Covid-19 et pensées suicidaires: comment repérer les jeunes à risque et quoi faire pour les aider

Danielle Maltais, Chair professor, Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Eve Pouliot, Professeure agrégée en travail social, responsable du Comité de pédagogie universitaire, Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Pascale Dubois, Assistant researcher, Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), and Ann-Sophie Simard, Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)
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Les études réalisées après des catastrophes identifient certains facteurs de risque liés aux pensées suicidaires des jeunes. Shutterstock

Comparativement aux adultes, les jeunes sont plus à risque de développer des problèmes de santé mentale après une catastrophe, notamment des pensées suicidaires.

Qu’en est-il depuis le début de la pandémie de Covid-19 ?

Bien qu’elles demeurent rares, certaines études menées depuis le printemps 2020 indiquent une hausse des pensées et des comportements suicidaires chez les jeunes dans les états du Texas, du Rhode Island et dans l’ensemble des États-Unis. Quels sont les facteurs de vulnérabilité caractérisant ces jeunes et comment les aider afin de prévenir l’irréparable ?

En tant que chercheuses en travail social, nous nous intéressons depuis plusieurs années aux conséquences des événements traumatiques sur la santé et le bien-être des adultes et des jeunes, ainsi qu’à leur processus de résilience. Sur la base de notre expertise, nous croyons que certaines leçons tirées des recherches menées dans le domaine des catastrophes peuvent être utiles dans le contexte de la crise sanitaire.

La pandémie peut être qualifiée de catastrophe en ce sens qu’elle constitue un renversement majeur et négatif d’une situation, voire du monde tel qu’on le connaissait. Une attention particulière doit donc être accordée aux jeunes pendant et après la pandémie, afin d’en limiter les effets néfastes sur leur santé mentale, à court et à plus long terme.

Des jeunes déjà vulnérables

Les études réalisées après des catastrophes établissent certains facteurs de risque liés aux pensées suicidaires des jeunes. Au plan personnel, le fait de présenter des symptômes dépressifs ou anxieux, des manifestations de stress post-traumatique, ou encore une consommation abusive d’alcool sont des facteurs de risque bien documentés. Un parcours de vie marqué par la violence, la négligence, des difficultés familiales ou l’exposition antérieure à une catastrophe peut également contribuer à la vulnérabilité d’un jeune.

Plusieurs chercheurs et cliniciens s’entendent d’ailleurs pour dire que la crise sanitaire est susceptible d’aggraver les facteurs de risque associés aux pensées suicidaires chez les jeunes. D’une part, les symptômes dépressifs et anxieux ont été identifiés comme des facteurs distinguant les jeunes ayant des idées suicidaires de ceux n’ayant pas de telles pensées pendant la pandémie. L’isolement et la solitude, ainsi que les troubles du sommeil et la modification de l’appétit sont aussi associés aux pensées suicidaires, de même que la violence et les conflits familiaux.

Des facteurs propres à la pandémie

Aux vulnérabilités individuelles et liées aux parcours de vie, s’ajoutent certains facteurs spécifiques à la catastrophe elle-même. À cet égard, les recherches menées à la suite d’un désastre révèlent que le fait d’avoir vécu le décès d’un proche, des blessures personnelles ou chez un être cher, de même que des dommages à sa demeure peut augmenter les pensées suicidaires chez les jeunes.

Dans le contexte de la pandémie, bien que les jeunes présentent moins de risques que les aînés d’être hospitalisés ou de mourir de la Covid-19, ils peuvent craindre pour leur état de santé ou celui de leurs proches, ce qui peut exacerber des vulnérabilités préexistantes. Ces craintes peuvent être amplifiées par une consultation accrue des médias, favorisant une exposition répétée à des récits fatalistes.

Un cumul d’événements stressants

Outre l’exposition à la pandémie elle-même, le stress vécu par les jeunes peut être alimenté par des événements qui en découlent. Les mesures de confinement, les fermetures d’écoles, l’interruption d’activités parascolaires, les pertes financières, les changements dans les conditions de vie, ainsi que la diminution des relations sociales engendrent des sentiments de solitude et d’isolement, susceptibles d’augmenter la présence de pensées suicidaires chez certains jeunes plus vulnérables.

Ainsi, la pandémie constitue un continuum d’événements stressants, qui s’enchaînent les uns après les autres. Les pertes importantes de ressources que la crise entraîne chez certains jeunes, comme la réduction des contacts avec les pairs ou la perte de soutien scolaire, risquent de diminuer leurs capacités à faire face à des menaces et des pertes de ressources subséquentes (une nouvelle période de confinement, par exemple).

Favoriser la résilience

En contexte de catastrophe, les soutiens familial, social et scolaire peuvent diminuer les risques de pensées suicidaires chez les jeunes. Certaines pistes d’actions peuvent donc guider les parents, le milieu scolaire, les services sociaux et de santé, de même que les gouvernements dans la mise en place ou le renforcement de mesures de prévention du suicide. Ces interventions visent à réduire les facteurs de risque et à accroître les facteurs de protection associés aux pensées suicidaires en période de pandémie.

Certains conseils s’adressent aux parents afin qu’ils soient attentifs aux signaux d’alerte et qu’ils engagent la conversation avec leurs jeunes sur ce qu’ils vivent.

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Des formations peuvent aussi être offertes au personnel scolaire afin de détecter les signes avant-coureurs des comportements suicidaires et d’établir des protocoles d’urgence.

De saines habitudes et du soutien

La famille et l’école peuvent encourager les jeunes à adopter de saines habitudes de vie (activité physique, habitudes de consommation, sommeil) et à s’informer auprès de sources crédibles, tout en encadrant leur exposition aux médias.

Des approches novatrices et créatives doivent aussi être développées afin de maintenir les contacts sociaux et de favoriser les activités de prévention auprès des jeunes.

L’accès à des services de dépistage et de soutien psychologique doit être facilité afin de venir en aide aux jeunes dans le besoin.

Enfin, les mesures gouvernementales doivent être mises en place et renforcées afin de réduire le stress financier des familles vulnérables.

Les répercussions d’une pandémie peuvent persister pendant plusieurs années, les recherches doivent donc se poursuivre sur les facteurs de risque et de protection associés aux pensées et aux comportements suicidaires chez les jeunes, afin de mieux les comprendre et de planifier adéquatement les services d’aide et de prévention.

Si vous ou un de vos proches pensez au suicide, contactez dès maintenant les services d’aide au 1-866-277-3553 (Québec) et au 1-833-456-4566 (ailleurs au Canada).

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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