Des vins que les clients s’arrachent

Cynthia Laflamme, Initiative de journalisme local
·4 min read

Le raisin n’a jamais été aussi beau, la récolte aussi substantielle, et les bouteilles n’ont jamais été vendues aussi rapidement. Le Vignoble les Pervenches, à Farnham, a connu une année exceptionnelle, malgré la pandémie qui s’est abattue sur le Québec.

Environ la moitié des bouteilles de vin du vignoble de Farnham sont vendues à des particuliers, tandis qu’entre 35 % et 40 % sont réservés aux restaurateurs; le reste sera envoyé aux épiceries. Il n’aura fallu qu’une dizaine de minutes pour écouler tout l’inventaire réservé aux particuliers, en mai, lorsque le couple propriétaire Véronique Hupin et Michael Marler a mis le lien pour la mise en vente dans une infolettre.

Le succès du couple a été souligné à la séance des maires de la MRC Brome-Missisquoi par Denis Beauchamp, directeur du développement économique au CLD.

« C’est notre 21e année et il y a des gens qui nous suivent depuis longtemps », confie Mme Hupin en entrevue.

Et il fallait bien connaître les vins et ses besoins pour passer sa commande avant que l’inventaire ne se vide. Mme Hupin a reçu des courriels dans lesquels on lui racontait qu’il était impossible de payer... parce qu’il ne restait plus rien. L’inventaire s’écoule toujours, mais ça n’a jamais été aussi rapide.

« Pour démarrer la saison, en mai, on a fait une infolettre pour nos clients privés et tout s’est vendu. Il y avait un gros engouement pour le local, le québécois. On était encore au début de la pandémie, mais les choses se plaçaient, se souvient-elle. J’avais un stress, à un moment donné, que les gens n’aient plus d’argent pour consommer. Et les vins qu’on vend, ce n’est pas du vin bon marché qu’on achète pour boire tous les soirs. »

Un engouement rassurant puisqu’à ce moment-là, les restaurants étaient fermés. Ceux-ci ont pu rouvrir le 15 juin, en région, et le 22 juin à Montréal. L’avenir était donc incertain.

Budget investi ailleurs

Par contre, elle a constaté que la fermeture des restaurants durant le confinement a fait en sorte que les consommateurs avaient plus d’argent dans leur portefeuille pour dépenser autrement.

« Je pense qu’il y a eu de cet effet-là. Les particuliers avaient cette envie d’encourager les petites entreprises locales. »

Le vignoble, qui produit entre 19 000 et 20 000 bouteilles annuellement, a profité de la pandémie pour mettre plus de temps sur le développement de la vente en ligne. La vente aux particuliers se faisait déjà d’un écran à l’autre, mais les techniques se sont affinées.

Deuxième fermeture

Lorsqu’ils ont pu rouvrir, les clients restaurateurs ont acheté les bouteilles qu’ils avaient réservées au préalable.

On lui a confié que ses bouteilles avaient un effet d’attraction pour vendre des repas à manger sur place ou pour emporter. Les restaurateurs ont baissé leur prix de vente des bouteilles, ce qui a eu pour effet d’attirer la clientèle.

Septembre est un mois durant lequel une deuxième vague de bouteilles, plus vieillies, est mise en vente. La fermeture de restaurants, selon les régions, à la fin du mois a cependant eu un petit impact. « On voit que les restos sont un peu plus à bout de souffle. Il y a des restos qui ferment définitivement », se désole Véronique Hupin.

Elle fait son possible pour accommoder ses fidèles clients et leur réserve de ses produits. Il lui sera toujours possible de contacter des épiceries pour y vendre les bouteilles restantes, le cas échéant.

Plus grosse production de son histoire

Pendant l’entrevue téléphonique, Véronique Hupin était au milieu de ses vignes pour la taille de fin de saison.

« C’est une année mémorable parce que la saison a été magnifique. Ça va être un millésime très très beau, se réjouit-elle, tout en ayant une pensée pour ses clients restaurateurs qui en arrachent. Ce sont les plus beaux raisins qu’on aura récoltés en 21 ans. »

La cave du petit vignoble est remplie de ces raisins qui promettent une saison 2021 tout aussi intéressante. Elle invite entre-temps les consommateurs à manger au restaurant cet hiver pour leur éviter une autre période creuse.

Cynthia Laflamme, Initiative de journalisme local, La Voix de l'Est