Des temps inquiétants pour les agriculteurs de la Mauricie

Boris Chassagne, Initiative de journalisme local
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Les derniers mois ont été éprouvants pour les agriculteurs de la Mauricie. La sécheresse printanière, la pandémie et les pénuries de main-d’œuvre ont miné les récoltes et les finances des fermes de toute la région.

La pandémie, les restrictions au départ des travailleurs temporaires étrangers, les quarantaines et le manque chronique de main-d’œuvre ont amputé les récoltes, rapporte Jean-Marie-Giguère, président de l’UPA Mauricie, qui en avait long à nous raconter. « Seulement 70 % des postes [temporaires] ont été comblés sur les fermes ».

Les travailleurs étrangers arrivaient au compte-gouttes, jusqu’en septembre. « Il y en a qui ont perdu entre 20 et 30 % de leurs récoltes. D’autres ont moins semé n’ayant pas assez d’employés à portée de main », ajoute M. Giguère.

Et la campagne J’y vais sur-le-champ, lancée au printemps et invitant les Québécois à travailler dans les fermes du Québec pour combler les manques, a été un désastre : « Sur les 700 personnes qui ont levé la main en Mauricie, une centaine se sont rendus jusqu’aux champs après la sélection du Centre d’emploi agricole de la Mauricie. De ce nombre, 80 % ont fait la saison. C’est inquiétant pour l’année prochaine, constate M. Giguère. « Nos producteurs maraichers ont eu une saison décevante. On pouvait suffire à la demande, mais il y en a qui n’ont pas pu ramasser tous leurs champs.»

L’assurance-récolte, un luxe pour plusieurs

L’assurance-récolte est un luxe que plusieurs fermiers et fermières du Québec n’ont pas pu se payer. En Mauricie, seules 30 % des fermes sont assurées, dit M. Giguère.

«Au total, 40 % des 1100 fermes de la Mauricie sont de petites tailles. Elles ne peuvent se permettre de s’assurer. Il y a à peine dix ans, on avait presque 600 fermes laitières. Il en reste 240 », s’inquiète M. Giguère.

À ce mauvais mélange, on ajoute le prix des balles de foin qui a presque doublé, pour atteindre les 100$.

« La sécheresse ce printemps a été très néfaste. Les producteurs laitiers et de bouvillon ont manqué de foin. La première et la deuxième coupe ont été difficiles. Les choses se sont rétablies à la troisième, explique le président de l’UPA Mauricie. Certains se sont rabattus sur l’ensilage de maïs pour passer l’hiver. Le monde se retourne à ramasser de la fibre de soya. Moi je n’ai jamais vu ça ».

«Puis, il pleut depuis un mois. Le soya est normalement battu un peu partout. Mais là, 60 % du soya est encore debout. Il ne faudrait pas que la pourriture se mette là-dedans. C’est une saison en dents de scie, on ne baisse pas les bras ».

La politique vue comme un handicap

« Vous savez quand la politique gère l’ensemble de l’agriculture, ça a des impacts qui ne sont pas toujours positifs. On a demandé au gouvernement Québec d’adapter ses programmes en fonction des nécessités. C’est très compliqué au niveau de la Financière Agricole, qui est un bras du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec ». Il faut, selon M. Giguère, mettre en branle une couverture de risque adaptée pour les fermes du Québec.

« Des agriculteurs se demandaient s’ils allaient mettre en terre 300 000 $ de semences, sans savoir s’ils auraient la main-d’œuvre! Mettez-nous un parapluie, si on n’est pas capables de récolter ? Le gouvernement a refusé », dit-il.

La saison a été difficile et elle l’est encore: « On travaille sur la saison du printemps 2021 avec ce nuage de COVID au-dessus de nos têtes. Si on veut réduire nos dépendances envers les autres pays, il faut avoir un but qu’on est capable d’atteindre que ce soit dans 5, 10 ou 15 ans. On est rendus là, il ne faut pas baisser les bras. Ce qui me chagrine, c’est les petites fermes qui y arrivent plus », conclut Jean-Marie Giguère.

Boris Chassagne, Initiative de journalisme local, La Voix du Sud