Gestion des déchets : une multiplateforme qui se veut exemplaire

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Gestion des déchets : une multiplateforme qui se veut exemplaire

Ce mardi soir, les citoyens des MRC de La Mitis et de La Matapédia pourront découvrir leur future multiplateforme de gestion des matières résiduelles, qui devrait être construite à Saint-Moïse. Composé d’une plate-forme de compostage, d’un lieu d’enfouissement technique et d’un écocentre, ce nouvel aménagement permettra aux deux MRC de se passer des services de la SÉMER, critiquée pour ses coûts et l’opacité de son fonctionnement.

Coordonnateur en gestion des matières résiduelles pour la Régie intermunicipale de traitement commune à ces MRC, Vincent Dufour affirme que la recherche de transparence est au cœur de la conception de la multiplateforme. « On a fait des publications dans le journal municipal et des envois postaux à Saint-Moïse et autour. On veut que les gens soient informés que ce projet est en évaluation. Et qu’en même temps ils nous apportent des commentaires et des questions sur les enjeux qu’on doit prendre en compte dès maintenant, dans le cadre de l’étude d’impact environnemental. »

Une page web a également été créée pour donner toutes les informations pertinentes à propos du projet, lancé en mars 2020. On peut notamment y lire qu’un comité de vigilance sera créé afin de s'assurer que les normes environnementales seront respectées durant les opérations et après la fermeture du site. L’absence d’un tel comité pour surveiller les opérations de la SÉMER a été vivement critiquée par l’ex-maire de Saint-Paul-de-la-Croix Simon Périard.

Des impacts à mitiger

L’aménagement d’une telle multiplateforme vient assurément avec son lot d’inconvénients. Il faudra par exemple trouver une solution pour contenir la poussière causée par le passage des camions sur le chemin de terre menant au site, qui a été choisi pour avoir le moins d’impact visuel possible.

Pour limiter le bruit, on mise sur l’utilisation d’une presse hydraulique électrique pour compacter les déchets. Quant à l’éparpillement de ces derniers après qu’ils aient été déchargés du camion, il sera fait dans un bâtiment fermé. Un plan de gestion des odeurs sera également conçu.

En revanche, il y a aussi des avantages : ce ne sont pas moins de 85 000 km de camionnage qui seront éliminés chaque année, soit la distance totale parcourue par les déchets de La Mitis et La Matapédia entre Mont-Joli (où ils sont rassemblés) et Rivière-du-Loup, d’où ils vont ensuite vers le lieu d’enfouissement technique ou la SÉMER.

Moins de taxes, plus de compost pour les citoyens

Les citoyens verront également une différence au niveau de leur portefeuille : selon Vincent Dufour, le coût de traitement et de transport des matières organiques va être divisé par quatre, passant d’environ 400 $ la tonne aujourd’hui à 110 $ en 2025. Dans les dernières années, la SÉMER a fortement augmenté ses prix pour recevoir les déchets putrescibles des municipalités, sans que celles-ci aient leur mot à dire.

Au total, M. Dufour estime que la multiplateforme permettra d’économiser 500 000 $ par an. Son coût sera d’environ 10 millions $ et elle sera conçue pour 35 ans, une durée de vie qui sera allongée si les MRC parviennent à réduire la quantité de matières résiduelles générées par leurs citoyens. Cela permettra de contenir la hausse des taxes municipales.

De plus, les personnes qui le souhaitent pourront recevoir gratuitement du compost issu de la plate-forme, comme cela se fait déjà à Rimouski.

Avec l’implantation du bac brun dans les commerces dès cette année, la Régie intermunicipale espère par ailleurs doubler sa récolte de matière organique, pour la faire passer à 2500 tonnes par année contre 1200 aujourd’hui, et détourner ainsi davantage de matières de l’enfouissement.

De son côté, la municipalité de Saint-Moïse gagnera trois à six emplois permanents.

La réalisation de la multiplateforme dépendra du résultat de l’étude d’impact en cours. « Il faut aussi que le ministre de l’Environnement donne son aval », ajoute Vincent Dufour. Si tout va bien, elle pourrait ouvrir ses portes en 2024.

Rémy Bourdillon, Initiative de journalisme local, Le Mouton Noir