Crise des infirmières en Abitibi-Témiscamingue : le syndicat s’en mêle

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ROUYN-NORANDA-Le Syndicat interprofessionnel en soins de santé de l’Abitibi-Témiscamingue (FIQ-SISSAT) s’unit avec la députée solidaire de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, pour dénoncer le climat de crise qui prévaut actuellement au niveau des soins infirmiers et auxiliaires dans la région.

La PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS-AT), Caroline Roy, avait annoncé il y a une semaine que du personnel de soins serait déraciné de points de services dans les villages pour aller prêter main forte aux principaux hôpitaux de la région. La mesure doit avoir effet pour une période de trois mois. Le CISSS-AT constate qu’il manque 160 infirmières pour combler tous les besoins dans la région.

«Le CISSS est en mode survie, a lancé la présidente du FIQ-SISSAT, Véronique Éthier. Ce que nous vivons, c’est une crise régionale, et même si on travaille avec le CISSS et d’autres partenaires, on se dirige tout droit dans le mur.»

Présente à la conférence de presse tenue à Rouyn-Noranda, la députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue a réitéré ses inquiétudes face à la situation. «On a beau nous dire que c’est pour trois mois, on sait, nous ici, que ces situations temporaires finissent toujours par être permanentes», dit-elle.

Présentement, des gens qui habitent à Laforce (au Témiscamingue) doivent faire plus de 100 km pour une simple prise de sang ou un changement de pansement. Je me demande ce que diraient des gens de Montréal si on leur disait qu’ils sont obligés d’aller prendre une prise de sang à Drummondville, image-t-elle. Il y a urgence.»

Une méconnaissance de la région

Mme Lessard-Therrien estime que le gouvernement caquiste n’est pas conscient de la crise qui se vit en Abitibi-Témiscamingue. «J’ai posé une question en Chambre au ministre délégué (Lionel Carmant), et il m’a répondu en parlant de…télémédecine! Ce gouvernement ne comprend pas notre réalité.»

La députée se dit prête à livrer le message à Québec. «C’est une crise sans précédent. Ces déplacements d’infirmières ne font que déplacer le problème. Même si on les change de place, on n’inventera pas de nouvelles infirmières.»

Un mur prévisible

Mme Éthier souligne que déjà du temps des libéraux, le gouvernement connaissait la problématique. Le gouvernement caquiste a aussi fait une enquête à son arrivée au pouvoir en 2018, et les résultats sont effarants, selon elle.

«On sait qu’il manque près de 250 professionnelles en soins en Abitibi-Témiscamingue, plus de 25 % des heures-soins ne sont pas comblées, affirme la présidente du syndicat. Les conditions de pratique se détériorent, le taux d’absentéisme se situe entre 25% et 30% dans les unités. Le nombre de démissions est en croissance, le temps supplémentaire et le temps supplémentaire obligatoire…ont été multipliés par 5 ces dernières années. Sans parler des coûts liés au recours à la main-d’œuvre indépendante qui sont passés de 1 M$ à près de 30 M$ par année en 5 ans. Ce sera quoi dans un an ou deux si on ne fait rien ?»

Des pistes de solution

Le FIQ-SISSAT réclame la mise sur pied d’un comité interministériel, qui aurait pour mandat de se pencher spécifiquement sur la crise des professionnelles en soins qui prévaut en Abitibi-Témiscamingue. Selon le syndicat, il faudra encore au moins six ans avant de se sortir de la crise. «Il y a de moins en moins d’inscriptions au Cégep, et de moins en moins de formations professionnelles offertes, indique Véronique Éthier. Le CISSS-AT ne peut tout faire seul. Il faut que le comité interministériel accouche d’un plan d’action spécifique pour la région.»

Émilise Lessard-Therrien voit la situation d’un œil encore plus large. «Notre population est vieillissante, surtout dans les petites localités. On risque de perdre des milieux de vie, et des gens vont quitter la région s’ils ne peuvent pas obtenir les services dont ils ont besoin. Des entreprises vont fermer parce qu’il n’y a plus de main-d’œuvre. C’est aussi une question d’attractivité et de rétention de la population.»

Michel Ducas, Initiative de journalisme local, La Presse Canadienne