Des vignobles et des vergers, de la Roumanie à Mont-Saint-Grégoire

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Portrait de Dragos Iuroaia, le pomiculteur roumain derrière le verger biologique Les Domaines Roka, au mont Saint-Grégoire.

Du plus loin qu’il se souvienne, Dragos Iuroaia rêvait de quitter son bercail pour partir à la découverte de nouveaux horizons. Propriétaire fondateur du verger biologique Les Domaines Roka, en Montérégie, depuis 2012, le père de famille de 48 ans originaire de la région de la Moldavie, au nord-est de la Roumanie, cultive aujourd’hui dix variétés de pommes et fabrique plusieurs produits dérivés, exauçant ainsi son rêve d’enfance d’exploiter une ferme.

« Depuis que j’avais 5 ou 6 ans, je rêvais d’émigrer vers un autre pays et d’avoir une ferme », raconte l’entrepreneur arrivé au Québec avec sa femme et son enfant aîné en 2005. M. Iuroaia est né à Iași, « la ville des 7 collines », deuxième plus grand centre urbain du pays après Bucarest avec une population de plus de 300 000 habitants. Centre culturel, économique et universitaire aujourd’hui, Iași fut la capitale de la Roumanie lors de la Première Guerre mondiale, entre 1916 et 1918.

M. Iuroaia est diplômé de l’Université des sciences agricoles et de la médecine vétérinaire Ion Ionescu de la Brad. Avant de se lancer dans sa trajectoire entrepreneuriale au Québec, il a travaillé dans plusieurs entreprises agricoles, chez lui comme dans la Belle Province, dont le réputé vignoble Cotnari, qui produit « le meilleur vin de la Roumanie ».

C’est au mont Saint-Grégoire, à l’angle du rang de la Montagne et du chemin du Sous-Bois, que le viticulteur et œnologue saisit l’occasion de louer les terres du Centre d’interprétation du milieu écologique du Haut-Richelieu, pour établir son verger biologique il y a bientôt neuf ans.

Une production tout au long de l’année

Le calme règne sur le domaine de cinq hectares, quelques heures après le passage d’une tempête de neige qui a soufflé un nouveau manteau blanc sur les centaines de pommiers alignés à flanc de montagne. De minuscules flocons de neige se faufilent encore parmi les rangées de pommiers endormis, les mêmes qui regorgeaient de fruits aux tons d’écarlate quelques mois auparavant.

Un arôme doux, fruité et vinaigré à la fois est perceptible à l’intérieur de la bâtisse où M. Iuroaia entrepose des milliers de pommes et des dizaines de barriques de bois contenant du jus de pomme biologique en processus de fermentation pour la prochaine production du vinaigre de cidre. Pour réussir son vinaigre à saveur fruitée et acidulée, il doit laisser fermenter le jus entre deux et quatre ans avant l’embouteillage.

« Le frigidaire est plein, toutes mes commandes de pommes sont prêtes à partir », lance-t-il, en ouvrant la porte de la chambre froide située tout près de la boutique de produits à l’accueil pour dévoiler l’intérieur. Il poursuit expliquant qu’après la récolte, il sélectionne chaque fruit qu’il vend, car les pommes biologiques ne sont pas toutes parfaites.

« Je sépare celles de deuxième qualité pour les transformer ensuite en produits bios dérivés, soit du jus de pomme pressé à froid, du vinaigre de cidre, de la purée et des pommes séchées », précise le pomiculteur grégorien, dont les produits détiennent la certification bio ECOCERT Canada depuis 2014.

Au moment de notre rencontre, près de 1200 kilos de pommes emballées dans plus de 80 boîtes attendaient d’être ramassées et distribuées à une clientèle de marchés d’alimentation et de restaurateurs situés à Montréal, Sherbrooke, Bromont, Saint-Jean-sur-Richelieu, Vaudreuil, Côteau-du-Lac et Victoriaville. « Mes produits font aussi partie des paniers bios distribués à travers la province par plusieurs organismes, notamment les paniers bios du Réseau des fermiers de famille, une initiative d’Équiterre », ajoute-t-il.

M. Iuroaia est également membre de la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (CAPE). Fondé par des producteurs agricoles, cet organisme a pour but de mettre de l’avant l’agriculture biologique et écologique réalisée en circuits courts.

De la musique pour les pommes

Ayant passé de nombreuses années à travailler dans le domaine de l’agriculture, M. Iuroaia affirme avoir une affection particulière pour les plantes. Il est convaincu que la musique contribue à les rendre plus résistantes aux maladies et à stimuler leur développement. « L’été, je fais jouer de la musique symphonique dans mon verger, car cela est très bénéfique pour les arbres », soutient-il.

« Ça nous fait du bien lorsque nous assistons à un concert de musique classique. Les plantes sont des êtres vivants elles aussi, alors c’est pareil pour elles », renchérit-il en souriant. M. Iuroaia croit également que la voix et l’énergie humaines ont une influence sur leur bien-être. « Je suis souvent tout seul au verger, alors j’en profite pour parler à mes arbres. J’aime beaucoup la philosophie autour des plantes, elles ont leur intelligence propre ainsi qu’une grande capacité d’adaptation, il suffit de bien les guider », insiste-t-il.

« Les gens me disent souvent que je travaille beaucoup, car je fais tout par moi-même au verger, mais j’aime beaucoup ce que je fais ! » s’exclame-t-il, précisant que, si la main-d’œuvre se fait disponible, il emploie un à trois travailleurs journaliers pour avoir un coup de main pendant la récolte. « La plupart du temps, je suis seul, mais j’aime cela, car je réfléchis en même temps que je travaille. Quand je taille mes arbres par exemple, je pense au reste de choses que je dois faire ou à mes projets à venir », confie M. Iuroaia.

Karla Meza, Initiative de journalisme local, Le Devoir