Cri du coeur d’une résidente de la Villa domaine Saint-Grégoire

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Bécancour – Nicole Garceau n'en peut plus. Cette résidente de la Villa domaine Saint-Grégoire se sent étouffée par l'intervention du CIUSSS Mauricie – Centre-du-Québec au centre pour personnes âgées de Bécancour qui a forcé la direction, entre autres, à fermer sa salle à manger, confinant ainsi à leur chambre les 304 aînés de la résidence.

Une situation que la septuagénaire juge intenable.

«On a tout perdu. Pour nous, jusqu'à présent, la COVID-19 n'avait pas trop d'impact et nous réussissions à passer au travers. On avait de quoi s'occuper. Mais là, je suis confinée à mon appartement. Par contre, j'ai le droit d'aller à l'épicerie. C'est difficile à comprendre», avoue-t-elle.

Rappelons que la semaine dernière, le CIUSSS a demandé un resserrement des mesures sanitaires à la Villa, après la plainte de certains résidents.

«Dans la salle à dîner, par exemple, on avait des plexiglass entre nous. C'était correct comme ça. On était en sécurité. Tout allait bien», souligne Mme Garceau, qui ne décolère pas envers les autorités de Santé publique pour la nouvelle façon de procéder à sa résidence.

Tellement, qu'elle et d'autres confrères ont initié une pétition de 216 signatures demandant à la Santé publique de ramener les choses comme elles étaient avant.

«On est peut-être vieux, mais on a encore notre tête. Il me semble qu'on ne méritait pas ça, qu'on ne faisait rien de mal. Maintenant, je n'ai même pas le droit d'aller voir mon amie, la porte d'à côté», confie-t-elle dans un sanglot.

«On voulait que le monde sache qu'on est bien traités ici», précise-t-elle, ajoutant avoir demandé au député local Donald Martel d'acheminer la pétition à l'Assemblée nationale.

Le principal intéressé assure comprendre le sentiment ressenti pas les résidents en colère.

«Nos résidences pour aînés sont les milieux les plus fragiles et on veut les protéger. Je ne suis pas en autorité, pas en mesure de changer les règles dans ce dossier, mais je leur demande de faire preuve de patience. La prochaine clientèle à être vaccinée, ce sont eux. Ça va aider les choses. Vous savez, nous n'avons aucun plaisir à gérer cette situation, mais c'est sûr que la direction doit de conformer aux directives de la Santé publique», explique M. Martel, qui reconnaît que la résidence et ses propriétaires ont bonne réputation dans le milieu.

La directrice de la Villa domaine Saint-Grégoire, Lyne Hébert, avoue que depuis l'intervention de la semaine passée, le moral est à plat chez les résidents.

«Je ne veux pas critiquer les autorités, je n'aimerais pas être à leur place. Par contre, ce que je remarque, c'est qu'avant, sur mes 304 résidents, je n'avais pas de détresse psychologique et que maintenant, j'en ai depuis l'intervention. On ne connaissait pas ça, ici, la détresse psychologique, mais là, ils ne sortiront plus. Ça amène plusieurs situations qui nous brisent le cœur.»

Madame Hébert, qui ne souhaite pas faire de vagues avec cette histoire, soutient que la fermeture de la salle à manger a été «désastreuse» pour son établissement.

«Imaginez tous les repas que nous devons aller porter à l'appartement. C'est beaucoup de travail et de personnel et comme ailleurs, on en manque de personnel. En 20 ans ici, je n'avais jamais autant pleuré que dans la dernière semaine. Quand on a annoncé la mesure aux résidents, tant eux que leurs enfants pleuraient. J'ai trouvé ça tellement triste. Pour certains, leur seule sortie de la journée, c'était de venir à la salle à manger, parce qu'ils ne pouvaient pas participer aux autres activités», exprime la directrice.

Une source près du dossier a confié au Nouvelliste que la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, devrait annoncer «d'ici la fin de la semaine» de nouvelles mesures pour les aires de repas des résidences pour personnes âgées.

Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local, Le Nouvelliste