Des semaines de 85 h si leur ouvrier agricole n’arrive pas à temps

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Sherbrooke — Le stress n’a toujours pas diminué chez les agriculteurs qui ont recours à des travailleurs étrangers temporaires. En raison des tests de dépistage obligatoire qui doivent être réalisés au maximum trois jours avant l’embarquement de ceux-ci, les producteurs laitiers Michel et Amélie Brien craignent notamment d’importantes complications en ce qui concerne le renfort attendu sur leur ferme de Racine, en février.

Avec cette nouvelle restriction, en plus de la crise qui sévit dans son pays, le travailleur guatémaltèque qui amorce un nouveau contrat à la ferme Mylixy, Cesar Augusto Hortiz Hernandez, ignore si et quand il sera en mesure de retrouver son emploi au Québec. Actuellement, c’est sa fille de 19 ans, Mariah Victoria Ortiz Larios, qui occupe le poste depuis sept mois. Ceux-ci se relaient pour des périodes de plusieurs mois afin de mieux subvenir aux besoins de leur famille toute l’année durant.

« C’est un poste de 50 h par semaine, explique Amélie Brien. Nous, on en fait habituellement 60, alors quand notre travailleur n’est pas là, on doit se séparer ses heures en plus. Puis avec eux, si on a une réunion ou quelque chose d’important, on peut décaler leur congé sans problème. Leur horaire est beaucoup plus facile à manier que celui d’un travailleur québécois qui veut faire des semaines plus courtes ou qui veut avoir des congés en même temps que son entourage. »

« Eux sont isolés, et plus ils ont d’heures, plus ils sont heureux », complète son père Michel Brien, qui est aussi vice-président de l’UPA-Estrie.

En entrevue, Mme Ortiz Larios explique que son père, qui vit dans des conditions assez modestes au Guatemala, doit parcourir un total de 4 h de route pour aller effectuer son test de dépistage en prévision de l’embarquement. Il devra ensuite espérer recevoir un résultat positif à l’intérieur de la fenêtre de 72 heures accordée par le gouvernement canadien pour pouvoir monter dans l’avion.

Le Guatemala compte toujours une dizaine de milliers de cas de COVID-19 actifs et le pays a rouvert ses aéroports en septembre dernier, après six mois de fermeture des frontières. Mme Brien craint d’ailleurs que ceux-ci ne fassent à nouveau l’objet d’une fermeture, ce qui apporterait son lot de stress supplémentaire.

« Je comprends pourquoi ça a été fait [le dépistage obligatoire], mais je pense qu’ils auraient pu le planifier et faire en sorte que ça nous affecte moins, avance-t-elle. Le gouvernement fait les affaires au jour le jour et n’a pas vraiment pensé au secteur agricole. Ça fait depuis le mois de mars qu’on sait qu’il y a des complications et que c’est plus difficile pour les travailleurs étrangers, qu’ils ont des réalités de vie très différentes de nous. Il doit déjà faire une quarantaine en arrivant et de toute façon, il a le temps d’être contaminé entre son test et son arrivée. Pourquoi ne pas plutôt faire le test à son arrivée ici ? »

« Peur de perdre son emploi »

« Mon père aime travailler ici. Il a peur de perdre son emploi et de se faire remplacer s’il met trop de temps à venir », confie en espagnol Mme Ortiz Larios, dont les propos sont traduits par son employeure.

« Leur plus grand stress pour le moment est de pouvoir nourrir leur famille, car ce n’est pas donné à tout le monde là-bas et plusieurs n’ont plus de logement car ils sont dans l’impossibilité de payer leur loyer. Le transport est aussi un stress pour lui », poursuit Mme Brien, qui correspond également régulièrement avec M. Hortiz Hernandez.

Pour tous les quatre, il s’agit d’un impossible casse-tête. Le départ de la jeune Guatémaltèque, qui a très hâte de retrouver les siens, a déjà été repoussé du 18 janvier au 1er février. Mais pour la suite, les agriculteurs s’attendent à devoir faire sans aide pendant plusieurs semaines.

« On voulait leur laisser une semaine pour qu’ils se voient tout le monde ensemble au Guatemala et on s’était préparés à trois semaines sans eux, comme il doit faire une quarantaine de 14 jours à son arrivée, mais ce ne sera sûrement pas possible. On n’est vraiment pas certains s’il pourra arriver à la date prévue, et il n’y a pas beaucoup de vols non plus qui se font en ce moment. »

La députée de Compton-Stanstead et ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, assurait la semaine dernière travailler activement sur le dossier et en faire une priorité.

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune