Catherine Morissette, politicienne et entrepreneure

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MATIÈRE À RÉFLEXION / Depuis 2017, Catherine Morissette est mairesse de Saint-David-de-Falardeau, une municipalité de quelque 2800 âmes située du nord de Saguenay et reconnue notamment pour sa villégiature et la station de ski Le Valinouët. Conseillère du district 6 de la municipalité, elle a tout d’abord assuré l’intérim du maire Serge Gauthier, en janvier 2017, avant de briguer la même année la mairie. Elle est également en affaires, étant propriétaire du salon Le Petit Paris Coiffure, à Chicoutimi-Nord.

Q: Lorsque vous avez assumé l’intérim à la mairie de Saint-David-de-Falardeau, vous aviez alors fait part de votre intention de briguer un poste de conseillère municipale à Saguenay. Qu’est-ce qui vous a incitée à poursuivre en politique municipale à Saint-David-de-Falardeau ?

R: Oui, jusqu’à la dernière minute mes intentions sont restées les mêmes, mais un soir où je mangeais au restaurant avec l’ancien maire, monsieur Serge Gauthier, un groupe de citoyens est venu m’offrir de m’aider à faire ma campagne, qu’ils seraient heureux si j’acceptais, qu’ils étaient contents que je me tienne debout sur plusieurs dossiers, etc. C’était très flatteur. Ça portait à réflexion... Finalement, j’ai décidé de me présenter à la mairie de Falardeau. Et ces gens m’ont aidée à atteindre mon but. J’espère ne pas les avoir déçus. Je me suis fait charmer par les gens de Falardeau. Je ne l’ai pas vu arriver. Je m’étais impliquée pas mal partout et moi, quand j’y vais, je n’y vais pas à moitié. La municipalité a tellement de potentiel de développement et de progression ; c’est un grand terrain de jeu.

Q: Comment la pandémie de COVID-19 a-t-elle affecté votre travail d’élue et votre municipalité ?

R: Ouf, ç’a l’air de rien, mais chaque palier de gouvernance a son lot de décisions à prendre et ses obligations. On les prend le matin et le midi tout a changé, alors on réfléchit et on change notre position. On ne voit plus nos citoyens, on ne les reçoit plus à nos séances publiques. C’est souvent les mêmes qui viennent au conseil et on développe un lien. Mes madames et mes monsieurs me manquent... Il a fallu s’adapter, prendre soin de nos citoyens vulnérables. On a pris rapidement le contrôle et j’ai appelé chaque citoyen inscrit de 70 ans et plus pour les rassurer, pour leur dire qu’on s’occupait de tout. On se voit en Zoom, les réunions sont différentes, mais il faut s’adapter. Je pense qu’il y a beaucoup de choses qui vont rester. Il y a des avantages quand on y pense. Le plus difficile, c’est d’empêcher les gens de faire ce qu’ils aiment, mais on le fait pour leur santé, alors que voulez-vous... On innove, on trouve des méthodes nouvelles et des activités différentes.

Q: Comment conciliez-vous votre vie d’entrepreneure, votre métier de coiffeuse et vos responsabilités de mairesse dans le contexte actuel ? Quel est l’impact de la pandémie sur votre entreprise ?

R: Étant donné que je suis au salon un jour et demi par semaine, j’ai le temps de m’occuper de la mairie. Mais, ça, c’est en tout temps... J’avoue qu’en temps de pandémie, les réunions de politique Zoom sont plus rapides, puisque le temps de déplacement est réduit pas mal. J’ai une grande force, celle de compartimenter mon cerveau, alors j’ai la chance d’avoir la tête libre de faire de la coiffure, même si je reçois plusieurs courriels en même temps. D’ailleurs, je pense qu’ils font exprès ! Et même chose, quand je suis au travail comme maire, j’y suis à 100 %. Mes collègues vous diront que je suis souvent sur le cellulaire, mais c’est un outil tellement utile quand tu sais t’en servir. C’est une des raisons qui me permet de performer.

C’est certain que la période n’est pas la plus facile. Les conditions de travail ont beaucoup changé. Étant une personne qui aime avoir du fun, ma clientèle étant fabuleuse, on prenait le temps de jaser. Maintenant, c’est pas mal plus strict. Mais comme je disais : mes clientes sont respectueuses. Certaines ne sont pas revenues, alors je vais leur livrer la coloration, qu’elles se font à la maison. Ce que je trouve le plus difficile, c’est financièrement. Il y a beaucoup d’entreprises qui tombent entre les mailles du filet et j’en fais partie... C’est difficile de s’en sortir... La clientèle me permet d’entendre pas mal d’histoires aussi, mais j’ai une clientèle extraordinaire, alors ça aide à faire passer la pilule et je ne changerais pas ma place pour rien au monde.

