En Alberta, le syndicat des enseignants se bat pour récupérer le contrôle de leurs fonds de retraite

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Les 19 milliards de dollars de leurs fonds de pension sont désormais sous l’égide du gouvernement provincial.

Le syndicat des enseignants de l’Alberta compte bien récupérer le contrôle de leurs fonds de pension, en poursuivant en justice le ministre des Finances, Travis Toews. L’objectif : suspendre un décret ministériel donnant un droit de veto au gouvernement sur la gestion de leur régime de retraite.

« Le manque de consultation est aberrant », dénonce Philippe Bresee, enseignant à l’école Notre-Dame-des-Monts, à Canmore. M. Bresee n’est pas le seul à s’insurger contre l’arrêt ministériel, déposé le 23 décembre et permettant à l’Alberta Investment Management Corporation (AIMCO), le gestionnaire des fonds de pension publics dans la province, d’imposer un veto sur tous changements concernant le régime de retraite des enseignants de la province.

Le 26 janvier, le syndicat des enseignants, l’Association des enseignants de l’Alberta, a décidé de riposter. « Le Conseil exécutif provincial de l’Association des enseignants de l’Alberta a voté à l’unanimité afin d’engager une action en justice contre l’arrêté ministériel du ministre des Finances, Travis Toews, qui réduit le contrôle des investissements des fonds de retraite des enseignants. »

D’habitude, les décisions d’investissement pour le régime de pension des enseignants sont gérées de façon indépendante. Le gouvernement cherche à supplanter l’Alberta Teacher’s Retirement Fund (ATRF), qui gère officiellement tous les fonds de retraite des enseignants de l’Alberta pour AIMCO.

Une nouvelle qui a pris de court le corps enseignant juste après Noël. Bien que des négociations fussent déjà sur la table, depuis un an et demi, entre l’ATRF) et AIMCO, il n’avait jamais alors été question d’un droit de veto.

La saga des fonds de pension albertains

Tout a débuté en novembre 2019, quand le gouvernement avait annoncé un projet de loi 22 visant à transférer tous les avoirs des régimes de retraite des enseignants sous l’égide d’AIMCO. Ce qui avait déjà occasionné un mécontentement général et certaines inquiétudes. Le Régime de retraite des enseignants détient près de 19 milliards de dollars.

« N’étant pas en mesure de trouver un terrain d’entente sur les stratégies d’investissements, le ministre Toews a tranché, c’est l’Alberta Investment Management Corporation qui décide », déplore Robert Mazzotta, coordinateur des services emploi et bien-être des enseignants du syndicat des enseignants (ATA).

Selon Charlotte Taillon, l’attachée de presse du ministre des Finances, « comme aucun accord n’a été conclu, même dans les mois qui ont suivi la date limite, l’arrêté ministériel était nécessaire comme mesure temporaire pour garantir que le plan de pension reste géré de manière appropriée », justifie-t-elle.

Depuis, les enseignants ont mis en place une campagne intitulée Hands off my pension. « Ils ont déclaré que nous continuerions à contrôler la manière dont notre argent est investi. Mais nous avons été trahis. Une promesse a été faite, mais n’a pas été tenue », peut-on lire.

En effet, cette décision va à l’encontre d’une déclaration du 7 novembre, fait par le ministre Toews : « Le conseil d’administration de l’ATRF restera maître de la manière dont les fonds de pension sont investis à un niveau stratégique et conservera la propriété des actifs du régime. En d’autres termes, AIMCO investira selon les politiques fixées par le conseil d’administration de l’ATRF. »

Climat de suspicion

Aujourd’hui, cette nouvelle configuration, selon laquelle AIMCO décide, laisse la porte ouverte à la suspicion et aux spéculations. « Ce que tout le monde pense, c’est qu’en reprenant le contrôle, ça permet au premier ministre de récupérer la liquidité pour aller faire fonctionner le domaine pétrolier. Ils ont fait des paris sur des pipelines comme Keystone XL. Est-ce qu’on va se retrouver le bec dans l’eau au moment de la retraite ? » questionne, l’enseignant de Canmore, Philippe Bresee.

L’autre ombre au tableau porte sur la fiabilité des investissements réalisés ces derniers temps par le gestionnaire des fonds de pension publics AIMCO.

Ce dernier a déclaré publiquement, en avril 2020, avoir perdu 4 milliards de dollars dans des investissements volatils concernant d’autres régimes de retraite. Philippe Bresee s’indigne : « ATRF a eu, sur les 10 dernières années, des résultats qui dépassaient ceux d’AIMCO. »

L’attachée de presse Charlotte Taillon affirme de son côté que l’arrêté ministériel était temporaire. « Une fois que les parties se seront mises d’accord sur un accord final de gestion des investissements, l’arrêté ministériel ne sera plus en vigueur », a-t-elle assuré.

Hélène Lequitte, Initiative de journalisme local, Le Devoir