Changements climatiques : à quoi s’attendre pour le sud du Québec ?

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<span class="caption">Makai&#39;ryn Terrio, six ans, au centre, se rafraîchit avec ses frères alors qu&#39;ils jouent dans des fontaines d&#39;eau à Montréal. La ville a connu son mois d&#39;août le plus chaud jamais enregistré.</span> <span class="attribution"><span class="source">La Presse Canadienne/Graham Hughes</span></span>
Makai'ryn Terrio, six ans, au centre, se rafraîchit avec ses frères alors qu'ils jouent dans des fontaines d'eau à Montréal. La ville a connu son mois d'août le plus chaud jamais enregistré. La Presse Canadienne/Graham Hughes

Le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) vient de rendre public le premier rapport du sixième cycle d’évaluation, le premier des trois attendus d’ici 2022.

Ce volume de près de 4000 pages couvre l’ensemble des observations du climat en évolution au cours des 150 dernières années ainsi que des projections climatiques jusqu’à la fin du présent siècle. Il est publié 31 années après le premier et huit ans après le cinquième.

Globalement, ce dernier rapport n’apporte pas de nouvelles révélations sur l’évolution du climat et l’impact de l’activité humaine sur ce dernier. Il permet toutefois de raffiner la compréhension du rôle humain sur le climat et de restreindre l’incertitude sur les impacts futurs anticipés. Le raffinement des méthodes d’observations et de la précision des modèles climatiques permettent donc de mieux cadrer les impacts futurs sur le sud du Québec. Et ils seront costauds.

Nous sommes professeurs en génie de la construction et membres du groupe de recherche HC3 – Hydrologie Climat &amp; Changements Climatiques à l’École de technologie supérieure de Montréal. Ce groupe se spécialise notamment dans l’étude de l’hydrologie, du climat et de l’impact des changements climatiques sur les ressources en eau.

Lire la suite: Climat : le rapport du GIEC est bouleversant. Il est maintenant temps d’agir

Le sud du Québec se réchauffe deux fois plus vite que la planète

À l’échelle globale, l’augmentation actuelle de la température par rapport à l’ère préindustrielle est de 1,1 C. En ne prenant pas en compte le scénario d’émissions de gaz à effet de serre le plus pessimiste (maintenant considéré comme improbable par la majorité des experts), les projections climatiques indiquent une augmentation de température qui devrait varier entre 2 et 3,5 C d’ici la fin du présent siècle.

Par contre, ce réchauffement n’est pas spatialement uniforme. De manière générale, le sud du Québec se réchauffe deux fois plus vite que la planète (trois fois plus vite pour le nord du Québec), principalement à cause de la rétroaction positive liée à la perte progressive du couvert neigeux. Cette rétroaction fera en sorte, entre autres, que le rayonnement solaire, qui est normalement réfléchi par la neige, sera plutôt absorbé. Un réchauffement annuel moyen de 3 à 6 C doit donc être anticipé sur le sud du Québec d’ici à la fin du siècle.

Des gens pataugent dans une piscine
Des baigneurs s’agitent dans la piscine à vagues pour du Super Aqua Club de Pointe-Calumet. La région de Montréal a connu son mois d’août le plus chaud jamais enregistré. La Presse Canadienne/Ryan Remiorz

Le réchauffement n’est pas distribué également au travers des saisons, l’hiver se réchauffant significativement plus que l’été. Ceci signifie des hivers futurs de 4,5 à 8 C plus chaud, avec une baisse potentiellement importante du couvert neigeux et des inondations printanières liées à la fonte de ce dernier.

Des événements extrêmes en changement

L’augmentation des températures a plusieurs autres effets pervers, notamment en ce qui concerne les changements dans les événements extrêmes. Les preuves qu’ils sont dus à l’activité humaine se sont renforcées depuis le cinquième rapport. Il est maintenant bien établi que les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine ont entraîné, globalement, une augmentation de la fréquence et/ou de l’intensité de certains phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes depuis l’ère préindustrielle.

Les projections futures, à l’échelle globale, suivent cette tendance. À l’échelle régionale, l’ampleur des changements varie en raison notamment de l’effet local de facteurs liés aux changements d’occupation du territoire (urbanisation, augmentation des superficies occupées par les terres agricoles, par exemple), aux émissions d’aérosols dans l’atmosphère (via l’activité industrielle) et à des mécanismes de rétroaction tels que celui mentionné précédemment.

