Des fermetures temporaires d’églises qui pourraient devenir permanentes

·6 min read

Plusieurs églises n’ont pas encore rouvert leurs portes au Québec depuis le début de la pandémie, ce qui force aujourd’hui l’Église catholique à sabrer dans ses dépenses et à faire vœu de pauvreté. Portrait de la situation, de ses impacts et de deux initiatives tirées du Saguenay-Lac-Saint-Jean afin de donner un nouveau souffle à des lieux de culte.

* DOSSIER, TEXTE 1 DE 4

Frappées de plein fouet par la crise, plusieurs églises au Québec ont été forcées de prolonger leur fermeture temporaire, qui pourrait dans certains cas s’avérer permanente. Face à une baisse de revenus et de fréquentation accélérée par la pandémie, l’Église catholique est contrainte de précipiter sa transformation vers une église plus pauvre.

Au Diocèse de Gaspé, 15 églises fermées temporairement depuis mars n’avaient toujours pas pu rouvrir leurs portes, à la fin du mois de novembre. Faute de moyens et faute de bénévoles.

« La plupart, leur raison en ce moment-ci, c’est qu’ils n’ont pas les moyens de suivre les protocoles, ou rendu en hiver, ils n’ont pas les moyens de garder une église ouverte et de la chauffer pour rassembler les gens », expose Serge Tidjani, chancelier au diocèse. Le chauffage et l’entretien sont alors réduits au minimum pour répondre aux exigences des assurances.

Les petits milieux du secteur nord du diocèse sont les plus durement frappés. Le chancelier ne cache pas son inquiétude pour l’avenir de certaines de ces églises, lui qui est allé à la rencontre de plusieurs communautés en novembre en compagnie de l’économe du diocèse. Les églises où le silence règne depuis mars représentent un peu plus de 20% des lieux de culte du diocèse.

« Les problèmes qui étaient déjà là, avec le dépeuplement, la vieillesse de la population et le manque de personnes dans nos églises, de bénévoles, de contributeurs, contributrices... Cette situation qui était déjà là et qui faisait craindre que les églises aient beaucoup de difficulté s’est sérieusement aggravée avec la COVID », partage-t-il.

La situation n’est pas unique au Diocèse de Gaspé. Au Diocèse de Chicoutimi, l’horaire des messes disponible en ligne parle de lui-même. La mention « célébration suspendue » apparaissait aux côtés d’une cinquantaine de paroisses sur les quelque 80 listées, à la fin du mois de novembre.

Encore là, ce sont les petites communautés qui sont touchées, en particulier au Lac-Saint-Jean. « Il y a plusieurs secteurs au niveau du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui sont problématiques, se désole Richard Perron, économe du diocèse. Il y a déjà des décisions qui vont se prendre d’ici quelques mois. » Pour certaines fabriques, le peu de capital disponible a été grugé par les impacts de la pandémie.

La situation varie d’un diocèse à l’autre. Au Diocèse de Trois-Rivières, par exemple, seules quelques paroisses n’avaient pas repris les célébrations, dans la dernière mise à jour publiée vers la mi-novembre.

Dans plusieurs autres diocèses, on invite les fidèles à contacter directement leur paroisse. Les églises peuvent parfois demeurer accessibles pour des funérailles.

Des pertes de revenus importantes Dans tous les cas, les paroisses et les diocèses à travers le Québec ont vu leurs revenus fondre, alors qu’ils étaient déjà fragilisés avant le début de la crise.

Les revenus sont en baisse de manière « très, très importante » à travers les paroisses des 19 diocèses en sol québécois, dont la grande majorité devra essuyer un déficit en 2020, indique Mgr Pierre Murray, secrétaire général de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec.

« Alors il reste quoi, pour équilibrer les dépenses ? On coupe », laisse tomber celui qui s’inquiète des effets de la crise sur la préservation des églises.

L’Église catholique doit maintenant faire face au Québec à des situations qu’elle pensait affronter dans cinq ou 10 ans. « On ne reviendra probablement jamais, au plan économique, à ce que c’était avant », estime le représentant de l’organisme de concertation.

L’institution a pu se tourner vers la Subvention salariale d’urgence du Canada pour ses employés, même si des pertes d’emploi ont été inévitables, indique Mgr Murray.

Cette aide aura du moins permis de sauver les meubles pour l’année 2020 au Diocèse de Chicoutimi. «Autrement, ça aurait été catastrophique», indique l’économe Richard Perron, qui craint maintenant que la crise ne s’étire en 2021.

Des célébrations de 25 personnes en zone rouge Les revenus tirés de la quête, en particulier, ont chuté depuis le début de la crise qui a forcé la fermeture des lieux de culte pendant trois mois au printemps.

Les églises ont rouvert progressivement depuis le début de l’été. En zone rouge, elles peuvent actuellement accueillir un maximum de 25 personnes pour une célébration. Un nombre qui atteint 250 personnes en zone orange et en zone jaune.

Les impacts de la crise se font également sentir du côté des revenus tirés de la location de salles. Ils se traduisent aussi dans le tribut versé par les fabriques à leur diocèse, de même que dans les sommes tirées de la capitation, une contribution volontaire annuelle demandée aux fidèles.

L’Église appelée à se transformer «radicalement» Tout n’est pas si sombre, cependant. La crise doit être vue comme une occasion pour l’Église de se recentrer sur sa mission, alors que son visage est appelé à se transformer «radicalement», estime Mgr Pierre Murray.

«Quand les choses vont revenir à la normale, ce n’est pas la même Église qu’on va retrouver, c’est certain. […] Elle sera plus pauvre, plus axée sur une mission pastorale et évangélique que sur une mission de conservation.»

Une vision que partage le chancelier Serge Tidjani, pour qui l’Église n’est pas appelée à disparaître, mais à revenir à l’essentiel.

«La COVID est venue à un moment de l’histoire, mais elle ne deviendra pas toute l’histoire», assure celui qui garde foi en l’avenir.

+

UN MANQUE DE BÉNÉVOLES

En plus des difficultés financières, le manque de bénévoles rend difficile la réouverture des églises dans les petites communautés. Les paroisses comptent sur eux pour orchestrer la reprise des célébrations dans le respect des mesures sanitaires.

Et ces bénévoles, en majorité des retraités, préfèrent redoubler de prudence face à la COVID-19, tout comme les paroissiens.

Une situation qui a par exemple amené les paroissiens de Douglastown, une petite communauté à majorité anglophone située non loin de Gaspé, à maintenir l’église fermée pour l’instant, explique le père Chester Cotton.

«Ils sont plus vieillissants, alors ils n’ont pas voulu rouvrir pour tout de suite à cause de ça. Et pour les frais, c’est comme pour tout le monde, on essaie de couper», partage-t-il.

De l’autre côté de la baie de Gaspé, l’église de la communauté de Cap-aux-Os n’a pas rouvert non plus depuis mars. Les paroissiens réfléchissent à changer la vocation de l’église, tandis que la fusion des six paroisses du secteur sous une seule fabrique est aussi dans les projets.

«C’est de plus en plus fréquent au Québec», évoque-t-il, et ce genre de réflexion est appelée à s’accélérer en raison de la pandémie pour plusieurs paroisses à travers la province.

Myriam Gauthier, Initiative de journalisme local, Le Quotidien