Des acteurs économiques régionaux unissent leur voix pour GNL Québec

Myriam Gauthier, Initiative de journalisme local
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Des acteurs économiques du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont uni leur voix vendredi en faveur du projet de GNL Québec en raison des retombées économiques, de la création d’emploi, de la diversification de l’économie et la lutte à la décroissance démographique qu’il apporterait.

Pour une première séance cette semaine, les intervenants appuyant le projet ont été majoritaires lors de la séance du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) tenue en après-midi sur le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel de 9 G$ à Saguenay.

Huit intervenants, presque tous des acteurs économiques et citoyens du Saguenay-Lac-Saint-Jean, se sont exprimés en faveur du projet sur les 14 interventions que comptait la neuvième et dernière séance en mode numérique de la semaine. La séance a reçu quelque 1100 visionnements sur Facebook.

Patrick Bérubé, directeur général de Promotion Saguenay, la société de développement économique de la municipalité, a indiqué que son organisation «souhaite ardemment» que le projet se réalise.

«On pense que c’est un projet qui pourra nous aider à renverser notre courbe démographique, va nous aider à relancer l’économie, et surtout à diversifier les secteurs dans lesquels notre région est actuellement axée», a-t-il exprimé en faisant référence aux secteurs de l’aluminium et de la forêt.

Promotion Saguenay a formulé 11 recommandations au BAPE en lien avec les impacts et les retombées du projet. L’organisation demande qu’un comité permanent de suivi environnemental et économique soit formé. Ce comité serait composé d’acteurs du milieu qui s’assureraient de la conformité des engagements environnementaux, sociaux et économiques du projet.

Le comité devrait être actif au moins pendant la période de construction et de démarrage, a indiqué M. Bérubé. «On souhaite que régionalement, il y ait un ensemble d’acteurs de la société civile et d’entreprises privées qui soit mis à contribution pour s’assurer que les recommandations, si le projet va de l’avant, soient bel et bien respectées», a-t-il expliqué.

Desserte régionale en gaz naturel liquéfié Promotion Saguenay demande également qu’une desserte régionale en gaz naturel liquéfié, en chaleur et en CO2 soit aménagée à partir des installations de l’usine, afin d’offrir un approvisionnement à des distributeurs indépendants.

«Ce qu’on veut éviter, c’est qu’on ait la même situation que l’aluminium, où on a des alumineries en région et que c’est impossible d’avoir du métal primaire de proximité», a exposé le directeur général.

Le Groupe Alfred Boivin de Chicoutimi s’est d’ailleurs dit intéressé par une desserte régionale. «Ça serait très intéressant d’utiliser cette desserte-là pour être capable de livrer du gaz naturel liquéfié ailleurs dans les régions qui ne sont pas desservies», a souligné lors de la séance Stéphane Boivin, vice-président opérations pour l’entreprise qui œuvre notamment dans le transport. Le groupe a d’ailleurs remplacé certains de ses camions au diesel par des camions carburant au gaz naturel comprimé.

Lors de la première partie des audiences, GNL Québec s’était dite ouverte à l’idée d’une desserte et avait souligné avoir proposé l’idée à des acteurs régionaux lors du démarrage du projet.

Les autres recommandations du mémoire de Promotion Saguenay reprennent notamment des engagements déjà pris par GNL Québec, tels que la carboneutralité de l’usine, des mesures entourant la navigation des méthaniers, des fonds dédiés à la recherche sur les mammifères marins ou encore la signature d’une entente de collaboration avec le Comité de maximisation des retombées économiques régionales.

Saguenay n’a pas déposé de mémoire au BAPE en plus de celui de sa société de développement économique, a-t-on indiqué vendredi du côté du cabinet de la mairesse de Saguenay au Progrès. Plus tôt cette semaine, le responsable des finances de Saguenay et président de Promotion Saguenay, Michel Potvin, avait également déposé un mémoire, mais à titre personnel.

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«À SAGUENAY, NOTRE POPULATION DIMINUE, TOUT COMME LES BÉLUGAS»

La directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord (CCISF), Sandra Rossignol, a appelé à la réalisation du projet de GNL Québec pour contrer les perspectives de baisse démographique qui attendent le Saguenay-Lac-Saint-Jean. «À Saguenay, notre population diminue, tout comme les bélugas», a-t-elle lancé.

La CCISF, ainsi que l’Aile jeunesse de la chambre de commerce, ont également livré un plaidoyer en faveur du projet de GNL Québec lors de la séance de vendredi. Elles ont évoqué entre autres sur la création d’emplois de qualité pour attirer des jeunes et des travailleurs.

«On a entendu beaucoup d’intervenants qui ont parlé de l’impact du projet sur la faune marine. Et c’est un véritable souci, car pour nous aussi, l’impact environnemental est une préoccupation. Mais on parle bien peu des humains. À Saguenay, notre population diminue, tout comme les bélugas», a exprimé Sandra Rossignol, directrice générale de la CCISF, en évoquant l’exode des jeunes et le vieillissement de la population.

Le directeur régional de la Corporation des camionneurs en vrac, ainsi que l’ancien député et ministre libéral Serge Simard, qui est actuellement président régional du Parti libéral, ont aussi donné leur appui au projet.

Les maires Bill Given, de Grande Prairie, en Alberta, et Dale Bumstead, de Dawson Creek, en Colombie-Britannique, sont intervenus pour donner leur appui au projet de GNL Québec, qui exportera du gaz naturel en provenance de l’Ouest canadien. Les maires de ces deux provinces qui sont les plus importantes productrices de pétrole et de gaz au Canada ont vanté les pratiques de l’industrie gazière et pétrolière canadienne.

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PAS UNE «VISION D’AVENIR» POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES

Le chercheur Jérôme Dupras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique, a souligné vendredi les impacts négatifs et quatre enjeux qui «compromettent sérieusement la crédibilité» du projet de GNL Québec.

Il souligne le doute sur la rentabilité économique du projet, sa faiblesse dans une optique de développement durable, sa menace pour le béluga et les tensions sociales engendrées.

«De notre point de vue scientifique, le projet de GNL Québec ne répond d’aucune manière à la vision d’avenir qu’il faut mettre en œuvre dès maintenant pour les générations futures», a-t-il exprimé par voie de communiqué. Un mémoire, qui ne sera pas présenté lors des audiences, a été déposé au BAPE par le chercheur qui participe également à un projet de recherche sur les interactions entre la navigation et les bélugas financé par Québec.

Myriam Gauthier, Initiative de journalisme local, Le Quotidien