Attendre une opération en temps de pandémie

·4 min read

Nancy Beaudoin devait se faire emboliser un anévrisme au cerveau en février, mais les médecins ont remarqué qu’elle en avait plutôt trois, ce qui a forcé le report de l’opération. Celle-ci a ensuite été retardée à d’autres reprises. Cette fois, c’était la COVID-19 qui justifiait les annulations.

«Je ne paniquais pas, mais, en pleine pandémie, j’avais hâte que l’opération se fasse, mentionne la résidente de Sainte-Rose qui avait déjà subi un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2006. À l’été, je pensais à la deuxième vague et j’espérais que ça n’allait pas être retardé à nouveau.»

Elle n’est pas la seule personne ayant vécu un AVC qui a pu développer certaines craintes en cette période de pandémie.

Selon une étude émise par Cœur + AVC, 14 % des personnes sondées vivant avec des séquelles d’un AVC ont déclaré que leurs symptômes avaient changé ou s’étaient aggravés depuis le début de la crise.

Chez les proches aidants, 26 % estimaient plutôt avoir remarqué des changements.

Le sondage révèle également que trois personnes sur quatre touchées par une maladie du cœur s’inquiètent de contracter la COVID-19, tandis que la moitié d’entre elles jugent que les rendez-vous de soins virtuels sont autant efficaces qu’une interaction en personne, tout en permettant de réduire les contacts.

Nancy Beaudoin a subi son AVC en mai 2006. À l’époque, elle allait avoir 34 ans, était en pleine forme et travaillait à son compte. Elle n’avait aucune prédisposition.

L’accident est survenu alors qu’elle était au spa avec sa mère. En sortant de la rivière, elle a immédiatement ressenti un mal de tête.

«Je n’avais jamais ressenti un mal aussi épouvantable, assure-t-elle. Je me suis rendue jusqu’à ma mère qui m’a proposé d’aller me reposer. En arrivant près d’un hamac, je me suis mise à vomir et faire des convulsions. Je me suis réveillée une semaine plus tard à l’hôpital.»

La Lavalloise ajoute qu’elle a alors vécu beaucoup d’hallucinations. Elle a aussi dû réapprendre à s’asseoir et marcher après être restée couchée très longtemps.

Quelques années plus tard, Nancy est tombée enceinte pour une quatrième fois depuis son AVC. Le cœur des trois premiers bébés avait malheureusement arrêté de battre pendant la grossesse, mais la quatrième fut la bonne. Bien qu’il y eût un certain risque en raison de son anévrisme au cerveau, elle a décidé qu’elle voulait y aller jusqu’au bout.

L’accouchement s’est bien déroulé. Toutefois, elle a rapidement vécu de nouveaux défis avec son poupon.

«Nous ne savons pas comment c’est arrivé, mais nous avons eu la coqueluche, précise celle qui est maintenant porte-parole pour le programme La vie après un AVC. Elle a dû être réanimée cinq fois. Le médecin m’a dit que je lui ai sauvé la vie deux fois: la première quand je croyais qu’elle s’étouffait durant l’allaitement et la seconde lorsque j’ai refusé d’écouter le premier diagnostic que j’avais reçu d’un médecin, préférant poursuivre mes recherches.»

Dans les semaines ayant précédé son opération, Nancy s’est assurée d’éviter tout risque d’infection à la COVID-19 en se rendant à sa roulotte avec sa fille. Elles ont fait du vélo, se sont baignées et ont évité tout contact non essentiel. «Je n’avais pas de contrainte précise, mais attraper la COVID-19 n’aurait pas aidé ma cause», note-t-elle.

L’intervention a finalement eu lieu en juin. En raison d’une petite hémorragie, elle est restée à l’hôpital durant quatre jours, mais le tout s’est bien déroulé.

Mme Beaudoin continue de faire un suivi par téléphone avec son médecin traitant. Elle a d’ailleurs recommencé à faire du sport avec sa fille dès que son médecin lui a donné le feu vert. Maintenant, elle prépare la reprise du programme dont elle est porte-parole.

«Nous allons reprendre en virtuel probablement à partir du printemps, ajoute-t-elle. Je suis contente que ça revienne, car certaines personnes sont seules et n’ont pas d’aide. Il faut être fort pour passer à travers ce genre de défi.»

Nicholas Pereira, Initiative de journalisme local, Courrier Laval