Caribou: Un plan imparfait, mais satisfaisant pour tous

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Selon Marie-Ève Sigouin, directrice de la foresterie pour RYAM, le succès du projet ne se calcule pas en termes de mètres cubes ni en pourcentage de territoire sans perturbation. « Le succès, c’est d’avoir été capable d’établir un dialogue, de faire un plan ensemble, et d’avoir une démarche pour continuer le travail », dit-elle, fière du travail accompli par le comité formé avec le ministère de la Forêt de la Faune et des Parcs (MPPF), de la communauté de Pikogan, et de la Société pour la nature et les parcs (SNAP).

Pier-Olivier Boudreault, biologiste pour la SNAP, abonde dans le même sens. « On s’entend sur 95 % des mesures et tout le monde travaille de bonne foi pour en arriver à une position conjointe, dit-il. Je crois que ça envoie un message positif parce qu’on est capable de s’asseoir ensemble et de franchir des étapes importantes ».

Ce dernier estime que l’industrie forestière fait partie de la solution pour réduire notre empreinte carbone, mais que l’on doit trouver un équilibre entre les niveaux de récolte et les impacts sur la biodiversité.

Benoit Croteau, directeur territoire et environnement, du Conseil de la Première Nation Abitibiwinni, se réjouit également du travail accompli jusqu’à présent, tout en ajoutant qu’il reste beaucoup à faire.

D’emblée, le comité de travail a décidé de s’éloigner des extrêmes. Chaque groupe avait de bonnes raisons de ne pas s’asseoir à la table, remarque Marie-Ève Sigouin, mais tous les intervenants ont convenu qu’ils devraient faire des compromis. Par exemple, RYAM a accepté d’emblée qu’il y ait une perte de possibilité forestière, alors que Pikogan et la SNAP ont accepté la poursuite des opérations forestières.

« On savait que la protection du caribou amènerait une baisse de la garantie d’approvisionnement, mais on préférait s’impliquer dans le processus pour minimiser les impacts », explique la directrice de la foresterie chez RYAM.

En sachant que des mesures pour la protection du caribou étaient inévitables, RYAM a choisi d’investir dans ses scieries, plutôt que de s’apitoyer sur son sort en brandissant la menace de pertes d’emplois. « Ça nous force à mieux utiliser le bois qu’on récolte et c’est pourquoi on investit pour améliorer le rendement matière », ajoute cette dernière.

De plus, la baisse de la possibilité forestière devrait mener à une baisse de la garantie d’approvisionnement pour l'équivalent de trois semaines de travail à l’usine de La Sarre. Cette diminution ne représente pas nécessairement une baisse de volume à transformer, car RYAM peut acheter des lots mis aux enchères ou encore acheter du bois aux producteurs privés pour compenser, dit-elle.

Le résultat final est imparfait, admet Marie-Ève Sigouin, personne n’a atteint 100 % de ses objectifs, mais tout le monde se rallie derrière le plan de protection du caribou.

Après deux ans de travail, le comité a réussi à réduire le taux de perturbation à 39 % dans les zones occupées par les caribous.

« On doit continuer à travailler pour atteindre le 35 %, mais c’est le plus loin qu’on a pu en arriver après deux ans de travail », note cette dernière. Malgré le manque à gagner, FSC reconnaît le travail effectué et la démarche d’amélioration continue, ce qui permet à RYAM de conserver sa certification FSC.

« On veut poursuivre le travail et éventuellement, on aimerait établir une aire protégée, souligne Benoit Croteau. Il faudra aussi s’arrimer avec l’Ontario parce que le caribou ne sait pas quand il traverse la frontière. »

Malgré une demande média faite le 9 février dernier, ainsi que plusieurs relances depuis, le MFFP n’avait pas répondu au Progrès, au moment de mettre sous presse, pour définir l’importance d’un tel projet dans le cadre de la préparation du Plan de rétablissement du caribou forestier, qui devrait voir le jour en 2023.

Bien que le MFFP ait été impliqué activement, et que son travail a été souligné par tous les intervenants du comité caribou, c’est Québec, en tant que propriétaire et gestionnaire des forêts publiques, qui détient le dernier mot pour entériner les mesures proposées par le comité de travail conjoint.

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Guillaume Roy, Initiative de journalisme local, Le Quotidien