Internet haute vitesse : des réserves en Abitibi-Témiscamingue

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ROUYN-NORANDA-Les réactions sont prudentes en Abitibi-Témiscamingue après l’annonce d’Ottawa, qui augmente son financement pour faciliter l'accès à Internet haute vitesse. Le milliard de dollars promis au budget de 2019 devient 1,75 milliard $.

Le gouvernement fédéral calcule que ceci permettra à presque tous les Canadiens d'avoir accès à ce service dans moins de six ans. Ainsi, 98 % des Canadiens seraient branchés à des réseaux rapides en 2026, et à la totalité de la population du pays en 2030.

Le député bloquiste d’Abitibi-Témiscamingue, Sébastien Lemire, se montre suspicieux face à cette annonce du gouvernement Trudeau. M. Lemire rappelle à quel point la technologie est devenue importante, et comment la pandémie est venue le confirmer.

«Le télétravail, c’est devenu une réalité partout, y compris chez nous, dit-il. Sans oublier l’aide aux devoirs, l’agriculture et bien d’autres domaines. Dans certains cas, on voit les factures de téléphone et d’internet exploser. Ce n’est pas tout d’amener l’internet haute vitesse, il doit être fiable et abordable.»

«Tomber dans les craques»

Le député bloquiste, qui est vice-président du comité permanent des Communes sur l’industrie, la science et la technologie, craint qu’à l’instar de ce qui s’est passé avec le programme québécois, la région ne manque le bateau à nouveau. «On doit être vigilants, prévient-il. Si on se fie aux autres programmes qui ont été annoncés par le passé, on risque de tomber dans les craques.»

M. Lemire demande aussi aux fournisseurs de la région de faire preuve de volonté. «En milieu urbain, il n’y aura pas vraiment de problème, estime le député. Mais les clients de fond de rang, les derniers à être atteints et branchés, le seront-ils? Ces clients-là ne sont pas nécessairement rentables pour les fournisseurs.»

Le quasi-monopole de Bell agace le député. «Un des enjeux majeurs sera de rendre le service abordable. Pour l’instant, la concurrence commence à peine à s’installer, et il y a toute la question du partage de l’information, et des poteaux. Ce n’est pas banal.»

En faisant cette annonce lundi matin, Justin Trudeau a également fait savoir qu'un accord avec Télésat - 600 millions $ des fonds fédéraux - étendra la couverture au Grand Nord et aux régions rurales et isolées. Quant au comité des Communes sur l’industrie, la science et la technologie, il reprend ses travaux en décembre prochain, et Sébastien Lemire sera aux aguets. «Cela fait des années que la population régionale réclame l’internet haute vitesse», dit-il.

Chez Bell, qui est le principal fournisseur en Abitibi-Témiscamingue via sa division Cablevision, on accueille somme toute positivement la nouvelle. « Outre les investissements de premier plan de Bell dans le déploiement des réseaux aux petites collectivités et aux zones rurales, notamment grâce à notre service internet résidentiel sans fil qui rejoindra près d’un million de foyers ruraux, nous serons heureux de participer à des projets dans le cadre du Fonds pour la large bande universelle », a écrit par courriel Caroline Audet, porte-parole de la compagnie.

Michel Ducas, Initiative de journalisme local, La Presse Canadienne