Brome-Missisquoi redessinée

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« On se sent porté comme si on se faisait raconter une histoire. Si les gens n’étaient pas encore amoureux des paysages de Brome-Missisquoi, ils le seront. » La directrice du service de la gestion du territoire à la MRC, Nathalie Grimard, apprécie particulièrement la prose des auteurs de l’Atlas des paysages de Brome-Missisquoi, réalisé par la firme Les Milles lieux et lancé officiellement jeudi.

Louis-Philippe Rousselle-Brosseau, Marianne Pascual et Estelle Benoit ont une façon très contagieuse de partager leur passion pour la beauté de la région, des plaines aux montagnes en passant par les vallées, à travers leurs mots et leurs illustrations.

« J’appelle ça une œuvre », évoque Mme Grimard.

Les textes traversant cinq grands paysages sont littéraires et abondamment illustrés, invitant le lecteur à se laisser porter. Une version électronique est disponible sur paysagesenserie.com

Ces grands paysages sont les basses-terres du Saint-Laurent, le piedmont des Appalaches, la colline montérégienne, les barres et sillons appalachiens, les massifs appalachiens.

Du passé au futur

L’atlas de 304 pages est prêt depuis novembre 2019. Un grand lancement de cet ouvrage presque encyclopédique était prévu en mars dernier, mais la pandémie de COVID-19 et le confinement sont venus contrecarrer les plans de la MRC. Après un report en octobre, la deuxième vague a forcé l’équipe à revoir ses plans. C’est finalement un lancement virtuel qui a eu lieu jeudi matin, en attendant de pouvoir tenir un événement de plus grande envergure.

L’évolution du paysage dans le temps, les assises géographiques qui ont influencé le territoire, et la compréhension sociale de la région sont notamment abordées. Environ 800 Bromisquois ont participé d’une façon ou d’une autre à l’élaboration de ce projet.

« L’atlas fait un retour en arrière parce que c’est important de savoir d’où on vient, mais l’objectif ultime est de se projeter dans l’avenir. On veut mieux comprendre les dynamiques de paysages sur le territoire en vulgarisant tout ça, puis que le lecteur ait une sensibilité et qu’on ait envie de passer à l’action collectivement. »

Inspiration

L’ouvrage permettra aux municipalités de s’y référer lors de la révision de leur plan d’urbanisme, tout comme la MRC Brome-Missisquoi l’utilise pour revoir son schéma d’aménagement. « La dynamique des cinq grands paysages et leurs quatorze entités est un élément important qui amène une vision, une réflexion supplémentaire », souligne Mme Grimard.

Paysages et culture s’harmonisent aussi à merveille. L’artiste dessinateur Stéphane Lemardelé, le réalisateur Martin Morissette et le designer graphique Marc Serre le prouvent parfaitement.

Munis d’une caméra, d’un carnet et de crayons, ils sont partis à la chasse aux témoignages sur les paysages qui les entourent. Le résultat : Paysages en série.

Le dessinateur avait déjà sillonné les routes de la région pour réaliser ses Carnets de Brome-Missisquoi, contenant des esquisses du patrimoine, ainsi que son récit graphique Le nouveau monde paysan au Québec. Avec l’atlas en main, il a redécouvert sa région sous un tout nouvel œil.

Sentiment d’appartenance

« On a une diversité paysagère incroyable, dans Brome-Missisquoi, constate M. Lemardelé. L’atlas redessine la région en fonction des paysages, et non en fonction des villages. Par exemple, on a appris à Raoul Duguay qu’il habitait sur l’écaille de Philipsburg. »

L’écaille de Philipsburg, un élément du piedmont des Appalaches, est caractérisée par une série de plis et de failles rapprochés, ce qui donne un coup d’œil vallonneux sur l’horizon, alors que tout autour se trouvent des plaines.

Selon l’artiste, savoir dans quel élément paysager un Bromisquois demeure déclenche un sentiment d’appartenance plus fort.

Le trio a recueilli les commentaires de citoyens et d’artistes comme Louise Penny pour parler des paysages qui les entourent et leur évolution au fil du temps. Il a par exemple appris que les montagnes à Sutton servaient à l’agriculture il y a une soixantaine d’années.

« On en a fait une série web avec des entrevues, des images, et un paquet de dessins qui réinterprètent le paysage. »

Les deux premiers épisodes sont disponibles en ligne dès le 12 novembre. Un épisode sera ensuite disponible pour les trois jeudis suivants.

Grande fresque

Plus tard en 2021, lorsque la situation le permettra, cinq grandes bannières de 36 pieds de long, signées par Stéphane Lemardelé, seront inaugurées. Elles sont une recomposition des paysages emblématiques des cinq grands ensembles paysagers. Ensemble, elles forment une fresque panoramique et pourront être déplacées partout pour se rapprocher des gens. Une idée de l’artiste Isabelle Grenier.

D’autres projets culturels pourraient voir le jour à partir de cet atlas, telle une baladodiffusion qui raconterait les histoires des cinq grands paysages.

L’entente culturelle de 2018-2019, qui a permis la réalisation de l’Atlas et la création de la websérie Paysages en série (voir autre texte), était de 119 000 $, 59 500 $ provenant de la MRC Brome-Missisquoi et 59 500 $ du ministère de la Culture et des Communications.

Cynthia Laflamme, Initiative de journalisme local, La Voix de l'Est