Femmes au pouvoir

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Seulement trois femmes siègent en tant que cheffe dans les 10 communautés d'Eeyou Istchee et moins de 35 % des postes de conseillers sont occupés par les femmes. Il est cependant permis de croire que la parité se construit progressivement.

"La force d'un homme dépend de celle de la femme derrière lui", dit avec un brin d'ironie la présidente de l'Association des femmes cries d'Eeyou Istchee, Stella Bearskin. Elle souligne que, sans les tâches modestes accomplies par des femmes, plusieurs organisations ne fonctionneraient pas.

Mme Bearskin considère néanmoins que les femmes doivent être mieux représentées dans tous les postes clés des organisations de la nation crie. « Avant la colonisation, analyse-t-elle, les femmes décidaient de beaucoup de choses. » C'est la religion qui a détruit cet équilibre "important pour la survie de la famille et de la communauté".

"Nous nous battons encore pour l'égalité en tant qu'organisation, pour qu'il y ait une autre voix au niveau politique", souligne Stella Bearskin.

Un progrès

Elle considère néanmoins qu'il y a un progrès depuis quelques années. "Il y avait plus de conflits avant, dit-elle. Maintenant nous apprenons à propos de la résolution de conflits, nous apprenons à mieux communiquer. Je vois moi-même le changement depuis 10 ans. On nous invite dans les rencontres du gouvernement cri. Je suis là, je parle de mes préoccupations. Dans le passé, il n'y avait pas ça. Je vois les changements, très lents, mais ça arrive."

Pour que les femmes puissent occuper les postes qui leur reviennent dans l'appareil politique cri, la présidente considère qu'il faut leur procurer un espace sécuritaire où exprimer leurs préoccupations. "Ce sont les hommes qui doivent créer cet espace, précise Stella Bearskin. [...] Nous devons apprendre à travailler ensemble. Ce n'est pas à propos de qui est plus important, de qui est moins important. C'est à propos de la qualité et de l'équité."

Une première

En aout 2020 avait lieu un évènement historique à Chisasibi alors que, pour la première fois dans l'histoire de la communauté, les postes de chef et de chef adjoint étaient dévolus à des femmes, soient Daisy House et Paula Napash.

Mme House recevait 83 % des votes et devenait la seconde femme à être mairesse du lieu, après Violet Pachanos, qui avait déjà siégé comme grande cheffe adjointe du Grand Conseil des Cris. Mme House avait elle-même déjà décliné la proposition d'occuper ce poste dans le passé parce qu'elle voulait donner la préséance à un fils en bas âge.

Par contre, elle a été cheffe adjointe de Chisasibi durant 13 ans.

Mme House, qui a une maîtrise en éducation et a longtemps travaillé dans ce domaine, dit qu'il lui a fallu du temps avant de trouver sa zone de confort en politique. " J'avais le sentiment de ne pas être à ma place, révèle-t-elle. Mais je me suis mise à rencontrer des gens, comme le ministre des Affaires autochtones. Geoffrey Kelley, [...] qui avait enseigné au cégep, et le maire d'Amos, Ulrick Chérubin [...] qui avait été professeur."

Ces rencontres ont rassuré Daisy House sur sa nouvelle orientation de carrière. "Je me suis dit : « D'accord, je peux faire ça. » J'ai commencé à me sentir à ma place et je n'ai jamais regardé en arrière, même s'il y a des défis."

Écoute et carapace

Daisy House considère que le leadership, c'est l'écoute. "Et tu fais ce que tu peux avec ce que tu as, dit-elle. [...] Tu veux leur donner le monde, mais tu ne peux pas, tu as des limites. Et c'est la partie la plus dure du travail. Je devais dire : "Non, il n'y a pas de logement disponible, etc. [...] Je me sentais détestée."

Elle dit avoir appris à se forger une carapace.

La nouvelle cheffe de Chisasibi affirme ne pas souvent avoir été confrontée en tant que femme dans le milieu politique. " Ça n'arrive pas souvent, dit-elle. [...] Nous avons beaucoup de respect en tant que femmes leaders. Mais tu le sais quand ils pensent que tu es une femme."

Vas-y

La cheffe souligne le changement de mentalités chez les hommes et le support de son mari, qui s'est absenté du travail pour s'occuper de leur enfant de six mois pendant qu'elle poursuivait sa carrière politique. "Il a tellement aimé ça qu'il étirait son absence du travail!", se rappelle-t-elle.

S'il y a peu de postes de chef occupés par les femmes en Eeyou Istchee, Daisy House souligne qu'elles en occupent beaucoup d'autres, par exemple dans le conseil scolaire, en santé, etc. Elle ne voit pas d'empêchement à ce que les femmes cries se lancent en politique.

"C'est aux femmes de faire les démarches, assure-t-elle. Tu as un intérêt, vas-y."

Denis Lord, Initiative de journalisme local, La Sentinelle