Déferlement d’hommages pour l’ancien chef Max Gros-Louis

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Les hommages se multiplient à la suite du décès de l’ancien grand chef de la nation huronne-wendat Max « One Onti » Gros-Louis, dont les funérailles ont débuté mardi au Complexe sportif de Wendake.

Max Gros-Louis était bien connu de la communauté de Nutashkuan puisqu’il venait chaque été pêcher le saumon. Alain Déraps, qui a travaillé en tant qu’adjoint au directeur à la pourvoirie Hipou, se souvient de l’ancien grand chef comme d’un homme bon avec qui il était facile d’échanger. « Quand il venait, sa place préférée c’était autour du foyer. Il allait s’asseoir devant et s’endormait là », raconte-t-il sur un ton rieur.

Le chemin de M. Déraps avait également croisé celui de Max Gros-Louis en 2008 à l’occasion du 400e de la Ville de Québec lorsqu’il y était allé en compagnie d’un groupe des Rangers canadiens. « Il nous avait préparé du thé du Labrador et m’a donné un petit tambour. Quand j’ai appris la nouvelle de son décès, j’étais sur la route et je me suis souvenu de ce petit tambour, que j’ai encore. Je garde un très bon souvenir de ce monsieur. »

Sur Facebook, l’ami et collaborateur de longue date René Boudreault a livré un puissant témoignage en hommage à celui qu’il qualifie de « formidable orateur ». « Max a été un immense personnage dans sa vie publique et un charmant ami dans la vie privée. Il parlait à tout le monde, petits et grands personnages. Sans nul doute, sa simplicité, son intelligence, sa perspicacité dans les nombreuses causes qu’il a défendues, son dévouement pour la justice et le respect des Premières Nations et son souci de tenir compte des Québécois resteront éternellement gravé [sic] dans nos mémoires », écrit-il.

M. Boudreault souligne le caractère taquin de son « vieil ami » dans une anecdote de pêche. « Il faut dire qu’il prenait un malin plaisir à me rappeler, de même qu’aux auditoires qui nous côtoyaient, le fait que j’avais cassé l’une de ses plus dispendieuses cannes à moucher le saumon qu’il m’avait prêtée au bord de la grande rivière Natashquan. J’avais alors fini de sortir un magnifique saumon de 17 livres en tirant à la main la soie qui était toujours restée accrochée à la bête. »

Dans un communiqué commun, les chefs de la Nation innue ont transmis leurs sympathies à la famille et souligné son implication au bénéfice des Premières Nations. « Tous ceux et celles qui l'ont connu et côtoyé se souviendront de sa personnalité et de ses nombreux accomplissements ayant permis l'avancement de la cause des Premières Nations au niveau du Québec, du Canada mais aussi international. »

Les élus du provincial et du fédéral ont offert leurs souhaits aux proches du défunt, en rappelant l’apport inestimable de Max Gros-Louis au rayonnement des causes autochtones à la grandeur du pays et à l’international. Le maire de Québec, Régis Labeaume, a livré une émouvante lettre d’adieu au « gentil géant de six pieds et mille ». « Il n’était pas que le Grand Chef de Wendake, il était l’incarnation de l’histoire autochtone, et de la légende dans notre imaginaire collectif. Diplomate fini, il avait la négociation amène, mais la conviction ferme et ancrée. Il fallait l’entendre sur le racisme. Incontestable. »

M. Labeaume a par ailleurs promis que la Ville de Québec contribuerait à réaliser le vœu du défunt : la concrétisation de l’Espace Max Gros-Louis dans l’ancienne maison de l’ex grand chef, où sont entassées des centaines d’objets « accumulés […] par un homme qui avait dû vivre combien de vies ». La légende raconte que les mocassins du mythique chef Sitting Bull seraient enfouis quelque part dans ce « véritable bazar ».

Homme de passion et de persévérance

Ardent défenseur des droits autochtones, Magella « Max » Gros-Louis a agi en tant que grand chef de Wendake pendant 33 ans par intermittence entre 1964 et 2008. Il est l’un des membres fondateurs de la Fraternité des Indiens du Canada, qui deviendra plus tard l’Assemblée des Premières Nations. En 1992, il déclare à la télévision française que la Loi sur les Indiens était un « génocide planifié », ce qui fait scandale. Seize ans plus tard, le premier ministre canadien Stephen Harper présente ses excuses aux Premières Nations en reconnaissant les dommages causés par la politique d’assimilation des pensionnats indiens. Il est fait chevalier de l’Ordre national du Mérite de France en 2008, on lui décerne l’Ordre national du Québec en 2011 et l’Ordre du Canada en 2015.

Il s’est éteint le 14 novembre à l’âge de 89 ans.

Laurence Dami-Houle, Initiative de journalisme local, Le Portageur