Des immigrants choisissent la campagne en temps de pandémie

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De plus en plus d’immigrants saisissent l’occasion de concilier travail et nature grâce au télétravail imposé par la pandémie.

Les pieds dans l’herbe et les mains sur le clavier, Ania Ursulet se réjouit chaque matin de son choix d’avoir quitté la métropole pour s’installer à Saint-Alexis-des-Monts, une municipalité de 3000 habitants au cœur de la Mauricie. Pourtant, pour l’entrepreneure et stratège en marketing, en communication et en événementiel d’origine martiniquaise, le choix de s’établir à Montréal à son arrivée au Québec en 2012 était évident.

« Je suis née à Paris, Montréal représente donc pour moi une urbanité assez humaine. En même temps, c’est une ville multiculturelle et l’épicentre de l’activité économique du Québec alors, au départ, je ne me voyais pas vivre en région », soutient Mme Ursulet.

De nombreux travailleurs voient les restrictions imposées par la pandémie comme un défi à surmonter, d’autres, comme Mme Ursulet, l’accueillent à bras ouverts, séduits par l’idée de consolider leur rêve de rebâtir une nouvelle vie en région. Les grands espaces en nature ont la cote de nos jours parmi ceux qui cherchent à mieux vivre le confinement et la distanciation physique.

S’isoler en campagne

Mme Ursulet et son mari ont acheté il y a quatre ans la maison de campagne ancestrale qu’ils habitent actuellement à Saint-Alexis-des-Monts, dans la MRC de Maskinongé. Avant la pandémie, ils aimaient s’extraire occasionnellement du brouhaha de la ville pour passer du temps dans leur coin de paradis situé aux portes du village. Ils prévoyaient de s’y installer pour de bon dans une dizaine d’années. Sans télévision ni Internet, ils jouissaient d’une évasion totale en nature.

« Puisqu’il n’y avait presque pas d’activité avec mes clients au début de la pandémie, j’ai décidé d’y emménager temporairement pour m’extraire de la pression sociale et sanitaire que nous avons subie de plein fouet », raconte Mme Ursulet. Toutefois, elle précise qu’il fut indispensable d’installer l’Internet pour pouvoir rester en relation avec ces clients.

« J’ai compris que c’était possible d’interagir avec mes clients à distance et que je pouvais continuer à entreprendre et à développer de nouveaux marchés à partir de chez moi. Du coup, je gagnais en qualité de vie, c’était phénoménal ! » lance l’Aleximontoise afrodescendante forte de 30 ans d’expérience dans ses trois domaines d’expertise.

Mme Ursulet a aménagé son bureau dans son jardin. Chaque matin, elle regarde le jour se lever, prend ses pauses dans le boisé derrière chez elle et continue à socialiser avec ses voisins, « de jardin à jardin ». « C’est paradoxal, car on pourrait croire qu’en habitant en région, nous sommes isolés, mais c’est tout le contraire. Je me suis rendu compte que c’était viable de piloter toutes mes activités à partir de chez moi ! » se réjouit-elle.

Quitter la métropole pour de bon

Au mois de juin, Mme Ursulet et son mari décident de résilier le bail de leur appartement à Montréal et de rester vivre pour de bon dans la capitale de la truite mouchetée, paradis de la pêche en Mauricie.

« C’est un petit village avec deux commerces, alors nous portons notre masque pratiquement une seule fois par semaine lorsque nous allons faire nos courses », lance Mme Ursulet, qui précise que seulement cinq cas de COVID-19 ont été enregistrés dans le village, ce qui leur a permis de continuer à profiter des activités à l’extérieur. « J’ai même fait un potager ! » renchérit-elle sur un ton très sympathique.

La pandémie a accéléré la décision de Mme Ursulet et de son mari de s’établir en région, tout comme elle a influencé des milliers de résidents montréalais à quitter la métropole au profit des régions dans les derniers mois. Il est tôt pour avoir des chiffres officiels sur la migration interrégionale due à la pandémie, toutefois, les chiffres puisés de l’Institut de la statistique du Québec indiquent une certaine croissance de la population en Mauricie et dans la MRC de Maskinongé pour la période 2018-2019.

La Mauricie s’inscrit au sixième rang pour les gains en immigration et a enregistré le plus fort gain dans la zone intermédiaire de la province avec un taux net de migration interrégionale de 0,49 % sur une population estimée à 260 000 habitants. En nombre absolu, cela équivaut à un gain net de près de 1300 personnes, s’agissant du meilleur résultat enregistré depuis 2001-2002 pour la région. Ce chiffre comprend tous les déplacements interrégionaux, et non seulement ceux des personnes issues de l’immigration internationale.

D’autre part, le solde migratoire interrégional de la MRC de Maskinongé, toujours pour 2018-2019, était de 148 habitants, soit 0,41 % de sa population, qui est estimée à 36 800 habitants.

Participer à distance

Membre de Les Talents M, première communauté marketing francophone, Mme Ursulet a participé au sommet virtuel international Femmes et Numérique organisé du 9 au 13 novembre par Femmes Alpha, dans l’objectif de promouvoir le leadership féminin et de faire découvrir des réseaux et des entreprises à travers la francophonie.

Karla Meza, Initiative de journalisme local, Le Devoir