Chez Goofy : Survivre grâce… à la poutine!

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« S’il n’y avait pas de poutine, on serait obligés de fermer nos portes ! »

C’est ce que lance d’emblée le propriétaire du Goofy Carl Bolduc pour expliquer le succès de cette entreprise familiale au cœur du paysage almatois depuis 41 ans. Malgré la pandémie, le restaurant ne cesse d’attirer la clientèle grâce à son mythique plat.

Selon Carl Bolduc, le succès du Goofy repose sur trois éléments clés. « L’entreprise repose sur une famille impliquée, tenace et déterminée à réussir. Nos employés, eux sont, les piliers de notre organisation. Et bien sûr, il y a notre précieuse clientèle », explique-t-il.

Certains d’entre eux sont des réguliers de longue date, qui sont au rendez-vous depuis les touts débuts. D’autres viennent d’un peu partout au Québec. Pour ces derniers, le Goofy est un passage obligé pendant leur séjour.

Adaptation

Toutefois, la pandémie a forcé l’entreprise à s’adapter, comme des milliers d’autres restaurants au pays. C’est que depuis 1979, le restaurant a toujours été ouvert 24 heures sur 24, sept jours sur sept. L’horaire a toujours été le même.

« En mars dernier, il n’y avait plus de clients. C’était désert sur l’avenue du Pont. On a dû fermer pendant un mois. Avant la pandémie, ce n’était jamais arrivé, même pas pendant cinq minutes ou pour des rénovations! On est toujours restés ouverts. Le temps venu, on s’est rendu compte qu’on n’avait même pas de clés pour fermer, si bien qu’il a fallu mettre un surveillant de nuit le temps que le serrurier arrive », souligne Carl Bolduc.

Il ajoute : « Si on n’avait pas la poutine, probablement qu’on fermerait. Présentement, on en sert entre 150 et 200 par jour. 85 % de nos commandes sont des poutines, et il y en a au moins une par facture ».

2021, année d’espoir

Cependant, la formule à emporter et les poutines ne sont que des revenus d’appoints pour le Goofy. L’absence d’une salle à manger et le confinement représentent des pertes de 75 % pour l’entreprise.

« Une autre de nos grosses forces est les menus du jour. Or, avec le télétravail, les gens sont beaucoup moins en ville qu’avant. Les gens ne sont plus dans les bureaux, ils sont chez eux », ajoute-t-il.

Un gros contraste avec l’année 2019, qui fut la plus rentable dans l’histoire du Goofy. Malgré tout, Carl Bolduc assure qu’il n’a eu à procéder à aucune mise à pied, réaffectant une partie du personnel à du temps partiel.

Il entrevoit la nouvelle année qui débute avec une bonne dose de positivisme. La construction d’une terrasse extérieure et l’ajoute de nouveaux mets au menu sont notamment prévues.

De belles leçons d’humilité

Carl Bolduc n’en revenait pas lorsqu’il a reçu une mise en demeure de nul autre que la Walt Disney Company, il y a trois ans. Le restaurant, qui arborait depuis toujours comme emblème le personnage Goofy, a passé bien près de devoir changer de nom.

Heureusement pour l’entreprise, une entente à l’amiable a été signée avec l’entreprise américaine afin qu’elle conserve son appellation. Toutefois, elle a dû mettre une croix sur son image de marque.

Mais pourquoi donc avoir choisi comme emblème un personnage de dessin animé? Carl Bolduc explique : « À l’époque, c’était la mode d’utiliser des personnages populaires de dessins animés comme nom de restaurant. Il n’y avait pas de problème. Avec internet, Walt Disney a été mise au courant du restaurant. Ils nous ont envoyé une mise en demeure, nous ordonnant d’enlever le nom et le logo ».

Bien que l’image du personnage Goofy soit soumise aux droits d’auteurs, le nom ne l’était pas. Seul le restaurant almatois avait enregistré l’appellation au Québec. « On en est venus à une entente qui stipule que nous sommes les seuls qui ont le droit d’utiliser le nom Goofy au Québec. Ça a permis d’éviter des poursuites et des batailles judiciaires », ajoute-t-il.

Saga Yves Bolduc

En 2012, le restaurant a fait les manchettes, mais pour les mauvaises raisons. Il fut révélé au grand jour que le ministre de la Santé de l’époque, Yves Bolduc, était actionnaire du restaurant.

« Lorsque mon frère s’est lancé en politique, on s’est fait traiter de malbouffe même si on a des menus du jour. On nous reprochait d’être près des écoles… Deux filles étaient même parties sans payer et avaient publié leur facture sur Facebook en affirmant faussement qu’on était subventionnés pas l’État et qu’elles avaient le droit de la faire. Je n’étais pas content de ça. J’ai décidé d’acheter toutes les parts afin que ce genre de choses n’arrivent plus », se souvient Carl Bolduc.

Rumeurs

Une rumeur voulant que le Goofy soit racheté par une autre chaîne de restauration s’est récemment répandue à Alma. Carl Bolduc tient toutefois à la démentir. Pas question de vendre.

Pas pour l’instant du moins. Il prévoit prendre sa retraite d’ici cinq ans, mais la relève semble déjà établie, puisque sa mère, son fils, sa fille, son cousin et sa conjointe sont toujours présents derrière le comptoir du Goofy. La famille Bolduc entend mener la barque aussi loin que possible.

Julien B. Gauthier, Initiative de journalisme local, Le Lac St-Jean