Trois morts dans un attentat au couteau à Nice, dans le sud de la France

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NICE, France — Un jeune Tunisien armé d'un couteau et portant un exemplaire du Coran a tué trois personnes dans une église, jeudi, dans la ville méditerranéenne de Nice, ont annoncé les autorités. Il s'agit de la troisième attaque en deux mois en France.

L'assaillant a été blessé par la police et hospitalisé après les meurtres commis à l'église Notre-Dame, à moins d'un kilomètre de l'endroit où un autre attaquant a perpétré un attentat au camion bélier dans une foule, en 2016, tuant des dizaines de personnes.

Lors d'une conférence de presse, jeudi, le procureur national antiterroriste de France a fait le point sur l'assaillant.

«Il était porteur, lors de son arrestation, d'un document sous forme d'un papier de la Croix-Rouge italienne, au nom d'un ressortissant tunisien né en 1999. Il ressort des premières investigations que cette identité est bien celle de l'auteur», a indiqué Jean-François Ricard.

Des caméras vidéo ont enregistré l'homme entrant dans la gare de Nice à 6 h 47, où il a changé de chaussures et a retourné son manteau avant de se diriger vers l'église, à environ 400 mètres de là, juste avant 8 h 30.

M. Ricard a déclaré que l’assaillant portait sur lui le livre sacré de l’islam et deux téléphones. Un couteau avec une lame de 17 centimètres utilisé dans l'attaque a été retrouvé près de lui avec un sac contenant deux autres couteaux qui n'ont pas été utilisés dans l'attaque.

Il a passé environ 30 minutes à l'intérieur de l'église avant que la police n'arrive par une entrée latérale. «Après avoir avancé dans un couloir, ils se sont retrouvés face à face avec (l'attaquant) qu'ils ont neutralisé», a rapporté le procureur.

Des témoins ont entendu l'homme crier «Allahu Akbar» alors qu'il avançait vers la police. Les policiers ont d'abord utilisé un pistolet électrique puis ont fait usage de leurs armes de service. M. Ricard a précisé que 14 douilles de balles avaient été trouvées sur le sol.

Le procureur détaillé une scène horrible à l'intérieur de l'église où deux des victimes sont mortes. Une femme de 60 ans a subi une lacération de la gorge «très profonde, comme une décapitation», a-t-il dit, et un homme de 55 ans a également subi des coupures à la gorge profondes et mortelles. La troisième victime, une femme de 44 ans, a réussi à fuir l'église vivante, mais elle est morte dans un restaurant voisin.

Les autorités ont indiqué que l'homme qui a été tué était sacristain à la basilique.

Pas connu des agences de renseignement

Les trois ont été tués «uniquement parce qu'ils étaient dans l'église à ce moment-là», a déclaré le procureur national antiterroriste aux journalistes. Il a ajouté que l'enquête tenterait de déterminer s'il y a d'éventuels complices.

En Tunisie, le parquet antiterroriste a déclaré qu'une enquête était en cours d'ouverture sur le «crime présumé commis par un Tunisien (...) hors des frontières nationales», a indiqué l'agence de presse officielle TAP.

Le procureur français a précisé que l'attaquant n'était pas connu des agences de renseignement.

C'est la troisième attaque du genre en France depuis l'ouverture, en septembre, du procès pour terrorisme lié aux meurtres commis au journal satirique «Charlie Hebdo» et dans un supermarché casher, en janvier 2015.

Arrivé à Nice jeudi en fin de journée, le président Emmanuel Macron a d'abord exprimé son soutien aux catholiques.

«C'est une nouvelle fois les catholiques qui sont attaqués dans notre pays, menacés, avant les fêtes de la Toussaint. La nation tout entière se tient à leurs côtés et se tiendra pour que la religion puisse continuer de s'exercer librement dans notre pays», a déclaré le président français.

Puis, avant d'annoncer qu'il renforcerait la présence militaire dans les rues, il a répété sa détermination.

«Si nous sommes attaquées, une fois encore, c'est pour les valeurs qui sont les nôtres, pour notre goût de la liberté, pour cette possibilité sur notre sol de croire librement et de ne céder à aucun esprit de terreur. Et je le dis avec beaucoup de clarté une fois encore aujourd'hui: nous n'y céderons rien», a-t-il lancé.

Il a terminé son court discours par un appel à l'unité.

«En France, il n'y a qu'une communauté; c'est la communauté nationale. Et je veux dire à tous nos concitoyens, quelle que soit leur religion, qu'ils croient d'ailleurs ou qu'ils ne croient pas, que nous devons dans ce moment nous unir et ne rien céder à l'esprit de division», a-t-il plaidé.

Un contexte social tendu

Il y a moins de deux semaines, un homme a décapité un enseignant français qui avait montré des caricatures du prophète Mahomet dans un cours sur la liberté d'expression. Ces caricatures avaient été publiées par «Charlie Hebdo» et citées par les hommes qui ont perpétré l'attaque pendant une réunion éditoriale du journal en 2015.

En septembre, un homme qui avait demandé l'asile en France a attaqué des passants devant les anciens bureaux de «Charlie Hebdo» avec un couteau de boucher.

Cette attaque s'est produite au milieu d'un vif débat en France et ailleurs dans le monde sur la réédition des caricatures de Mahomet.

Un Saoudien a été arrêté après avoir blessé avec un couteau un vigile du consulat français dans la ville saoudienne de Jeddah, jeudi. Un homme prêtant allégeance à un groupe anti-immigrés a également été abattu par la police dans la ville d'Avignon, dans le sud de la France, et des affrontements épars ont été signalés ailleurs, mais on ne sait pas s’ils étaient liés à l'attaque de Nice.

Le chef de la police nationale française avait ordonné une sécurité accrue dans les églises et les mosquées plus tôt cette semaine, mais aucun policier ne semblait garder l'église de Nice lorsqu'elle a été attaquée, et les journalistes de l'Associated Press n'ont vu aucune force de sécurité visible dans plusieurs lieux religieux importants de Paris. Les églises françaises ont été plusieurs fois attaquées par des extrémistes ces dernières années. Les meurtres de jeudi précèdent la fête de la Toussaint.

The Associated Press