Confinement provincial, prise 2 : le couvre-feu accueilli tièdement

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Les nouvelles mesures liées au second confinement provincial en vigueur du 9 janvier au 8 février représentent un plan mi-figue mi-raisin pour différents acteurs de la région.

Le refrain est le même d’est en ouest de la région : un resserrement des règles après les Fêtes était inévitable pour éviter que le système de santé nord-côtier ne soit débordé, comme c’est le cas à Montréal et à Québec. Cinq lits à Sept-Îles et cinq à Baie-Comeau sont réservés aux patients atteints de la COVID qui nécessiteraient des soins d’urgence, « donc s’il y a une éclosion et des besoins d’hospitalisation, ça se remplit vite », constate le maire de Baie-Johan-Beetz, Martin Côté.

Pour Marie-Claude Vigneault, mairesse de Natashquan, le récit d’un rassemblement de famille d’une connaissance résidant à Québec est un exemple sinistre qu’il faut éviter à tout prix. « Une personne dans le groupe avait la COVID-19 sans le savoir et présentement, il y a neuf des 20 personnes [qui étaient présentes] qui sont aux soins intensifs, raconte-t-elle. Si la même situation s’était présentée ici ou ailleurs sur la Côte-Nord, on est dans le trouble. »

Cependant, l’instauration d’un couvre-feu à la grandeur de la province en laissent plus d’un mitigés. « C’est trop pour Baie-Johan-Beetz, c’est certain », déclare M. Côté. À ses yeux, la fermeture de la région, une mesure réclamée depuis l’automne par la majorité des élus nord-côtiers, aurait été préférable. « C’est une chose qu’on a eu bien de la difficulté à comprendre : pourquoi ne pas fermer la Côte-Nord ? », questionne Mme Vigneault en mettant de l’avant le nombre peu élevé de cas de COVID-19. « On aurait pu fermer la région et continuer à vivre normalement tout en faisant attention. »

En date du 12 janvier, le CISSS de la Côte-Nord n’enregistrait aucune nouvelle infection au coronavirus pour une troisième journée consécutive et une dizaine de cas présentement actifs sur les 317 personnes ayant attrapé la COVID-19 depuis le début de la pandémie.

Martin Côté est du même avis que Mme Vigneault. « Ç’aurait été plus agréable que [le gouvernement] fasse ce qu’on demandait, c’est-à-dire la fermeture étanche de la Côte-Nord avec des barrages. On a l‘impression de payer pour les autres. »

En entrevue à la radio CILE de Havre-Saint-Pierre, le préfet de Minganie, Luc Noël, a répété son incompréhension devant le refus de Québec de claquemurer la région alors que le bilan du CISSS montre que les résidents respectent les mesures. « Le gouvernement doit tenir compte des réalités des régions », a-t-il martelé.

Advenant que le confinement soit prolongé au-delà du 8 février, Marie-Claude Vigneault et Martin Côté ont confirmé qu’ils continueraient de demander que des barrages routiers coercitifs soient réinstallés aux entrées de la région comme cela avait fait au printemps dernier. La municipalité d’Aguanish n’était pas disponible pour répondre à nos questions.

Impact dans les commerces

Le couvre-feu de 20 h à 5 h a amené le Dépanneur Aguanus d’Aguanish à modifier ses heures d’ouverture. Le commerce aurait pu garder ses portes ouvertes jusqu’à 21 h en raison de la présence d’une station-service, mais la gérante, Johanne Cormier, estime qu’il était préférable de fermer avant l’heure limite. « Ça n’aurait pas été rentable de rester ouvert uniquement pour les services essentiels. En plus, on n’aurait pas pu vendre tout ce qui est boissons alcoolisées, produits du tabac et tout ça. » Le dépanneur prévoit-il une baisse de ces revenus ? « C’est sûr qu’on perd une heure et demie de vente. On verra à la fin de ce mois-là ce que ça va donner », se résigne-t-elle. « Je me dis que c’est un moindre mal parce qu’on est en janvier. Si on avait vécu ça au mois de mai ou juillet, ç’aurait été l’enfer. »