Q: Vous avez brigué le poste de préfet de la MRC du Fjord-du-Saguenay, en octobre dernier, ainsi qu’en 2018. Gérald Savard, maire de Bégin, a obtenu un cinquième mandat comme préfet. Selon vous, est-il plus difficile pour une femme de se tailler une place au sein de ce type d’instances ? Quels obstacles constatez-vous encore aujourd’hui pour les femmes en politique ?

R: Je pense qu’il y a plusieurs raisons à ma défaite. Que je sois une femme en est une, c’est certain. Mes idées différentes – ça se dit très mal, et je ne voudrais pas paraître aigrie ou vindicative – ; une gang de chums, c’est difficile à infiltrer. C’est pourquoi je pense sincèrement qu’un poste comme celui de préfet d’une MRC aussi lucrative et avec un territoire aussi grand que celui de la MRC du Fjord devrait avoir un dirigeant élu au suffrage universel. Ça permettrait une plus grande latitude dans les décisions et une plus grande disponibilité. Il devrait aussi y avoir un nombre restreint de mandats pour un seul individu. Comme ça les idées circuleraient. Ça peut juste être meilleur pour la démocratie.

La plus grosse différence que j’ai sentie, c’est que quand on est passionnée, qu’on parle fort et qu’on tripe sur le sujet, on se fait dire qu’on est hystérique. Si un homme le fait, il est passionné. C’est l’une des seules situations où ils me font sentir différente. Quelques fois, depuis le début de mon mandat, il est arrivé que le regard de quelques hommes m’ait fait sentir « nunuche ». J’ai assez de caractère pour les remettre à leur place et j’oserais dire que, souvent, c’est notre attitude qui va définir le regard des autres envers nous. Je pense que les femmes au pouvoir ont souvent le réflexe de changer leur comportement. On ne sera jamais pareils, les hommes et les femmes, mais les deux apportent une façon différente de penser et ça donne des solutions intelligentes. C’est productif. Il faut se faire confiance. Nous ne sommes pas des femmes en politique ; nous sommes des politiciennes, comme les hommes sont des politiciens. C’est tout.

Q: Cet automne, vous avez présenté, en compagnie de la MRC du Fjord-du-Saguenay, un mémoire lors des consultations sur le projet de loi 50 portant sur la location d’une partie des forces hydrauliques de la rivière Shipshaw par Produits forestiers Résolu (PFR). Votre municipalité a également présenté un mémoire devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet de GNL Québec.

Quelle est l’importance des revenus tirés du barrage Jim-Gray de PFR ainsi que des retombées de l’industrie forestière et des projets industriels pour l’économie de votre municipalité ?

Quelles sont les autres opportunités de développement sur lesquelles mise Saint-David-de-Falardeau ?

R: Recevoir la compensation pour taxes de PFR (3,1 M $) nous permet de garder un taux de taxes raisonnable pour nos citoyens, ce qui aide la municipalité de se développer. La présence de PFR sur notre territoire apporte aussi à la MRC un montant substantiel de quotes-parts, ce qui amortit celles des autres municipalités. Indépendamment des redevances reçues, avoir des industries sur notre territoire apporte un certain nombre de visiteurs dans nos municipalités. Nous en sommes une récréotouristique, alors il nous faut de la population locale, provinciale et internationale pour faire marcher nos installations et faire rouler notre économie. L’un attire l’autre. Nous avons réussi à attirer avec tous ces avantages des commerces exceptionnels. Nous sommes en grande progression, justement à cause d’un environnement industriel et commercial qui permet à notre population de générer une économie importante dans la région.

Ça va être difficile de partager tous les projets présents dans ma tête. Notre grand territoire nous permet de voir grand. On est au début du processus de construction d’un grand camping de 300 places sur le site de Chute-aux-Galets. Le centre du village se développe tranquillement, nous avons un projet de relocalisation du CPE, la nouvelle caserne de pompiers sera inaugurée fin janvier. Un peu avant, ce sera le tour du chalet principal de la station de ski Le Valinouët, un projet de nouvelle rue au village alpin est sur la table et l’achat de terrains pour développer le centre du village sera chose faite d’ici quelques semaines. [...] On a tout ce qu’il faut pour attirer les jeunes familles, les commerces, et nos parcs industriels ont du potentiel. On a même réussi à faire un cinéparc à travers tout ça. Ç’a été un succès, une réalisation de notre société de développement, Développement Falardeau. Un outil indispensable pour voir grand. On a un conseil dynamique qui voit loin. C’est plus facile quand tout le monde rame du même bord. C’est pour ça que ça va vite et bien.

Myriam Gauthier, Initiative de journalisme local, Le Quotidien