À Edmonton, le festival bilingue Le Canoë volant revient sur la trace des francophones de l’Ouest

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L’événement est tiré d’un conte français devenu québécois.

Le festival d’hiver bilingue Le Canoë volant, ou Flying Canoë, a fait son envolée pour la neuvième année consécutive cette semaine à Edmonton. La légende de La chasse-galerie, un conte d’origine française devenu franco-canadien sous la plume d’Honoré Beaugrand, est une histoire grandeur nature qui a attiré, pour l’occasion, tout le Grand Edmonton et qui témoigne des origines des francophones de l’Ouest canadien.

« Le Canoë volant, c’est une célébration de lumières, de notre histoire, de nos traditions, de l’histoire de l’Ouest franco-canadien », raconte fièrement Daniel Cournoyer, fondateur de ce festival et directeur de la Cité francophone, dans le quartier français d’Edmonton. Un conte qui rassemble l’histoire de trois peuples fondateurs : Autochtones et Métis, Canadiens français et Anglophones.

Le Canoë volant, devenu le symbole du festival, est le point de départ d’une légende intitulée La chasse-galerie, originaire du Poitou, en France. Sa première version québécoise a été publiée en 1892.

Au Québec, la légende raconte qu’un groupe de bûcherons passa un pacte avec le diable afin de rejoindre leur bien-aimée le soir de la Saint-Sylvestre, à bord non pas d’un tapis volant, mais bien d’un canoë volant. En échange, ils ne devaient, sous aucun prétexte, blasphémer, boire ou encore toucher le clocher d’une église, et revenir avant l’aube, sous peine de perdre leur âme. Bien entendu, les choses ne se déroulèrent pas ainsi et l’histoire raconte qu’ils continuent , encore jusqu’à aujourd’hui, à errer pour l’éternité…

« Comme dans toute légende à tradition orale, nous avons décidé de raconter notre propre version de la chasse-galerie. Les gens du Québec connaissent bien cette histoire traditionnelle, et nous, nous l’avons adaptée à notre réalité. Dans notre version, ce ne sont pas des bûcherons, mais bien des voyageurs », précise M. Cournoyer. Un détail qui fait tout une différence et qui apporte un élément d’identification dans l’histoire des francophones de l’Ouest.

En effet, ici, le conte de la chasse fantastique se mêle savamment avec l’histoire et l’héritage des premiers Canadiens français souvent méconnus dans ce coin du pays, déplore Daniel Cournoyer. Selon lui, cela mériterait d’être démystifié.

« Quand on regarde les noms métis, la majorité sont des noms francophones comme Lachance, Majot. Ces familles sont venues de l’est du pays, il y a 200 ans. Il y a une longue histoire de francophones à l’ouest du Québec, de l’Ontario, du Manitoba, mais moi si je suis là, c’est parce que mes arrière-arrière-grands-parents sont arrivés en 1891 », relate-t-il.

D’habitude, ce chapitre de l’histoire de l’Ouest est raconté aux enfants, lors d’ateliers scolaires pendant le festival. On y explique que des voyageurs, venus de l’Est, étaient restés dans l’Ouest, épris d’une jeune Autochtone. Ils décidèrent de s’installer en se mettant à leur compte, bien que leur contrat fût terminé avec les compagnies de traite de fourrures telle la Baie d’Hudson.

« Les premiers voyageurs étaient des francophones de l’est du pays, des guides qui travaillaient étroitement avec les peuples autochtones. Cette volonté de bâtir une communauté ensemble, on l’a perdue, car le temps de la réconciliation n’est pas fini », pointe M. Cournoyer.

D’habitude, le Canoë volant, qui se termine samedi, présente un grand nombre d’activités et d’ateliers. En raison de la pandémie, le festival a dû restreindre le nombre de ses participants. « L’an dernier a été une année record, avec plus de 60 000 personnes. Cette année, avec les restrictions, on mise autour de 12 000 en 6 soirs, et non pas 3 », prévoit-il. La date a aussi été reportée au mois de mars, au lieu de février. Le directeur n’a pas voulu prendre trop de risques. « Après les Fêtes de Noël, les dates étaient trop proches », explique-t-il.

Malgré tout, la poésie et la magie de la Chasse-galerie opèrent toujours dans le ravin de Mill Creek, même si l’interaction avec le public n’est pas possible. L’emphase a été mise sur les sons et les images. Les festivaliers ont pu, le long du chemin, découvrir des animations ainsi que des tentes de trappeurs. En haut du ravin, le décor était bien planté. On pouvait découvrir des tipis géants se dresser au cœur d’un village autochtone, logé en plein cœur du ravin.

Des projections vidéo montraient des artistes locaux interprétant, au son de leurs guitares et de leurs violons, des ballades franco-canadiennes de leur répertoire. Un festival de nuit qui n’a rien perdu de sa magie.

Hélène Lequitte, Initiative de journalisme local, Le Devoir