Un retour en classe attendu

Après quelques semaines d’incertitude, la nouvelle de la réouverture des écoles a été chaudement accueillie dans l’est de la Minganie. « On s’attendait à un confinement plus long à la maison », confesse le directeur de l’établissement Roger-Martineau, Nelson Lamoureux. Les élèves du préscolaire et primaire sont rentrés en classe tel que prévu le 11 janvier tandis que le ministère de l’Éducation a ordonné une semaine supplémentaire d’enseignement à distance pour les élèves du secondaire, qui retourneront sur les bancs d’école lundi prochain. « Ce n’est pas la mer à boire, estime M. Lamoureux, et on était déjà prêts à ça. »

Plusieurs changements ont été annoncés par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, pour le retour en classe. Les élèves de la 5e et 6e année ainsi que ceux du secondaire devront dorénavant porter le masque en tout temps, tandis que les écoliers des 1er et 2e dcycles du primaire devront se couvrir le visage dans les corridors, les aires communes et le transport scolaire. L’annulation des examens ministériels et une pondération modifiée pour les deux bulletins sont également au menu d’une année scolaire aussi hors de l’ordinaire que la précédente.

Nelson Lamoureux se réjouit avant tout que les écoles aient été exemptées de ce second confinement. « À mon avis, la décision de ramener les élèves à l’école est la bonne », fait-il valoir en soulignant que l’enseignement à distance est « une béquille nécessaire dans certaines circonstances, mais une béquille quand même ». « On espère que le confinement actuel avec couvre-feu ait le résultat escompté, c’est-à-dire que les cas diminuent la pression sur le système de santé et permettent de relâcher la pression, donc de garder les écoles ouvertes. »

Hydro-Québec à Kegaska

Les chantiers de construction étant autorisés à continuer de fonctionner, les employés d’Hydro-Québec œuvrant à Kegaska y demeureront postés. Les 25 travailleurs qui y seront mobilisés devront respecter le couvre-feu, indique le porte-parole de la société d’État Francis Labbé. « À partir de 20 h, les travailleurs vont devoir rentrer dans leurs quartiers et ne pas en sortir sauf exceptions », précise-t-il en ajoutant que le protocole socio-sanitaire mis en place avant les Fêtes est toujours en vigueur. « Les employés ne peuvent pas aller sur les chantiers tant qu’ils n’ont pas présenté un résultat de dépistage négatif. S’ils ne l’ont pas en main lorsqu’ils arrivent, ils sont obligés de s’isoler jusqu’à réception du résultat. » M. Labbé a également mentionné qu’aucun cas de COVID-19 n’avait été recensé dans le secteur de Kegaska du chantier du raccordement du village de La Romaine/Unamen Shipu.

Appel à la solidarité

Même s’il ne se montre pas entièrement d’accord avec l’instauration d’un couvre-feu, Martin Côté estime que le respect du confinement plus sévère constitue un effort général à faire pour freiner la propagation de la COVID-19. « C’est comme ça qu’on rationalise, c’est que c’est tout le Québec de mur à mur, rappelle-t-il. Il faut être compréhensifs, personne n’aimerait être à la place des élus quand les cas continuent d’augmenter. »

« On suit les règles un mois pour donner le coup de barre pour tout le monde et après, on va espérer avoir des jours plus ensoleillés », souhaite Marie-Claude Vigneault. « Le couvre-feu, c’est sûr que c’est plate, lance-t-elle. Mais il faut ce qu’il faut pour être solidaires avec le reste du monde, par respect pour tous les gens qui travaillent dans le milieu de le santé et par respect pour les malades. »

Laurence Dami-Houle, Initiative de journalisme local, Le Portageur