soit récurrent», a répondu M. Legault.

Il a rappelé que les premiers ministres des provinces ont fait front commun pour réclamer plus d'argent du fédéral, puisque ce sont elles, et non Ottawa, qui écopent des dépenses accrues dans le réseau de la santé et des services sociaux. «Ça n'a pas de bon sens que le gouvernement fédéral soit passé de 50 % du financement de la santé, incluant la santé mentale, à seulement 22 %», a tonné M. Legault.

Lia Lévesque, La Presse Canadienne