Covid et grippe : une double menace aux effets inédits pour cet hiver ?

·5 min read

Bien que les infections par le Covid soient actuellement à des niveaux faibles ou en déclin dans la plupart des pays occidentaux, à l’exception du Royaume-Uni, il reste beaucoup de chemin à parcourir avant que la menace de pandémie soit définitivement écartée. L’une des grandes préoccupations cet hiver est de savoir s’il y aura, encore, une forte résurgence du Covid… et si d’autres maladies respiratoires reviendront en force parallèlement – notamment la grippe.

Tant dans l’hémisphère sud que dans l’hémisphère nord, l’hiver dernier, les infections grippales ont rapidement diminué et largement disparu peu après la pandémie. Les mesures de distanciation physique utilisées pour freiner la propagation du Covid ont été encore plus efficaces pour contenir de la grippe.

Malheureusement, cela signifie que nous devons nous préparer à ce que la grippe soit particulièrement mauvaise cette année.

D’une certaine manière, les réponses immunitaires au Covid et à la grippe sont similaires. Une infection ou une vaccination relativement récente offre une bonne protection contre une infection ultérieure, mais qui tend à s’estomper rapidement. Les réinfections précoces, quant à elles, sont généralement asymptomatiques ou relativement bénignes. Mais plus le délai entre l’acquisition de l’immunité et la réinfection est long, plus l’infection ultérieure risque d’être grave.

Cela est particulièrement clair lorsqu’on regarde la façon dont la grippe affecte les personnes qui vivent sur des îles éloignées. Comme ils peuvent passer de longues périodes sans être exposés à ce pathogène, lorsqu’ils finissent par le contracter, leurs taux de mortalité sont plus élevés. Une étude portant sur des personnes vivant à Tristan da Cunha, un groupe d’îles isolées de l’Atlantique sud, a révélé que le fait d’avoir quelques années entre deux expositions à la grippe semblait augmenter les risques.

Pourquoi nous sommes moins bien armés que d’habitude face à la grippe

D’une certaine façon, nous avons comme vécu, tous, sur des îles éloignées depuis le début de l’année 2020 du fait des confinements successifs, des restrictions de déplacements et du travail à domicile… Il est donc à craindre que les mesures de contrôle du Covid ayant fortement limité l’exposition du public à la grippe au cours des 18 derniers mois, l’immunité naturelle ait chuté dans toute la population.

Lorsque la grippe reviendra, elle pourrait donc toucher davantage de personnes et provoquer des maladies plus graves que lors d’une saison normale. Il en sera probablement de même pour d’autres virus respiratoires. En fait, il se pourrait que ce soit déjà le cas : récemment, de nombreux rapports ont fait état de rhumes particulièrement graves au Royaume-Uni.

Cependant, il n’est pas facile de prédire quand exactement la grippe reviendra, ni dans quelle mesure elle sera plus grave ou plus fréquente. Actuellement, les taux de grippe sont encore assez faibles au Royaume-Uni (comme en France – ndlr), mais cela pourrait changer assez rapidement si le virus commence à se propager.

Heureusement, nous disposons de vaccins antigrippaux sûrs et efficaces qui réduisent à la fois le risque d’infection et de maladie grave. Mais ils ne sont pas aussi efficaces que la plupart des vaccins Covid actuels. De plus, leur efficacité varie d’une année à l’autre. Les virus de la grippe mutant plus rapidement, plusieurs souches finissent par circuler et elles changent chaque année. Si la souche virale dominante de l’hiver n’a pas été incluse lors de la conception du vaccin, son efficacité sera moindre.

Les recommandations concernant les versions du virus à inclure dans les vaccins annuels contre la grippe – créés séparément pour les hivers de l’hémisphère nord et de l’hémisphère sud – sont formulées par l’Organisation mondiale de la santé, qui évalue les souches qui ont circulé auparavant.

Une spécificité de l’hiver qui se profile : les cas de grippe ayant été peu nombreux ces 18 derniers mois, il a été plus difficile que d’habitude de prédire quelles souches seraient dominantes cet hiver. Ainsi, en plus d’être, nous, potentiellement plus sensible à la grippe du fait de défenses immunitaires moins affûtées, il y a également un risque plus élevé d’avoir un vaccin moins efficace.

Comment tout cela se combine avec le Covid

Même avant la pandémie, la grippe hivernale exerçait chaque année une pression importante sur les services de médecine générale et les hôpitaux en Angleterre (comme en France, ndlr. La gérer à un moment où le service de santé accueillerait déjà de nombreux patients Covid serait particulièrement difficile et intensifierait la pression sur le service de santé.

Il existe un risque supplémentaire : la co-infection. Il est possible de contracter le Covid en même temps qu’une autre infection – bactérienne, fongique ou virale. En fait, une étude qui s’est penchée sur les patients hospitalisés pour un Covid a estimé que 19 % d’entre eux étaient également porteurs d’une autre infection. Et il a été constaté que les patients co-infectés étaient plus susceptibles de mourir.

Au début de la pandémie, alors que la grippe circulait encore, des chercheurs britanniques ont pu comparer les résultats de personnes atteintes du Covid seul et d’une co-infection Covid-grippe. Les personnes atteintes d’une co-infection étaient environ deux fois plus susceptibles d’être admises en soins intensifs, de nécessiter une ventilation et de mourir que celles qui n’avaient que le Covid.

Il n’est pas possible de dire si nous verrons une épidémie majeure de grippe cette année… Même si ce n’est pas le cas cette fois-ci, il est presque certain que ça se produira dans un futur proche. Et lorsque la grippe reviendra, il est probable qu’elle touchera plus de personnes que lors de la plupart des années pré-Covid et causera plus de décès – mais dans quelles proportions ? Lors d’un mauvais hiver, la grippe tue plus de 20 000 personnes en Angleterre. (En France, 2 à 8 millions de personnes sont habituellement touchées avec un excès de mortalité de 10 000 à 15 000 décès – ndlr.)

En raison de la menace directe qu’elle représente – et de la pression accrue que la grippe exercera sur les services de santé qui auront probablement encore du mal à faire face au Covid –, il est doublement important que le public accepte l’offre de vaccins contre la grippe et de rappel Covid si et quand ils leur sont proposés cet automne.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

Lire la suite:

Our goal is to create a safe and engaging place for users to connect over interests and passions. In order to improve our community experience, we are temporarily suspending article commenting