Immigration : que disent les plates-formes électorales des partis ?

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Des nouveaux citoyens canadiens prêtent le serment de citoyenneté sur la colline du Parlement à Ottawa, le 17 avril 2019. La Presse canadienne/Sean Kilpatrick

Le Canada se distingue parmi les démocraties libérales dans le soutien à l’immigration de la plupart de ses partis politiques et de sa population.

Mais l’immigration n’est pas un thème dominant de la campagne électorale fédérale de 2021, ni une préoccupation de l’électorat, au contraire de l’environnement, de l’économie et de la gestion de la pandémie.

Cependant, les prises de position électorales sur l’immigration sont importantes. Plus d’un Canadien sur cinq est né à l’étranger. La pandémie de Covid-19 a mis en avant l’impact de la fermeture des frontières sur la société et l’économie canadienne.

Professeure adjointe au département de géographie de l’Université Laval et membre d’une équipe de recherche qui interroge le rôle des bureaux de circonscription dans l’offre de services en immigration au Canada, j’analyse ici les positions des partis. Au Québec, la province qui dispose des plus importantes compétences en matière de sélection des immigrants, ces enjeux sont sous les feux de l’actualité.

Illustrant le soutien des partis politiques à l’immigration, le Parti libéral du Canada, au pouvoir, le Parti conservateur du Canada (centre droit) et le Nouveau Parti démocratique, (gauche) soulignent dans leurs plates-formes électorales que l’immigration est une force pour le Canada et contribue à la prospérité du pays. Le Bloc Québécois, parti indépendantiste du Québec, tient le même discours en référence à la province. Seul le Parti populaire du Canada (PPC, droite), très minoritaire dans les intentions de vote, souhaite réduire l’immigration. Les Verts (gauche) n’avaient pas, en date du 1er septembre, dévoilé leurs engagements précis en matière d’immigration.

Quels immigrants ?

Le Plan d’immigration 2021-2023 du gouvernement libéral, paru en octobre 2020, soutient la croissance de l’immigration permanente, en visant 421 000 nouveaux arrivants en 2023. Le plan prévoit une augmentation de l’immigration économique davantage que les réunifications familiales et l’accueil de réfugiés.

Depuis, le premier ministre Justin Trudeau, face à la crise afghane, a soutenu l’admission prioritaire de 20 000 réfugiés afghans par le Canada. Cette arrivée est prévue dans le cadre des quotas d’immigration déjà planifiés. La plate-forme libérale promet de doubler cette admission. Les libéraux promettent aussi d'accroître l’admission de réfugiés qualifiés à 2000 par an et de faciliter l’accès à la résidence permanente pour les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers diplômés au Canada.

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Des femmes évacuées d’Afghanistan viennent d’arriver à la base américaine de Ramstein, en Allemagne, le 24 août. Le Canada prévoit accueillir 20 000 réfugiés afghans dans les prochains mois. (AP Photo/Matthias Schrader)

Les conservateurs ne prennent pas d’engagements sur les niveaux d’immigration. Ils soutiennent l’arrivée des « plus talentueux » immigrants, des défenseurs des droits de la personne et ceux provenant de la réunification familiale. Cependant le PCC entend mettre fin au programme de réinstallation de réfugiés pris en charge par le gouvernement. Il soutient l’expansion du parrainage privé ou mixte public-privé de réfugiés, considérant que les réfugiés parrainés sont mieux intégrés que ceux pris en charge par le gouvernement.

Les recherches de Statistique Canada montrent pourtant qu’après dix ans au pays, il n’y pas de différence entre les deux catégories de réfugiés en matière de participation au marché du travail.

Par ailleurs, le Parti conservateur faciliterait l’immigration familiale temporaire. Par contraste, le NPD soutient la hausse de l’immigration familiale permanente, ainsi que l’immigration économique venant répondre aux besoins du marché du travail. De son côté, le Bloc Québécois veut faciliter l’arrivée de réfugiés francophones au Québec. Par contraste, le parti libéral soutient une augmentation de l’immigration francophone hors du Québec.

