Grassy Mountain, un projet minier qui «décapiterait» les Rocheuses albertaines

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Un immense projet d’exploitation de charbon métallurgique à ciel ouvert dans les Rocheuses, signifiant ni plus ni moins la « décapitation » des montagnes, fait débat en Alberta.

Une filiale de la compagnie Riversdale Resources Limited, Benga Mining Limited, propose de construire et d’exploiter une mine pour produire de l’acier, près de Crowsnest Pass, à sept kilomètres au nord de la communauté de Blairmore, dans le sud-ouest de l’Alberta. Le projet Grassy Mountain, s’il aboutit, produirait 4,5 millions de tonnes de charbon métallurgique par an, et ce, durant 25 ans.

Ce projet minier trouve actuellement un écho négatif dans la province. « Il n’a pas fait l’objet d’une consultation publique auprès des Albertains », déplore Leor Rotchild, directeur de l’association professionnelle Canadian Business for Social Responsability, basée à Calgary.

Cependant, le gouvernement fédéral a annoncé le 19 mars 2020 le début d’une période de consultation publique, qui se terminait vendredi.

Le 1er juin dernier, afin de faciliter le projet, le premier ministre, Jason Kenney, a levé l’interdiction d’une réglementation environnementale datant de 1976. Le gouvernement albertain a décidé en effet de ne pas la renouveler en la laissant expirer.

Cette réglementation interdisait jusqu’à présent les compagnies de charbon d’extraire du minerai à ciel ouvert le long des pentes des montagnes Rocheuses. Dans certaines zones, l’exploitation souterraine était elle aussi limitée, en fonction des effets qu’elle pouvait occasionner en surface.

La ministre de l’Énergie, Sonya Savage, avait salué la nouvelle, voyant dans cette décision un moyen « d’attirer de nouveaux investissements pour une industrie importante ».

Cependant, Leor Rotchild, l’entrepreneur écomilitant, y voit un manque de vision. « Je comprends que le gouvernement cherche à créer désespérément de l’activité économique en Alberta, mais le désespoir est une mauvaise stratégie », lance-t-il.

Pour ce faire, il faudrait décapiter le haut de la montagne, à l’instar du projet minier de Teck Resources à Elk Valley, se situant entre l’Alberta et la Colombie-Britannique.

« Quand tu élimines le haut d’une montagne, c’est très mauvais pour le tourisme, surtout en période de crise économique, car ce secteur est important ici. Ça sera difficile de continuer comme avant », explique Joseph Vipond, président de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement.

Cependant, il n’y a pas que le secteur touristique qui risque des dommages collatéraux. La faune est elle aussi en danger, l’habitat des caribous, des grizzlys, ainsi que celui de certaines espèces de truites étant menacés.

En Colombie-Britannique, d’après le Dr Vipond, « il a déjà été démontré que ces mines de charbon à ciel ouvert rejettent de fortes concentrations d’un élément appelé sélénium, que l’on retrouve dans le bassin de la rivière Elk ».

Aujourd’hui, « ce qui effraie vraiment les Albertains, c’est la contamination de l’eau potable. On retrouve maintenant dans toutes les rivières du sud-est [de la Colombie-Britannique] cet élément qui tue tous les poissons. C’est un phénomène qu’on devrait éviter ici », alerte-t-il.

Ces concentrations de sélénium dans l’eau inquiètent aussi les éleveurs de l’Alberta quant aux effets sur l’agriculture et leur élevage. « La qualité de l’eau a une répercussion sur les bovins », précise Joseph Vipond.

Le Conseil des Canadiens, une organisation citoyenne, s’est exprimé clairement sur son compte Twitter en invitant les gens à répondre jusqu’à vendredi à la consultation publique lancée par l’Agence d’évaluation d’impact du Canada. « Décapiter les montagnes et ouvrir de nouvelles mines de charbon ne devraient pas être une option en 2021, l’audition pour le projet de mine de charbon de Grassy Mountain dans les montagnes Rocheuses continue d’avancer. Dites non au charbon », tweetent-ils.

Les professionnels du charbon, eux, se déclarent satisfaits, a indiqué Robin Campbell, président de l’Association canadienne du charbon et ancien ministre provincial de l’Environnement.

Ce projet de mine, s’il voit le jour, créerait dans la région de Crowsnest Pass, ancienne ville minière, 500 emplois durant sa construction et 385 postes à plein temps durant son exploitation. Selon l’Association canadienne du charbon, l’estimation des recettes fiscales de Grassy Mountain s’élèverait à plus de 1,7 milliard de dollars de redevances et de taxes gouvernementales, sur environ 25 ans. Les taxes municipales devraient, elles, s’élever à 1,5 million de dollars par an, soit 35 millions de dollars en un quart de siècle.

Cependant, il faudra encore attendre le résultat des consultations publiques sur ce projet qui divise l’opinion publique.

Hélène Lequitte, Initiative de journalisme local, Le Devoir