Attirer les Brésiliens vers d’autres régions du Québec

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Bien que la majorité des Brésiliens décident de s’établir à Montréal à leur arrivée, plusieurs cherchent à se bâtir une nouvelle vie en région après quelques années. Après sept ans de vie à Montréal, la famille Rodrigues-Castro a choisi de poursuivre sa vie en Montérégie, dans une ville d’environ 30 000 habitants déclarée, en 2018, deuxième meilleure ville au Canada pour fonder une famille, selon une étude menée par MoneySense.

« Quand Marcos et moi nous sommes rencontrés au Brésil, en 2006, je lui ai fait part de mon intention d’émigrer au Québec, car j’en étais tombée amoureuse après avoir étudié un an à Montréal en 2004 ! » lance Ana Tereza Castro, 37 ans, originaire de Ribeirão Preto, au nord de São Paulo.

En quête de stabilité, de sécurité et des meilleures possibilités pour l’avenir de leur famille, ils décident de démarrer leur processus d’immigration permanente en 2007 par le programme de travailleurs qualifiés. « Après un long processus, nous avons réussi à nous y établir en 2011 avec notre fille aînée Maite, âgée alors de 1 an. Maintenant, nous avons deux autres enfants nés ici au Québec, Lucas, 7 ans, et Anna Sofia, 2 ans », dit Marcos Rodrigues, 38 ans, originaire de São Paulo.

Une deuxième vie en région

C’est à Saint-Constant que la famille Rodrigues-Castro a choisi de s’établir après sept ans dans la métropole. « C’est une ville tranquille, avec beaucoup d’espace, bien située et desservie par un bon réseau de transport public. Mais ce qui nous a davantage convaincus, c’est la recommandation d’autres familles brésiliennes qui vivent ici », dit M. Rodrigues, physiothérapeute dans un établissement de santé publique en Montérégie-Est.

« Notre maison est située tout près de la rivière Saint-Pierre, alors pour moi, c’est comme être dans un chalet à longueur d’année ! » lance Mme Castro, diplômée en lettres et enseignante de troisième année à distance pour une école au Brésil.

Concentration des Brésiliens à Montréal

Lors du recensement canadien de 2016, 52,1 % des 8345 Brésiliens résidant au Québec étaient établis à Montréal, 15,2 % en Montérégie et 10,6 % dans la Capitale-Nationale.

« La majorité des Brésiliens décident de s’établir à Montréal, car ils ignorent souvent les occasions qui s’offrent à eux en région », dit Rosane Rodrigues-Bachand, présidente du Conseil de citoyenneté brésilienne de Montréal, forum informel et apolitique de représentation communautaire devant le Consulat général du Brésil à Montréal. « En raison de la pandémie, beaucoup d’entre eux se sont retrouvés sans emploi et ils nous contactent pour nous demander où ils pourraient envoyer leur CV en région. »

« Nous constatons une forte concentration du flux migratoire dans les dernières années, 40 % des Brésiliens au Québec ayant immigré entre 2011 et 2016 », indique Leonardo Collares, consul adjoint du Brésil à Montréal et chef du secteur de promotion culturelle et éducationnelle. Il signale une augmentation de 60 % des votes enregistrés par le consulat lors des élections de 2018, comparativement à ceux de 2014.

« Bien que quelques familles aient réussi à trouver des emplois de rechange durant la pandémie, d’autres ont dû retourner au Brésil. Nous n’avons pas des chiffres officiels, mais nous ne pouvons pas ignorer cette réalité », dit M. Collares.

Informer la communauté des possibilités en région

« En raison du nombre grandissant de Brésiliens hors du Canada qui désirent venir s’installer dans la province, on souhaite établir des partenariats pour pouvoir informer la communauté des possibilités existantes en région. Nous souhaitons favoriser l’intégration sociale et professionnelle », dit Mme Rodrigues-Bachand.

En collaboration avec la firme Reloc Québec, le conseil a organisé, le 30 octobre dernier, une rencontre d’information en ligne en portugais dans le but de démystifier les défis et présenter les occasions pour s’installer hors des centres urbains au Québec. Quelque 1100 participants y ont assisté.

« La clientèle brésilienne est en évolution », soutient Karine Ouellet, la présidente fondatrice de l’entreprise spécialisée en relocalisation et mobilisation internationale, qui a présidé la rencontre. « L’an dernier, nous avons accueilli une cinquantaine de familles brésiliennes dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches. »

Mme Ouellet affirme que 80 % de la réussite d’un projet d’immigration repose dans sa préparation. « Nous accompagnons nos clients dès les premières étapes de leur projet de relocalisation, les aidant à préparer leur arrivée afin de réussir leur intégration dans leur nouveau milieu. »

L’accompagnement, clé de la réussite

Geisa Barros, consultante en mobilité internationale chez Reloc Québec, a passé elle-même par le chemin rocailleux de l’immigration. « Lors de mon arrivée à Sainte-Foy, en 2009, avec mon mari et deux de mes trois enfants, nous avons été accueillis par le seul ami brésilien que nous avions dans la région. Il nous a énormément aidés dans nos démarches initiales en vue de notre intégration. »

Mme Barros, originaire de Recife, capitale de l’État brésilien du Pernambouc, précise que c’est lui qui l’a inspirée à vouloir aujourd’hui rendre le processus d’intégration de ses clients le moins stressant possible. Elle les accompagne dans plusieurs types de démarches, pouvant aller de la recherche d’un logement jusqu’au contact avec les banques et les instances gouvernementales.

« Une relocalisation est toujours un défi. C’est un processus complexe dans lequel on a besoin d’être accompagné, qu’on arrive dans une nouvelle région ou dans un nouveau pays. »

Karla Meza, Initiative de journalisme local, Le Devoir