Des tambours rassembleurs

·4 min read

Le tambour autochtone est un objet sacré pour les Premières Nations; il était donc tout naturel pour Nathan McMartin d’introduire des ateliers de fabrication de ces percussions au sein de la communauté algonquine de Timiskaming First Nation. En plus de perpétuer les traditions culturelles, ces ateliers représentent un lieu d’échange important pour des groupes de femmes, d’hommes et d’adolescents.

Au départ, Nathan McMartin, coordonnateur culturel au centre de santé de la communauté, cherchait des façons de mettre sur pieds un lieu de rencontre pour des pères. Au milieu de plusieurs idées, celle de donner l’opportunité à ces hommes de créer leur propre tambour lui est apparue. « C’est spirituel et vraiment gratifiant à fabriquer », mentionne monsieur McMartin, qui a appris de son grand-père dans l’enfance. « Il existe beaucoup de programmes dans la communauté pour les enfants et les femmes », ajoute-t-il. C’est pourquoi il était important pour lui d’offrir des activités dédiées à la gent masculine.

En petits groupes, des discussions plus profondes se font entendre. « Les hommes sont perçus comme ne devant pas montrer d’émotions et devant tout encaisser. Quand les hommes se rassemblent (en grand groupe), ça ne sort toujours pas. » Mais quand ils sont un à un, ils s’ouvrent davantage, observe Nathan McMartin. En ayant des groupes d’une dizaine de personnes chacun, les échanges se font naturellement. Il compte faire avec ses groupes masculins d’autres activités culturelles à leur goût, comme la fabrication de raquettes ou de rattle, un autre type de percussion. « Tout ça, c’est surtout pour redonner aux hommes de la communauté et que ce soit bénéfique pour leur santé mentale », souligne le coordonnateur.

En décembre dernier, il a organisé un atelier de fabrication de tambour pour les femmes de la communauté, qui ont été nombreuses à répondre à l’appel. Une trentaine de tambours ont été conçus ce jour-là à l’aréna de Notre-Dame-du-Nord, dans le respect des consignes sanitaires. Pour tous les ateliers donnés par le Timiskaming First Nation Health and Wellness Centre, les membres n’ont qu’à se présenter et le matériel est fourni. La plupart confectionnent un tambour pour la première fois de leur vie.

Pour les ateliers, Nathan McMartin se procure des trousses pour faciliter l’assemblage de l’instrument. En d’autres cas, la partie la plus longue à travailler se trouve au niveau du cuir. La peau d’orignal est celle qu’on tanne le plus chez les Premières Nations pour la création d’un tambour. Le cercle qui donne la forme de la percussion est fait de frêne noir ou de tout autre bois tendre. Pour faire tenir le cuir et le bois ensemble, des attaches et des nœuds sont nécessaires. La personnalisation se situe à cette étape-ci, avec la possibilité de créer différents modèles d’attaches, tous plus significatifs les uns des autres.

Après la fabrication, ceux-ci devront « réveiller le tambour » et s’approprier cet objet sacré en priant au cours d’une cérémonie nommée la Drum Birthing. Un lien unique entre l’objet et le propriétaire se formera alors. C’est principalement lors de cérémonies que les personnes autochtones pratiquent le tambour, mais Nathan McMartin espère que la création d’un instrument personnalisé donnera l’envie à ses pairs d’utiliser leur percussion quand bon leur semble, sans devoir attendre lors d’un pow-wow, par exemple.

Ces activités sont nécessaires pour le maintien de la culture et de la spiritualité au sein des communautés autochtones. « Il y a plus de 60 ans, les cérémonies et tout ce qui avait trait à la culture étaient illégaux. C’était contre la loi de pratiquer notre culture. Quand le droit est revenu, les gens se sont souvenus de ces cérémonies et maintenant, c’est le travail de notre génération de ramener ces pratiques à la maison », relève Stephanie McMartin, conjointe de monsieur McMartin.

Pour l’instant, les ateliers sont mis sur pause en raison des mesures plus restrictives occasionnées par la deuxième vague de COVID-19. Le coordonnateur culturel se réjouit toutefois déjà d’organiser d’autres activités afin de répondre à la demande pour l’année à venir.

Bianca Sickini-Joly, Initiative de journalisme local, Reflet Témiscamien (Le)