Dès la fin février, Pixmob était prêt pour s’adapter à la pandémie

·4 min read

L’industrie du divertissement a été frappée de plein fouet par la pandémie de COVID-19 alors que tous les événements majeurs ont été annulés partout dans le monde. En voyant venir la tempête, David Parent est parti se ressourcer dans les montagnes gaspésiennes, ce qui lui a permis de garder son sang-froid afin de prendre de meilleures décisions. C’est en réalisant à quel point, ce séjour lui avait permis de prendre de bonnes décisions qu’il a décidé de déménager en région, à Métabetchouan.

Dès le mois de janvier, David Parent a vu les premiers voyants rouges s’allumer sur son tableau de bord, quand les premiers spectacles ont commencé à être annulés en Chine. Des employés sur la route en Asie constataient les mesures sanitaires mises en place dans différents pays. Fin janvier, une usine chinoise qui fabrique les produits Pixmob décide de fermer, si bien que l’entreprise envisage déjà de rapatrier une partie de ses inventaires.

Heureusement, Pixmob venait de recevoir un important financement de Lune Rouge, un fonds d’investissement lancé par Guy Laliberté, ce qui donnait plus de latitude pour affronter la vague à venir.

Début février, David décide tout de même de partir en vacances de ski dans les Chic-Chocs pour se ressourcer. « J’avais besoin de me reposer parce que je voyais que ça allait être difficile », dit-il aujourd’hui.

À son retour de vacances, des discussions avec de partenaires européens font réaliser l’ampleur de la pandémie. « Tout était arrêté, les compagnies arrêtaient de payer et tous les spectacles étaient annulés », se souvient-il. Partout sur la planète, les gros événements sont annulés, dont ceux organisés par Google et Microsoft.

David Parent, le chef de la direction de Pixmob a déménagé à Métabetchouan en septembre dernier. Vivre près de la nature l’aide à prendre de meilleures décision, dit-il.

Avant même la fin de février, Pixmob décide de travailler comme s’il n’y aurait plus de spectacles pour au moins un an. L’option facile aurait été de mettre à pied 80% des employés, mais David Parent propose un autre plan, audacieux, à son conseil d’administration. Sans toutefois savoir ce qui pourrait générer des revenus. « On a décidé de couper les salaires des employés de 20%, ceux des dirigeants de 30% et de couper 10% du personnel, dit-il. On avait un paquet de monde brillant avec nous et comme toutes les crises ouvrent de nouvelles opportunités, on a décidé de miser sur l’innovation. »

Avec des employés partout sur la planète et plusieurs partenaires internationaux, Pixmob voit venir les besoins pour les masques et les visières en passant des commandes rapidement dès le début mars... avant même qu’Horacio Arruda ne rencontre François Legault pour la première fois.

La première livraison de visière arrivera le 24 mars. « À ce moment, les hôpitaux avaient la consigne d’attendre après le ministère, mais les médecins commandaient directement avec nous pour se protéger, dit-il. Comme on était dans les premiers à faire des visières, mon numéro de téléphone personnel circulait et les médecins m’appelaient le soir pour qu’on leur en envoie dès que possible. »

Au cours des mois suivants, les machines de Pixmob serviront aussi à fabriquer des visières. En tout et partout, Pixmob importera 660 000 masques et 110 000 visières, en plus d’en fabriquer 70 000. Constatant la flambée des matières premières pour les fabriquer et le nombre grandissant de compétiteurs, Pixmob décide de délaisser ce marché pour se concentrer sur son expertise, la technologie.

Au départ, Pixmob travaille sur un bracelet lumineux qui rappelle aux gens de se laver les mains régulièrement. « Mais on a rapidement réalisé que ce n’était pas l’enjeu principal », souligne David Parent. Son équipe travaille mise plutôt sur un outil de suivi des contacts en entreprise. « Au lieu de fermer l’usine au complet, cet outil permet de cibler les gens à risque lorsqu’un cas de COVID-19 est confirmé », dit-il, ajoutant que le produit coûte environ 10 dollars par mois pour un contrat de six mois.

Dénommé Safeteams, la puce électronique permet de suivre le tracé des employés et de les alerter quand ils ne respectent pas la distanciation physique, grâce à des signaux lumineux. Le produit connaît un succès instantané alors que plusieurs grandes entreprises comme Coca-Cola l’implantent dans toutes ses usines.

Pixmob a mis sur pied Safeteams qui permet le suivi des contacts et facilite la distanciation en entreprise.

COURTOISIE.

« C’est notre produit qui a connu le succès le plus rapide », note le chef de la direction. Malgré tout, les revenus ne sont pas encore suffisants pour compenser ceux du divertissement, mais l’aide gouvernementale a grandement aidé à garder l’entreprise en vie, ajoute-t-il. Si la pandémie perdure, notamment à cause des variants, Pixmob pourrait vivre avec les produits Safeteams, mais l’entreprise préférerait grandement retourner au monde du divertissement.

Guillaume Roy, Initiative de journalisme local, Le Quotidien