Quelles responsabilités ?

En termes de responsabilités gouvernementales, le plan d’immigration 2021-2023 du gouvernement fédéral annonce vouloir augmenter le nombre de places pour les immigrants économiques candidats des provinces. La plate-forme libérale ne fait aucune promesse en la matière.

Le Parti conservateur entend travailler de concert avec les provinces pour faciliter les embauches de travailleurs étrangers temporaires par les entreprises, et donner plus d’autonomie au Québec dans la gestion de l’immigration, particulièrement en matière de réunification familiale et de travailleurs temporaires.

Des manifestants, portant le masque, brandissent des pancartes
Manifestation contre les retards dans les processus d’immigration, le 13 novembre 2020, à Montréal. La Presse canadienne/Ryan Remiorz

Le NPD et les libéraux souhaitent une plus grande coopération avec les provinces en termes de reconnaissance des compétences étrangères. Le Bloc québécois souhaite que le Québec soit entièrement responsable de l’immigration des travailleurs temporaires. Notons que le premier ministre du Québec, François Legault, demande plus d’autonomie dans la gestion de l’immigration à destination de la province, notamment en ce qui concerne la réunification familiale.

Si les conservateurs et les bloquistes se ressemblent sur les relations fédérales-provinciales, ils diffèrent sur la gestion de l’Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis. L’Entente « interdit à quiconque se trouvant aux États-Unis de demander l’asile aux points d’entrée terrestres du Canada ». Elle a été contestée par les défenseurs des droits des réfugiés qui considèrent que les États-Unis ne sont pas un pays sûr, mais la Cour fédérale a rejeté cette contestation.

Une femme tient une pancarte, lors d&#x002019;une manifestation
Manifestation devant le bâtiment de la Cour fédérale du Canada pour une audience sur la désignation des États-Unis comme tiers pays sûr pour les réfugiés, à Toronto, le 4 novembre 2019. La Presse canadienne/Nathan Denette

Le Bloc Québécois veut l’abrogation de cette Entente, qu’il considère responsable de l’augmentation de l’immigration irrégulière vers le Québec. Le Parti conservateur souhaite au contraire que l’Entente soit renforcée pour réduire cette immigration irrégulière. Le gouvernement libéral s’était prononcé en faveur du statu quo, mais n’aborde pas l’Entente dans sa plate-forme électorale.

Quelle gestion ?

Améliorer la gestion de l’immigration fait consensus entre les partis, mais avec des nuances dans les propositions. Dans un discours de mai 2021, le ministre fédéral de l’Immigration, Marco Mendicino, insistait sur l’importance de « moderniser le système » d’immigration. La plate-forme libérale promet de développer un système de gestion en ligne pour les demandes de réunification familiale et de réduire les délais des demandes d’immigration, ralenties par la Covid-19.

Les conservateurs veulent simplifier les procédures et permettre aux candidats à l’immigration de payer pour un traitement accéléré, en affectant les recettes à l’embauche de personnel supplémentaire de traitement des demandes. Par ailleurs, ils souhaitent accélérer le traitement des demandes d’asile et des visas de visiteurs, pour décourager ce qu’ils considèrent de « fausses demandes d’asile ».

Les néo-démocrates veulent accélérer le traitement des demandes de réunification familiale, en particulier des familles de réfugiés. Les bloquistes, de leur côté, se focalisent sur l’accélération de traitement de demandes de résidence permanente vers le Québec, dont les délais de traitement sont considérés comme particulièrement longs.

Ainsi, mis à part le Parti populaire du Canada, les formations politiques soutiennent fortement l’immigration. Mais ce consensus ne signifie ni une vision uniforme de l’immigration souhaitée, ni un plein accord sur le partage des responsabilités et la façon de gérer l’immigration.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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