Lire la suite: Cinq points à surveiller dans le rapport du GIEC sur le climat

Peu de détails à l’échelle régionale sont donnés dans le rapport en ce qui a trait aux vagues de chaleur. Ceci dit, pour l’Amérique du Nord, une augmentation de leur fréquence et de leur intensité est prévue d’ici la fin du siècle. Toutes les régions nord-américaines connaîtront également augmentation de l’intensité et de la fréquence des extrêmes chauds ainsi qu’une diminution de la fréquence et de l’intensité des extrêmes froids.

Pluies et inondations

En ce qui concerne les extrêmes de pluie, les augmentations prévues dépendent de différents facteurs, dont la durée des événements de pluie et leur rareté.

Le consensus qui se dégage est que les extrêmes de pluie de courte durée et de récurrence faible (ceux qui se produisent tous les 10 ans ou plus) vont augmenter très fortement comparativement aux pluies journalières fréquentes. De nombreuses infrastructures de gestion de l’eau sont basées sur de telles quantités de pluie. Ces infrastructures ont une longue durée de vie et seront mal adaptées à ces augmentations. Cela pourrait être un des impacts les plus importants d’un climat plus chaud.

On peut donc prévoir que les inondations liées à la fonte printanière de la neige seront en baisse, en raison de la baisse du couvert neigeux. Mais il y aura une augmentation potentiellement forte des inondations causées par les pluies extrêmes d’été et d’automne (‘flash floods’). Ces dernières sont particulièrement susceptibles d’affecter les petits bassins ruraux de même que les zones urbanisées.

Deux hommes &#xe0; bord d&#x002019;un canot pneumatique descendent une rue inond&#xe9;e
Des pompiers se frayent un chemin dans une rue inondée, le 3 mai 2019, à Ste-Marthe-sur-la-Lac. Avec les changements climatiques, il y aura une augmentation potentiellement forte des inondations causées par les pluies extrêmes d’été et d’automne. La Presse Canadienne/Ryan Remiorz

D’autres indicateurs d’impacts, aussi analysés par le GIEC, s’intéressent notamment aux chaleurs extrêmes, aux sécheresses et aux conditions hivernales. Avec ces indicateurs, on peut tirer un certain nombre de conclusions pour le sud du Québec. D’ici la fin du siècle, la température journalière maximale pourrait dépasser les 35 C de façon régulière (près de sept jours) au cours des mois d’été. En ce qui a trait aux sécheresses, seul le scénario le plus pessimiste, en matière d’augmentation des températures, pointe vers une augmentation de leur sévérité. Pour les autres scénarios, aucun signal clair n’émerge, et des études plus poussées seront visiblement nécessaires.

Par ailleurs, la durée de la saison avec neige au sol (plus de 100 millimètres d’équivalent en eau) devrait connaître une diminution de l’ordre de sept à 15 jours d’ici la fin du siècle par rapport à la période récente de 1995-2014. Par conséquent, une diminution de la durée de la saison de gel est aussi prévue.

S’adapter aux changements climatiques

Le Québec se réchauffe et n’échappe pas aux effets du changement climatique d’origine anthropique.

Bien qu’il faille poursuivre les efforts en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, il est essentiel que des démarches d’adaptation soient au cœur des actions de la société québécoise. Ce premier volume du sixième rapport du GIEC mentionne le renforcement des services climatiques depuis le précédent rapport, ce qui est encourageant.

Ces services sont assurés par des organisations diversifiées un peu partout dans le monde. Ils visent à fournir de l’information climatique dans le but d’aider à la prise de décision en faisant le lien entre, d’une part, la science et la production de données et, d’autre part, leur communication et leur application par les citoyens et les preneurs de décision. Plus de détails à ce sujet seront fournis dans le second volume du rapport.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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Annie Poulin est titulaire de la chaire de recherche Marcelle-Gauvreau en Étude de l&#39;impact des changements environnementaux sur l&#39;hydrologie des bassins versants. Elle a reçu des financements du Conseil de recherche en sciences naturelles et génie du Canada, du Consortium Ouranos, du Ministère de l&#39;Économie et de l&#39;innovation du Québec, du Ministère de l&#39;Environnement et de la lutte contre les changements climatiques du Québec.

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