Avoir été malade de la Covid-19 ne protège pas aussi bien qu’un vaccin, surtout face au variant Delta

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En tant qu'immunologiste étudiant les réponses immunitaires aux infections respiratoires, j’ai suivi l’émergence des nouveaux variants du coronavirus non sans une certaine appréhension, avec à l'esprit la question de savoir si la vaccination ou une infection antérieure pouvait offrir une protection suffisante contre ces souches, et notamment contre le variant Delta hautement transmissible, qui s’est rapidement diffusé dans plus de 70 pays.

Il existe deux façons de développer une immunité, autrement dit une capacité à résister à une nouvelle infection : après avoir été infecté par le virus, ou par la vaccination. Cependant, toutes les immunités ne se valent pas… Immunité induite par vaccin et immunité naturelle se distinguent en termes d’intensité de réponse et de durée de protection acquise. De plus, après une infection, tout le monde ne bénéficie pas du même niveau d’immunité, alors que les effets des vaccins sont très constants.

Cette différence parait encore plus marquée lorsqu’on considère les nouveaux variants. Début juillet, deux études ont en effet montré que les vaccins contre la Covid-19, quoique légèrement moins efficaces que contre les anciennes souches virales, semblaient toujours fournir une excellente réponse immunitaire face aux nouveaux variants. En regardant comment nos anticorps se liaient à ces derniers, les chercheurs ont constaté que les personnes infectées antérieurement pouvaient être vulnérables à ces souches émergentes, alors que les individus vaccinés avaient plus de chance d’être protégés.

Les vaccins constituent donc une voie à la fois sûre et fiable vers l’immunité, tant contre les anciennes souches de coronavirus que contre les nouvelles, parmi lesquelles le variant Delta.

L’immunité après une infection est imprévisible

Pourquoi une telle différence entre immunité naturelle et immunité induite par les vaccins ? Rappelons déjà que la protection que nous confère notre système immunitaire découle de sa capacité à se souvenir d’une infection passée et de l’agent pathogène qui l’a causée. S’il devait être confronté à nouveau au même envahisseur, notre corps saurait comment se défendre en faisant appel à cette mémoire immunologique. Parmi les acteurs majeurs de notre protection figurent les anticorps (des protéines capables de se lier par exemple à un virus) et les lymphocytes T (des cellules immunitaires impliquées dans l’élimination des cellules infectées et des virus déjà neutralisés par les anticorps).

Des essaims d’anticorps reconnaissent des virus ayant déjà infecté notre corps
Notre système immunitaire génère des anticorps (Y) capables de reconnaître tout virus auquel il a déjà été confronté. ktsdesign/Shutterstock

Après une infection par le SARS-CoV-2, anticorps et lymphocytes T fournissent une protection à la réinfection. 84 % à 91 % des personnes ayant développé des anticorps contre la souche originelle de coronavirus étaient peu susceptibles d’être ré-infectés dans les six mois, même si ladite première infection avait été légère. Quant aux individus contaminés mais n’ayant développé aucun symptôme (on parle d’infections « asymptomatiques »), s’ils tendent à avoir moins d’anticorps, ils développent néanmoins également une immunité.

Chez certaines personnes, l’immunité naturelle peut donc être forte et de longue durée. Mais ce n’est pas toujours le cas. En effet, près de 9 % des personnes infectées par le SARS-CoV-2 ne généreront pas un niveau d’anticorps détectable, et les lymphocytes T de près de 7 % des anciens malades sont incapables de reconnaître le virus 30 jours après l’infection.

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Même chez les individus qui développent une immunité, la durée et l’intensité de la protection sont très variables. Jusqu’à 5 % des anciens malades pourraient ainsi perdre leur protection en quelques mois. Or, sans une bonne défense, la réinfection est possible, parfois après un mois seulement. De très rares cas de réhospitalisation et même de décès après réinfection ont été documentés.

Un problème croissant est que les personnes qui avaient été infectées au début de l’épidémie par les premières souches virales, et qui ont été immunisées contre elles, pourraient s’avérer dans une certaine mesure vulnérables au variant Delta. Une étude récente révélait ainsi que 12 mois après infection, 88 % des anciens malades possédaient des anticorps capables d’empêcher le coronavirus originel d’infecter des cellules en culture. En revanche, moins de 50 % de ces personnes possédaient des anticorps capables de neutraliser le variant Delta.

Pour mémoire, une personne infectée peut transmettre le coronavirus même sans se sentir malade. Ce qui est particulièrement problématique avec les nouveaux variants, puisqu’ils sont plus facilement transmissibles que la souche initiale.

La vaccination offre une protection sûre

Les vaccins contre la Covid-19 génèrent une réponse immunitaire impliquant à la fois des anticorps (réponse immunitaire dite « humorale ») et des lymphocytes T (réponse immunitaire « cellulaire ») – et ces réponses sont plus fortes et fiables que celles induites par l’immunité naturelle. Une étude a ainsi révélé que six mois après une première dose du vaccin développé par Moderna, 100 % des personnes testées possédaient encore des anticorps. C’est, pour l’heure, la plus longue période de persistance attestée. Une autre étude a également montré que le niveau d’anticorps était plus élevé chez les vaccinés ayant reçu des injections des vaccins de Moderna ou de Pfizer que chez les anciens malades.

Mieux encore, une étude israélienne a évalué que le vaccin de Pfizer bloquait 90 % des infections après injection de deux doses, et ce même en présence des nouveaux variants. Or, une diminution des infections se traduit par une limitation de la transmission du virus au sein de la population.

Personnel soignant en train de vacciner
La vaccination constitue une protection efficace, y compris contre les nouveaux variants. Unsplash/Mat Napo, CC BY-NC

Il existe donc un avantage à se faire vacciner, y compris pour les personnes qui ont déjà été infectées par le coronavirus. Un étude impliquant le virus initial de la Covid-19 a même révélé que la vaccination effectuée après une première infection entraîne la production de quantités d’anticorps près de 100 fois supérieures à celles résultant de l’infection seule, et que 100 % des personnes vaccinées après une infection possédaient des anticorps capables de les protéger contre le variant Delta.

Les vaccins contre la Covid-19 ne sont pas parfaits, mais ils engendrent des réponses immunitaires fortes, capables d’offrir une protection plus performante et durable que l’immunité naturelle – un avantage d’autant plus important aujourd’hui, alors que les nouveaux variants se sont imposés dans la plupart des pays.

Ce texte est la version remise à jour d’un article initialement publié le 25 mai 2021.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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