Début de la vaccination massive dans le Nord-du-Québec

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CHIBOUGAMAU-La région du Nord-du-Québec est devenue l’une des premières ce jeudi à entreprendre une campagne de vaccination massive contre la COVID-19. Depuis jeudi matin, la plupart des résidants au nord du 49e Parallèle âgés de 40 ans et plus ont reçu ou recevront dans les prochains jours leur première dose.

La région socio-sanitaire avait jusque-là été relativement épargnée par la pandémie. Elle a tout de même été classée Niveau 4 par l’Institut national de la Santé publique du Québec (INSPQ), en raison de son isolement et de son éloignement.

«Le domaine de la santé demande déjà une bonne logistique sans la COVID, explique la PDG du Centre régional de santé et de services sociaux de la Baie-James, Nathalie Boisvert. Pour les cas plus graves, comme les AVC, nos résidants doivent parcourir plusieurs kilomètres vers un centre de santé, pour souvent être transférés par la suite dans un établissement dans le sud de la province. Tout cela apporte une pression supplémentaire et des inquiétudes avec la COVID-19. C’est pour cela que notre vaccination était prioritaire.»

Des éclosions

À l’instar du reste du Québec, le Nord-du-Québec a connu ses épisodes d’éclosions du virus. En novembre dernier, 146 personnes avaient été mises en isolement après avoir fréquenté le salon de quilles Bolorama, de Chibougamau. La Santé publique de la région souligne également deux éclosions dans des résidences pour personnes âgées dans le temps des fêtes.

«Notre équipe de santé publique a fait un travail formidable en amont, affirme la PDG du CRSSSBJ. Ils ont travaillé fort pour faire du dépistage préventif.» L’immensité du territoire représente aussi un défi logistique, selon l’adjointe à la PDG, Julie Pelletier. «Nous avons des ententes avec d’autres régions, comme par exemple dans le secteur au nord de La Sarre, qui relève de notre juridiction, explique-t-elle. Ces régions sont plus près de l’Abitibi, même si elles sont en Jamésie. Nous irons vacciner les gens de ce secteur au cours des prochains jours.»

Des échanges avec le Cree Health Board

Autre casse-tête : les populations d’origine crie et non-crie se côtoient sur le territoire, mais ne sont pas régies par les mêmes organismes. Les Cris sont pris en charge par le Cree Health Board (CHB), qui a juridiction sur ces populations. Sauf que le virus, lui, ne fait pas de distinction. «Nous avons des échanges constants avec le Cree Health Board, indique Nathalie Boisvert. Nous sommes conscients que le virus circule dans les deux populations, nos devons donc travailler de concert pour garder le contrôle sur les éclosions.»

Ainsi, tous les jeudis, des représentants des deux entités s’assoient avec des représentants politiques pour faire le point sur la situation. Il y aussi de l’entraide mutuelle dans le quotidien. «Lors de l’éclosion à la salle de quilles, le CHB nous a prêté deux infirmières pour aider au dépistage, indique Mme Boisvert. Dernièrement, on a recensé plusieurs cas de COVID dans la communauté d’Oujé-Bougoumou (située à moins de 30 km de Chapais), et à Mistissini. Quatre de nos infirmières sont allées prêter main forte là-bas.»Après les 40 ans et plus, ce sera le tour des personnes âgées de 18 ans et plus d’être vaccinées au début de février. «L’éloignement des grands centres a ses avantages, mais au point de vue de la santé, nous sommes loin des services spécialisés, affirme Julie Pelletier. C’est pour cela que nous avons comme objectif une immunisation collective rapide.»

Michel Ducas, Initiative de journalisme local, La Presse Canadienne