Autonomie alimentaire : au tour des détaillants, dit un expert

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Sherbrooke — Le Québec pourrait-il se nourrir lui-même? Cette grande question qui a fait surface avec la crise sanitaire est rapidement devenue le cheval de bataille du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne. Une pluie d’importantes annonces et un Panier Bleu plus tard, la partie n’est pas gagnée, mais semble bien amorcée.

C’est le constat que fait Jean-Claude Dufour, ex-doyen de la faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval et consultant expert en commercialisation et distribution agroalimentaire.

16 M$ pour une stratégie nationale d’achat d’aliments québécois dans les institutions, 92,5 M$ pour la robotisation et l’automatisation des transformateurs, 15,5 M$ pour la stratégie marketing d’Aliments du Québec, 91 M$ pour doubler la superficie des serres et un tarif préférentiel d’électricité pour petits et grands producteurs : les récents investissements de Québec sont « intéressants et pertinents », croit M. Dufour, mais « maintenant, la grosse variable au bout de la ligne, c’est la collaboration des détaillants, il faudra l’avoir ».

Optimiste, l’expert identifie quatre grands axes de changements à suivre attentivement pour atteindre l’objectif que s’est fixé le ministre, soit faire passer le taux s’autosuffisance du Québec de 51 à 56 %.

Tout d’abord, le système agroalimentaire local devra se montrer plus compétitif et aider les consommateurs à mieux s’y retrouver. « On a beau avoir une attitude très favorable envers le local, ce qui est très bien, mais c’est quand même le revenu disponible qui devient le facteur déterminant », dit-il. D’autant plus que les achats alimentaires en ligne continuent de croître, ce qui ouvre la porte à une concurrence mondiale.

Deuxièmement, le Canada et même les organismes mondiaux devront réfléchir à des ententes internationales multilatérales conçues pour avantager les productions locales. « On sait très bien que nos exportations augmentent encore et c’est très bien. Mais attention : il ne faudrait pas que les secteurs alimentaire et agricole soient des monnaies d’échange pour l’ensemble des négociations multilatérales, comme c’est arrivé quelques fois », prévient M. Dufour.

Le troisième changement devra s’effectuer du côté des chaînes d’approvisionnement, encore trop longues et pas suffisamment compétitives pour laisser place aux produits locaux, tandis que le dernier concerne le numérique, qui devra continuer de se frayer une place à tous les niveaux, de la ferme jusqu’à la table.

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune