Des engagements entre citoyens et producteurs pour l’atteinte de l’autonomie alimentaire

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Sherbrooke - Un cadre législatif et réglementaire désuet, une structure trop rigide de l’industrie, un aménagement déficient du territoire et un difficile accès à la viabilité d’une production : ce sont les principaux freins à l’autonomie alimentaire qu’ont ciblés les 35 producteurs et les 35 citoyens qui ont été mobilisés dans le cadre du « Contrat social » de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

L’UPA a dévoilé mardi ce fameux projet pour lequel elle a lancé un appel de candidatures cet été. Après huit réunions et un blitz de formation sur l’autonomie alimentaire et les enjeux agricoles, le comité a finalement rendu un rapport dans lequel les deux parties s’engagent sans objectifs chiffrés sur six grandes thématiques : la valorisation et protection du territoire, la durabilité du modèle agroalimentaire, la valorisation et soutien des productrices et producteurs agricoles, l’accessibilité des produits pour la population, l’éducation et sensibilisation citoyennes et les actions et normes collectives.

Par exemple, en ce qui a trait à la durabilité du modèle agroalimentaire, les citoyens s’engagent à prioriser l’achat de produits locaux, à soutenir l’agriculture de proximité, à susciter l’innovation dans la mise en marché et à initier, participer ou soutenir les initiatives citoyennes visant l’autonomie alimentaire.

De leur côté, les producteurs affirment qu’ils prendront des actions concrètes pour encourager la résilience écologique et économique de leurs entreprises face aux changements climatiques, notamment via l’utilisation d’énergies renouvelables diversifiées, qu’ils rendront l’agriculture davantage multifonctionnelle et qu’ils miseront sur les systèmes agroéconomiques territorialisés, soit une forme émergente alternative au système agroalimentaire mondialisé.

Concessions et réflexion

C’est lors du 96e congrès de l’UPA, tenu en mode virtuel, que le document a fièrement été présenté par un citoyen ainsi qu’une productrice ayant participé à l’exercice, Raoul Pascal et Sophie Gendron.

Mais que fera-t-on d’un tel contrat symbolique? « On va avoir une réflexion à faire », a avancé en point de presse le président de l’UPA, Marcel Groleau, mentionnant que le secteur de la transformation alimentaire du Québec pourrait faire partie d’un dialogue semblable.

« Les objectifs qui ont été retenus doivent nous guider et on ne doit pas changer les priorités retenues. Cet exercice-là, ils l’ont fait eux. C’est à nous maintenant de voir comment on s’ajuste, chacun dans nos organisations, pour tenter de rejoindre ce contrat-là », a-t-il ajouté.

Plus tôt, lors du panel de discussion qui a suivi la présentation du Contrat social, M. Groleau a avoué avoir craint au départ que des « groupes de pression » ne dominent les discussions du comité, « pour ne pas les nommer, les véganes », a-t-il dit avant de préciser qu’il avait été rassuré par l’Institut du Nouveau Monde, l’organisme responsable de piloter le projet et l’appel de candidatures.

« Après ça, c’était : est-ce que l’information qu’on allait leur donner leur permettrait d’avoir un regard global sur ce qu’est le secteur agroalimentaire au Québec et dans le monde? a-t-il ajouté. Même si on parle d’autonomie alimentaire au Québec, on ne peut pas se dissocier de ce qu’on devra continuer d’importer et de ce qu’on exporte également parce qu’on est bon sur ces marchés-là. »

Interrogés sur l’équilibre des discours et des points de vue qui ont animé les discussions et mené aux engagements rédigés, M. Pascal et Mme Gendron ont surtout voulu mettre de l’avant l’importance de ce premier rapprochement du genre entre les deux parties.

« Il n’y avait pas nécessairement une idée d’être équitable, a établi M. Pascal. Ce n’est pas dans cette optique-là qu’on a fait ça, mais plutôt que commencer un dialogique dans le but d’un projet futur. »

« C’est certain qu’on arrivait avec un bagage différent, les citoyens et les producteurs, a ajouté Mme Gendron. Une compréhension différente, mais aussi plus que ça, ce sont 35 citoyens et 35 producteurs différents qui arrivent avec une perception différente. C’était plutôt de tout mettre en commun pour arriver à construire quelque chose dans lequel tout le monde serait bien et se reconnaîtrait [...] Il y a des idées sur lesquelles il y a eu consensus, il y a des idées sur lesquelles on a dû faire des compromis, et il y a des idées qui sont là même si certaines personnes ne s’y reconnaissent pas. Mais dans l’ensemble, ce qui s’y retrouve représente ce que nous tous avons discuté. »

« Des discussions animées, c’est sain, et effectivement il y en a eu. Mais je ne me rappelle pas qu’il ait eu un fossé majeur entre les citoyens et les producteurs », a également expliqué M. Pascal. »

L’intégralité du contrat social est disponible sur le site de l’UPA

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune