Fibre optique: les frustrations aboutiront à l’Internet par satellite étranger, redoute Gilles Bélanger

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TECHNOLOGIES. Le député d’Orford Gilles Bélanger, adjoint parlementaire du premier ministre Legault en matière d’Internet haute vitesse, estime que si les entreprises canadiennes ne trouvent pas de compromis pour accélérer les branchements, l’offre satellitaire étrangère pourrait accaparer le marché.

Face à l’avantage concurrentiel dont les propriétaires des infrastructures de soutènement disposent, les fournisseurs ne parviennent pas à étendre leur réseau dans les zones rurales. Au début de l’année, des organismes tels que Maskicom en Mauricie se plaignaient des tracasseries pour l’obtention des droits d’accès aux poteaux des grands groupes des télécoms dans la MRC de Maskinongé. Entre les délais excessifs, les coûts supplémentaires pour le traitement des dossiers et la remise en état des infrastructures négligées, ils perdent du temps et de l’argent.

«Quels que soient les montants consentis, si nous n’avons pas accès aux poteaux, nous ne pourrons pas avancer dans les travaux de déploiement», soutient-on chez Targo communications en Estrie.

«Il faut s’asseoir avec les gros joueurs, il y’a un risque qu’on perde tout ce marché à la faveur d’un joueur américain qui arrive avec un satellite sur orbite basse», redoute M. Bélanger. Il affirme qu’avec les premières discussions ouvertes il y a six mois, certains projets qui traînaient dans les tiroirs depuis trois ans ont pu voir le jour. Plusieurs initiatives et notamment le mémoire de la Fédération québécoise des municipalités au conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC) ont fait bouger les lignes. Entreprises privées et sociétés d’État se concertent pour «accélérer le traitement des demandes d’accès aux infrastructures de soutènement logées par des tiers», mais il faut faire vite. On retrouve autour de la table des représentants d’Hydro-Québec, de Bell Canada, de Télébec, de Telus et du ministère de l’Économie.

«Ça fait 10 à 20 ans qu’on en parle, mais on n’a jamais sérieusement adressé la question», avance le député d’Orford, déplorant le fait que certaines commissions scolaires ou municipalités déjà «fibrés» seront refinancées faute d’inventaire précis du réseau existant.

Position de monopole en toute légalité

«On ne peut pas changer les règles du jour au lendemain, certains gros joueurs pourraient encore l’emporter devant les juridictions, mais on peut en faire un enjeu de sécurité publique», plaide M. Bélanger, préoccupé par les iniquités qui rendent l’accès à Internet parfois plus onéreux dans les zones isolées.

«Si on tarde trop, il va y avoir une frustration et ce qu’on appelle le cherry picking», ajoute-t-il pour décrire l’option des branchements par satellite dont les revenus iraient dans des caisses des compagnies étrangères. Rappelons que le CRTC a récemment approuvé la demande de l’entreprise SpaceX visant à fournir Internet par satellite en orbite basse à la population canadienne en régions rurales. C’est une connexion sans fil, moins sécuritaire, en raison de l’enjeu de l’électrosensibilité que certains experts redoutent, mais son débit est d’un niveau acceptable.

Le député Bélanger est persuadé qu’avec un effort d’assouplissement dans les processus de redressement des infrastructures, les acteurs pourraient se donner 24 mois pour brancher tout le Québec. Les autorités provinciales entendent y arriver à l’horizon 2022.

L’adjoint parlementaire suggère des réflexions sur la nationalisation de certains éléments tels que le toron, un fil d’acier qui soutient les câbles, et dont l’accès n’est pas garanti aux compagnies de télécom. Il encourage les municipalités et les promoteurs d’entreprises à continuer d’envoyer leurs mémoires au CRTC pour susciter des propositions concrètes. Les géants du secteur accusés d’abuser de leurs positions de monopoles sont, dit-il, dans un fonctionnement règlementé. Il faut négocier pour aller vite.

Godlove Kamwa, Initiative de journalisme local, Le Canada Français