Des empreintes fossiles nous indiquent que les humains ont peuplé les Amériques des milliers d’années plus tôt qu’on ne le croyait

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<span class="caption">S’agit-il des empreintes du premier adolescent américain connu ?</span> <span class="attribution"><span class="source">Matthew Robert Bennett</span>, <span class="license">Author provided</span></span>
S’agit-il des empreintes du premier adolescent américain connu ? Matthew Robert Bennett, Author provided

Notre espèce a commencé à migrer hors d’Afrique il y a environ 100 000 ans. Si on exclut l’Antarctique, l’Amérique a été le dernier continent atteint par les humains, après que les premiers pionniers eurent traversé le pont terrestre de Béring, aujourd’hui submergé, qui reliait autrefois la Sibérie orientale à l’Amérique du Nord.

À certains moments de la période glaciaire du Pléistocène, qui a pris fin il y a 10 000 ans, de grandes calottes glaciaires recouvraient une importante partie de l’Europe et de l’Amérique du Nord. L’eau enfermée dans ces nappes de glace a fait baisser le niveau de la mer, permettant de passer de l’Asie à l’Alaska par l’Arctique. Mais au plus fort du dernier cycle glaciaire, le chemin vers le sud des Amériques était bloqué par une calotte glaciaire qui recouvrait tout le continent.

Jusqu’à tout récemment, les scientifiques croyaient que les humains ne s’étaient dirigés vers le sud des Amériques que lorsque cette barrière de glace a commencé à fondre – au plus tôt, il y a 16 500 ans. Mais avec nos collègues, nous avons découvert des empreintes fossiles qui semblent indiquer que les humains sont apparus sur le continent plusieurs milliers d’années avant cela.

deux empreintes de pas
Les empreintes fossiles. Matthew Robert Bennett, Author provided

Ces empreintes, mises au jour dans le parc national de White Sands, au Nouveau-Mexique, ont été laissées par un groupe d’adolescents, d’enfants et de quelques adultes, et remontent à l’apogée du dernier maximum glaciaire, il y a environ 23 000 ans. Cela en fait potentiellement la plus ancienne preuve de notre présence sur le continent américain.

Notre découverte confirme l’idée que des humains vivaient dans la partie sud de l’Amérique du Nord avant le dernier pic glaciaire – une théorie qui, jusqu’à présent, reposait sur des informations contestées et qui semblaient peu fiables.

Nouvelles données

On trouve littéralement des dizaines de milliers d’empreintes fossiles à White Sands. Elles racontent comment les hommes préhistoriques se sont comportés avec la mégafaune de l’ère glaciaire, comme le mammouth de Colomb et le paresseux géant.

Ces traces ont été laissées sur les bords d’une grande zone humide, qui était peut-être un lac après la saison des pluies, mais à d’autres moments, il s’agissait plutôt d’un réseau de plans d’eau. Le problème, jusqu’ici, était de dater ces empreintes. Nous savions qu’elles avaient été formées avant l’extinction de la mégafaune, mais sans plus de précision.

La situation a changé en septembre 2019 quand notre équipe a trouvé des traces avec des sédiments intacts au-dessus et en dessous. On y a retrouvé des couches qui contenaient des centaines de graines de Ruppia cirrhosa, ou ruppie spiralée. Ces graines, une fois datées au radiocarbone, pouvaient révéler l’âge des empreintes. L’analyse a démontré que l’âge des graines varie entre il y a 21 000 ans et il y a 23 000 ans, ce qui suggère que les humains ont fait des visites répétées sur le site pendant au moins deux millénaires.

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Quelques graines que nous avons extraites des empreintes. Matthew Robert Bennett, Author provided

Les empreintes de White Sands constituent une preuve sans équivoque d’une présence humaine sur le continent américain au plus fort du dernier maximum glaciaire, et non quelque temps après, comme on le pensait auparavant. C’est un élément important pour notre compréhension du peuplement des Amériques et de la composition génétique des Autochtones d’Amérique.

Grâce à l’ADN des Autochtones d’aujourd’hui, les scientifiques ont établi que leurs ancêtres sont arrivés d’Asie en plusieurs vagues, dont certaines se sont isolées sur le plan génétique. La cause de cet isolement n’est pas claire. Aujourd’hui, les nouvelles empreintes fournissent une explication qui démontre que les premiers peuples d’Amérique étaient isolés au sud de la calotte glaciaire nord-américaine avant que d’autres les y rejoignent après la fonte de celle-ci.

Notre découverte peut également relancer les spéculations sur d’autres sites archéologiques des Amériques, notamment, la grotte de Chiquihuite au Mexique. Des archéologues ont récemment affirmé que des preuves provenant de cette grotte indiquent que des humains ont occupé le continent américain il y a environ 30 000 ans, soit 7 000 ans avant que des personnes laissent leurs empreintes à White Sands.

Les découvertes de la grotte de Chiquihuite sont toutefois contestées, car les outils en pierre peuvent être difficiles à interpréter et des pierres qui ressemblent à des outils peuvent se former par des processus naturels. Les outils en pierre peuvent également se déplacer entre les couches de sédiments et de roches. Les empreintes fossiles ne le peuvent pas. Elles sont fixées sur un plan de stratification et fournissent ainsi des preuves plus fiables du moment exact où elles sont apparues.[

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des empreintes modernes à côtés d’anciennes

Joies de l’adolescence

Nous avons tendance à imaginer nos ancêtres menant des luttes à la vie à la mort, obligés de combattre les éléments pour simplement arriver à survivre. Pourtant, les preuves recueillies à White Sands évoquent un cadre ludique et relativement tranquille, où des adolescents et des enfants passaient du temps ensemble, en groupe.

Cela n’est peut-être pas si surprenant. Les enfants et les adolescents sont plus énergiques et plus joueurs que les adultes et laissent donc plus de traces. Les adultes sont généralement plus économes dans leurs déplacements, laissant ainsi moins de traces.

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Ce à quoi White Sands pouvait ressembler il y a 23 000 ans. Davide Bonadonna, Author provided

Une autre interprétation possible de ces traces de pas est que les adolescents faisaient partie de la main-d’œuvre de ces bandes de chasseurs-cueilleurs. Il est possible que les traces aient été faites par des jeunes qui transportaient des ressources pour leurs parents.

Quoi qu’il en soit, les personnes qui ont laissé leurs empreintes à White Sands faisaient partie des plus anciens adolescents américains dont on a trouvé des traces. Gravées dans la pierre, celles-ci rendent hommage à leurs ancêtres, dont nous savons maintenant qu’ils ont emprunté le long pont terrestre menant aux Amériques des millénaires plus tôt que ce que l’on croyait jusqu’ici.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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